22 nov. 2010

L'ÉTRANGER EN MOI

La grossesse : 9 mois de nausées, de douleurs, d'apaisement, de préparation... Puis que du bonheur ? Non, pas forcément, nous dit Emily Atef en pointant du doigt un sujet tabou : la dépression post-partum, due en partie au dérèglement hormonal créé par l'accouchement, mais aussi aux doutes fort légitimes qui régissent les premiers jours d'une vie de mère. Rebecca, l'héroïne de ce film allemand, est frappée sans prévenir par ce curieux mal qui la pousse à se détacher de ce bébé qui la dégoûte, l'effraie, l'exaspère. Et c'est sous l'angle du témoignage réaliste que la réalisatrice racontera par le menu l'enlisement progressif de cette trentenaire puis sa délicate rémission. L'étranger en moi assume pleinement sa vocation pédagogique, refusant tout net d'ajouter à son histoire principale des intrigues secondaires ou des personnages annexes. La force du sujet fait tout, faisant oublier la relative banalité de la mise en scène et du montage. Mais à condition de tolérer les oeuvres simples linéaires pour peu qu'elles véhiculent un message fort, il est tout à fait possible d'apprécier le film d'Emily Atef.
Incarnée par Susanne Wolff, Rebecca est bouleversante parce qu'elle semble découvrir en même temps que nous les symptômes de ce mal dont elle semble tout ignorer. Voir cette femme si heureuse d'être enceinte se muer en à peine deux secondes en un être austère et dépressif a de quoi chambouler n'importe quel spectateur, et a fortiori n'importe quel futur parent. Il suffit en effet qu'on pose son bébé juste né sur son ventre pour que les premiers signes apparaissent... Le premier message est clair : ce baby blues peut tomber sur n'importe qui, esprit robuste ou non. La description de cet enfoncement progressif dans un désintérêt profond à l'égard du bébé est édifiante : on y comprend alors les dangers d'une telle phase, au cours de laquelle une femme tout à fait équilibrée peu devenir un monstre irresponsable. Mais ce que n'oublie pas de montrer Emily Atef, principalement en deuxième partie de film, c'est que les proches ont alors un rôle primordial à jouer. Que le père du bébé décide illico presto de quitter Rebecca au lieu de tenter de l'aider relève ni plus ni moins de la non assistance à personne en danger. Que la belle-soeur de l'héroïne joue les généreuses mamans adoptives comme pour avoir enfin l'enfant qu'elle n'est sans doute pas près d'avoir elle-même est aussi flippant que dégueulasse. La guérison passe sans doute par l'amour et l'attention de la famille proche, mais Rebecca ne recueille ici qu'un profond mépris.
L'étranger en moi est cependant loin d'être un film purement plombant : on y montre également comment, grâce à des thérapeutes patients et attentifs, même une femme aussi atteinte que Rebecca peut se sortir de cette situation et finir par avoir de nouveau les cartes en main pour devenir une bonne mère. Le film s'acquitte de ces explications nécessaires sans sentimentalisme, préférant préserver une atmosphère réaliste et crédible de part en part du récit. S'il a tout à fait sa place sur un écran de cinéma en raison de l'excellence de son interprétation et de son rythme assez soutenu, le film a surtout des vertus éducatives et pourrait aisément être projeté à des femmes souffrant de ce mal et ayant besoin d'être déculpabilisées au lieu d'être systématiquement stigmatisées par des bien-pensants se donnant bonne conscience en les montrant du doigt. C'est ce qu'on appelle un film nécessaire, et ce n'est pas forcément péjoratif.



L'étranger en moi (Das Fremde in mir) d'Emily Atef. 1h39. Sortie : 17/11/2010.

1 commentaire sur “L'ÉTRANGER EN MOI”

Pascale a dit…

M'a tout l'air d'être un cas extrême ta Rebecca quand même !!!
Quant à son entourage... ben disons qu'elle cumule les malchances.

Vous avez dû bien flipper tous les deux. Moi je suis MDR. Oui, bon ben j'aurais plus d'enfant alors je peux bien me moquer des générations à venir non ?

 
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