15 nov. 2010

HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA MORT - PARTIE I

C'était donc vrai : la sempiternelle stagnation dramatique de la franchise Harry Potter était justifiée par le besoin de faire lentement converger tous les personnages et tous les épisodes vers ce final que l'on peut déjà qualifier de mémorable alors qu'on n'en a encore vu que la moitié. Il faudra attendre jusqu'au mois de juillet pour en être pleinement sûr, mais ces Reliques de la mort constituent l'un des rares sommets de la saga, l'autre étant Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, troisième volet visuellement ébouriffant et transition idéale entre les gamineries columbusiennes et la noirceur parfois mal contrôlée de la suite. Et justement : c'est parce qu'il a enfin laissé derrière lui les sous-intrigues longuettes et transformé les flirts d'ados en futures grandes histoires d'amour que HP7 parvient enfin à toucher au coeur et au foie. Il a fallu attendre l'avant-dernier volet pour que la noirceur de l'ensemble explose et ravage tout sur son passage. Tout comme le roman de JK Rowling, le scénario de Steve Kloves remise une partie des personnages secondaires au placard pour se focaliser sur le combat ultime opposant le sorcier à lunettes à lord Voldemort, vilain monsieur à tête de serpent. Les fans de blockbusters grandiloquents en souffriront peut-être : cette première partie du diptyque final est avant tout faite d'introspection et de désillusions. Reprochait-on à Rocky Balboa de passer trois quarts du film de John G. Avildsen à s'entraîner et à pleurnicher sur son sort en tentant de draguer Adrian ? Non. Mieux, on en redemandait, touché par la poésie pathétique se dégageant du personnage.
Harry est le Rocky du vingt-et-unième siècle, héros sans envergure et un rien tête à claques qui finira, on s'en doute, par devenir le porte-drapeau de toute une génération. C'est à la fin d'une métamorphose que l'on assiste ici. À la fin d'un cycle aussi. Si Harry Potter et les reliques de la mort est aussi réussi, c'est parce qu'il s'épanouit dans une mélancolie épaisse et inextricable que les films précédents ne parvenaient à restituer que par bribes. Ici, malgré de rares longueurs, l'ensemble est d'une homogénéité inédite. Il y a de quoi en sortir lessivé, broyé, plombé par la tournure prise par les événements et par la funeste destinée de certains des protagonistes. Le tout dans une surprenante atmosphère de dénuement. La partie centrale au cours de laquelle Harry et Hermione - et Ron, aussi, un peu - se retirent en ermites pour favoriser réflexion et méditation est un miracle assez inattendu dans la franchise : rarement film hollywoodien aura à ce point osé s'octroyer de longues pauses pour permettre à ses héros de prendre tout le temps nécessaire. Ce retour aux sources, loin de l'harassant foisonnement de Poudlard, est d'une beauté absolue.
Il y avait pourtant de quoi frémir en guettant, lors des premières minutes, quelques traces de surenchère visuelle clairement dues au projet initial de la Warner de projeter le film en 3D. Mais ces craintes sont dissipées avant même d'avoir pu se développer : le conciliabule de Voldemort - Ralph Fiennes est impec - annonce rapidement la couleur en promettant de favoriser le fond à la forme. Voilà un film politique, tragique, sur la résistance face à l'oppression et à la répression, où les ados n'ont pas de banderoles ni de crécelles mais disposent de baguettes magiques, ce qui est certes beaucoup plus pratique. David Yates s'efface progressivement derrière son sujet et c'est tant mieux : s'il n'est pas manchot, le réalisateur n'est pas non plus le foudre de guerre le plus impressionnant de son époque, ce que ne manquent pas de confirmer quelques plans maladroits semés çà et là. Mais ces petites gaucheries restent sans conséquence, notamment parce qu'à défaut d'être un grand cinéaste, Yates est un incroyable architecte : plus discret et certes moins visionnaire que le Christopher Nolan d'Inception, il est finalement bien plus émouvant dans sa façon de triturer l'espace et de donner du sens aux différents lieux où Harry et ses camarades sont emmenés par le récit. La direction artistique restitue idéalement le potentiel anxiogène de certaines situations. Certains décors sont des impasses. Certains destins aussi. Ce début de la fin est un moment de cinéma étonnamment puissant, une inratable épopée tragique, et les 8 mois qui nous séparent de sa conclusion définitive vont être sacrément longs.



Harry Potter et les reliques de la mort - Partie I (Harry Potter and the deathly hallows) de David Yates. 2h25. Sortie : 24/11/2010.

5 commentaires sur “HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA MORT - PARTIE I”

Anudar a dit…

Je n'ai pas encore eu le privilège de le voir, mais il est clair que c'est l'un des films que j'attends avec impatience. Le livre avait marqué un véritable renouvellement de la série. Je n'en attends pas moins des films.
Ton oeil affûté m'incite à croire que je ne serai pas déçu :) ...

Merci !

Cécile a dit…

Je n'ai aucune idée de ce que va donner le film mais ta chronique donne envie. En tous cas de toutes les personnes que je connais qui ont pu voir ou apprécier la saga, tu es seul à penser comme moi que le troisième volet est l'un des plus réussis.

Anudar a dit…

Le troisième épisode filmé correspond aussi à l'âge de la maturité de l'oeuvre écrite... C'est aussi le dernier (jusqu'alors) qui n'ait pas eu par trop recours à des raccourcis narratifs dommageables à la compréhension pour ceux qui n'ont pas lu le livre au départ.
A ce titre c'est l'un des plus réussis et, j'ai envie de dire, l'un des plus efficaces...

Pascale a dit…

Oui c'est vraiment le commencement de la fin et Harry est de moins en moins tête à claques je trouve !
Profondeur et réflexion, on n'osait plus y croire !

Anonyme a dit…

J'ai eu la chance de voir ce film en avant-première, et moi qui aie toujours été fasciné par les livres et déçu par les films, je trouve que la dernière partie est un sans-fautes ou presque, et que pour la première fois ca égale (voire dépasse ?) le bouquin. De l'humour (plus que dans le livre !), de l'émotion, des choix juste, et surtout et enfin du temps !!! Allez le voir. Juste grandiose...

 
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