3 nov. 2010

DRAQUILA - L'ITALIE QUI TREMBLE

Depuis Fahrenheit 9/11 — ou, rétrospectivement, depuis le début de sa carrière —, on a beaucoup tapé sur Michael Moore, sa démagogie croissante, ses méthodes contestables, son opportunisme face à certains des principaux évènements ayant jalonné l'histoire de son pays. Ses travaux de plus en plus contestables posaient notamment la question suivante : peut-on à la fois jouer les guignols et les pamphlétaires sérieux comme la pierre ? Trouver une crédibilité en slalomant à vue entre le sketch et le plaidoyer, la gaudriole et la contestation politique ? S'ériger en porte-parole du peuple tout en tirant perpétuellement la couverture à soi ? Se sentant peu concerné par ces interrogations éthiques, sociales et artistiques, Moore n'entend apparemment pas changer son fusil d'épaule, faisant de ses investigations une entreprise aussi populiste que juteuse. Pire : partout où de sinistres dirigeants remettent en cause quelques fondements de la démocratie et prennent consciencieusement le citoyen pour un âne, de nouveaux trublions prolifèrent afin de reprendre à leur compte la méthode Moore : offrir au public de la satire de bas étage et du sensationnel à bas prix, afin de taper sur des politicards très contestables mais qui auraient "mérité" d'être brocardés avec davantage de finesse.
Sabina Guzzanti tombe exactement dans ces pièges : avec Draquila, elle stigmatise à raison le système Berlusconi et sa façon de créer des écrans de fumée, mais s'acquitte de cette lourde tache avec un style de pachyderme. Durant une heure et demie, on peine à savoir si l'objectif du film est de montrer à la population les mécanismes de manipulation employés par l'homme politique, ou s'il s'agit avant tout pour Guzzanti de se mettre en avant pour s'assurer ainsi quelques années de médiatisation supplémentaire. Le schématisme de ses attaques est d'autant plus frappant qu'elle a globalement recours aux mêmes méthodes que dans Viva Zapatero !, son film précédent. Méthodes elles-mêmes employées régulièrement dans ses émissions satiriques diffusées à la télévision italienne. Il n'y a qu'à la voir débarquer du côté de l'Aquila — le lieu où eut lieu le séisme d'avril 2009 autour duquel tourne le film — grimée en Silvio Berlusconi afin de railler les vaines gesticulations du Premier Ministre pour imaginer un peu la portée de Draquila : non seulement c'est déjà vu, non seulement ça n'est pas spécialement drôle, mais en plus cela la décrédibilise totalement pour la suite, dans laquelle tente de se montrer compatissante avec les victimes et incisive avec les méchants.
La suite se résume à une série d'entretiens destinés à pointer du doigt l'impuissance et les artifices du plan développé par le gouvernement Berlusconi pour reloger les nombreux sinistrés et leur permettre de retrouver rapidement un quotidien digne de ce nom. Certaines informations sont évidemment édifiantes et montrent pourquoi, même si cela semble aberrant vu de l'extérieur, les Italiens persistent à réélire ce tocard absolu : son sens de la manipulation médiatique et émotionnelle est sans limite. Le problème, c'est que l'apport de Guzzanti est quasi nul, et que le montage en champ - contrechamp ne fait que renforcer l'impression d'auto-starisation à outrance voulue par une réalisatrice en mal d'image. Dans le récent Fin de concession, Pierre Carles était poussé par ses comparses à se demander si attaquer les puissants, même à raison, n'était pas simplement une façon de se faire exister. C'est exactement le cas ici : pas spécialement talentueuse, franchement pas drôle, la réalisatrice ne vit que dans l'oeil de ceux qu'elle conteste. Et c'est assez triste. Pour le reste, Draquila a beau aligner infographies comico-pédagogiques et blagounettes visuelles, rien n'y fait : le doc apparaît comme un film à charge plus vain que nature. Il est même assez difficile de saisir comment un tel fait divers, même représentatif d'une situation générale en Italie, aurait pu suffire à justifier un long-métrage, et ce indépendamment des capacités de son auteur. La prochaine fois, que Madame Guzzanti trouve prétexte plus épais pour faire son intéressante...



Draquila - L'Italie qui tremble (Draquila - L'Italia che Trema) de Sabina Guzzanti. 1h30. Sortie : 03/11/2010.

1 commentaire sur “DRAQUILA - L'ITALIE QUI TREMBLE”

Jul a dit…

Pour info, "Viva Zapatero" n'est pas le précédent film de S. Guzzanti.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sabina_Guzzanti#R.C3.A9alisatrice ... Je dis ça, je ne dis rien.

Je ne comprendrai sans doute jamais cette caractéristique française à critiquer systématiquement un Moore ou une Guzzanti, qui ont le mérite de dénoncer des sujets pour lesquels ils se sentent concernés, même s'ils sont loin d'être irréprochables. Pourquoi ne pas se contenter d'y voir un documentaire comme un autre sur telle réalité du pays, populisme ou pas ?

Personnellement, étant d'origine italienne, je n'ai jamais été gênée par ce côté populiste. Peut-être est-ce dû au fait qu'en Italie on est plus sensibles que les Français à ceux qui montrent la réalité telle qu'elle est (raisons historiques et contemporaines aidant), et cela au-delà d'éventuels aspects populistes.

Après, que leurs films aient des erreurs évidentes et que ton article soit juste, je veux bien le croire.

 
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