21 nov. 2010

THE DINNER

Les fans de François Pignon risquent d'être sérieusement perdus devant le vrai-faux remake qu'est ce Dinner, réécriture en profondeur du fameux film tiré par Francis Veber de sa propre pièce. Le film de Jay Roach n'en conserve en fait qu'une poignée de personnages et ce fameux concept du « dîner de cons », réorchestrant l'ensemble et opérant surtout une série d'ajouts destinés à briser la mécanique théâtrale du matériau de base. Un exemple parmi tant d'autres : le fameux dîner finira par avoir lieu, alors qu'il n'était dans le film de Veber qu'une gigantesque illusion, une arlésienne simplement destinée à provoquer une rencontre entre deux personnages a priori pas faits pour se rencontrer. Et c'est justement parce qu'il joue pleinement la carte de la surenchère que The dinner est un remake assez agaçant doublé d'une comédie laborieuse.
La caractéristique la plus stupéfiante du film est sans doute l'échec de son duo d'acteurs principaux, aussi cuisant qu'imprévisible. Habitué à jouer les empêcheurs de tourner en rond, les princes du mauvais goût sans retenue, Paul Rudd est un clown blanc fort sinistre et piétine un rôle qui aurait mieux convenu à un acteur plus "classique". Mais surtout, Steve Carell se plante pour la première fois ou presque en rendant ce con plus agaçant que drôle. Le personnage est trop mielleux, trop gentiment bête pour susciter autre chose qu'une consternation non feinte. En clair, tout comme son acolyte, on n'en peut rapidement plus de ce type-là et de sa médiocrité permanente. Jacques Villeret, lui, avait su trouver le juste équilibre entre hilarité et compassion. Il reste heureusement une poignée de seconds rôles pour assurer la flottaison de l'ensemble, à commencer par un Zach Galifianakis toujours plus barbu. Lui incarne un con, un vrai, jusqu'auboutiste et exubérant, ce qu'aurait dû être le personnage de Carell.
La multiplicité des situations n'apporte pas grand chose, si ce n'est une impression d'épuisement en raison de l'hystérie d'une bonne partie des protagonistes. Pire que tout, la maîtresse psychopathe (incarnée par la bien nommée Lucy Punch) est une véritable harpie destructrice qui nous vrille les tympans et les nerfs à chaque apparition, dans une frénésie inutilement bruyante. Ce n'est plus du Francis Veber, c'est du Jean-Marie Poiré : Jay Roach finit par croire que l'humour se mesure en décibels. Étonnant de la part d'un réalisateur qui avait su trouver dans certains de ses films précédents (Mon beau-père et moi en tête) un vrai sens de la mécanique comique en jouant sur les silences, l'épure, la dimension gênante de certaines situations. Mais l'ensemble des excès du film finissent par créer un étrange paradoxe : bien qu'il développe plus en détail le fameux concept des fameux dîners, The dinner semble justement saccager un postulat qu'il aurait mieux fait de laisser en filigrane.





The dinner de Jay Roach. 1h44. Sortie : 10/11/2010.

1 commentaire sur “THE DINNER”

Pascale a dit…

Voir MON Steve se planter : JAMAIS.
Donc, merci, j'irai pas.

Je sais pas si tu t'es mis à fréquenter le cercle des littéraires disparus ou bien, mais je trouve tes phrases de plus en plus compliquées.
Exemple :
"Mais l'ensemble des excès du film finissent par créer un étrange paradoxe : bien qu'il développe plus en détail le fameux concept des fameux dîners, The dinner semble justement saccager un postulat qu'il aurait mieux fait de laisser en filigrane."

J'ai dû relire plusieurs fois pour comprendre que oui bon ben, c'est chiant quoi les diners avec des cons dedans ! Toute façon, ça risque pas de m'arriver, y'a que les parigots têtes de veaux qui "dînent" !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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