9 nov. 2010

COMMISSARIAT

Commissariat pourrait se passer n'importe où, mais c'est à Elbeuf que les réalisateurs Ilan Klipper et Virgil Vernier ont choisi de poser leurs caméras pendant 3 mois, le temps d'observer le quotidien de quelques flics. L'objectif n'étant ni de dresser un vaste procès de la police française, ni de lui donner une nouvelle crédibilité. Voilà un film qui capte simplement l'air du temps, n'affiche apparemment aucune ambition politique, et n'entend pas constituer un énième pavé dans la mare à destination du président en place. Référence évidente du duo de réalisateurs : Raymond Depardon et sa façon d'inscrire ses observations dans la durée pour montrer sans chercher à démontrer. On suivra tour à tour un semi-SDF remonté contre ceux qui l'embêtent, une jeune femme portant plainte pour viol quelques mois après une fausse déclaration, un alcoolique demandant de l'aide... À cela s'ajoutent quelques tours en fourgon afin de recueillir à chaud les états d'âme de quelques jeunes policiers.
La force et la limite du film de Klipper et Vernier réside dans son grand dénuement. Le dispositif nous permet d'observer une France sans fard, loin de Charles Villeneuve et David Pujadas, loin aussi de la vision poujadiste consistant à faire de tout ce qui porte un uniforme un connard sur pattes. Mais les cadrages très approximatifs et un excès d'anti-psychologie risquent par endroits de tirer le film vers une certaine banalité. Ce que Depardon a toujours su éviter, y compris dans des films comme 10ème chambre : chez le maître, l'image est simple mais raffinée, la caméra toujours pointée là où il faut, et le portrait présent en filigrane mais présent quand même. Alors que Commissariat a ce petit côté "succession de tranches de vie", sans apport supplémentaire, qui l'empêche de survivre au-delà de la projection.
Il y a pourtant de quoi s'interroger ou s'amuser devant ce défilé d'énergumènes. Et une première conclusion s'impose : l'engagement policier est un sacerdoce. Ce n'est même plus de patience dont il est question : les agents doivent faire preuve d'une zenitude à toute épreuve et d'un moral en acier trempé s'ils veulent venir à bout de chacune de leurs journées de travail. De longs interrogatoires avec des individus bornés, dont les rapports sont tapés en direct avec les deux index. Des bras de fer sans queue ni tête pour tenter de résoudre des problèmes rendus insolubles par la bêtise de leurs protagonistes. On ressent la dimension sociale du métier de flic, qui doit à la fois confesser, rassurer, encourager, réconforter... puis parfois menacer, lorsque cela est absolument nécessaire. Les rôles sont multiples, les personnalités aussi. Ces policiers-là sont des gens comme les autres, avec leurs excès, leurs contradictions, leurs moments de faiblesse. Il y a de quoi être agacé et amusé par les conversations consternantes de deux fliquettes se demandant pourquoi elles sont toujours célibataires (on a bien une idée). Tout comme on peut trouver touchante l'émotion de cette policière qui vient de contribuer à sauver un gamin des flammes qui ont avalé sa maison. En évitant le côté catalogue de ces films cherchant un peu trop à être exhaustifs, Commissariatparvient néanmoins à toucher une forme d'universalité.
Derrière ces généralités se dessine tout de même une tendance forte, qu'on imagine assez révélatrice du mode de pensée régissant notre société : pour cette France d'en bas, dont certains spécimens hardcore viennent s'exposer devant nous, la femme semble devoir rester une sorte de sous-espèce. Exploitées, terrorisées, traitées comme des putes, considérées comme des êtres indignes de confiance, celles du film souffrent d'être ainsi infériorisées. La situation la plus édifiante de ce Commissariat est peut-être celle où, au cours d'un dialogue finalement assez anodin entre un fonctionnaire de police et une femme instable, cette dernière finit par lâche qu'elle n'aime pas parler à des femmes parce qu'elle les méprise. Qu'un propos aussi stupidement global sorte de la bouche même d'une dame montre bien à quel point notre société arriérée a encore du travail à fournir pour que les mentalités évoluent à tous les niveaux. L'air de rien, Commissariat ouvre quelques pistes de réflexion et prouve ainsi qu'il est loin d'être un film anodin.



Commissariat d'Ilan Klipper & Virgil Vernier. 1h24. Sortie : 10/11/2010.

1 commentaire sur “COMMISSARIAT”

Lo a dit…

Quand je compare ce film aux docus de Depardon, "Commissariat" reste loin derrière... J'ai été assez déçue....

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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