4 oct. 2010

WALL STREET : L'ARGENT NE DORT JAMAIS

Ah, c'est sûr, si on le compare au récent Krach, Wall street 2 est un pur chef d'oeuvre. Le film d'Oliver Stone a pour lui un certain savoir-faire à l'américaine, une vision de Wall Street allant un tout petit peu plus loin qu'un mauvais reportage du JT de TF1, et une dose de cynisme que ne comportait même pas le pauvre film de Fabrice Genestal. Mais voilà : en arrêtant là la comparaison et en s'intéressant au film pour ce qu'il est, la déception est grande et difficilement contestable. Car Oliver Stone, après un W. rigolard et édifiant, semble avoir de nouveau perdu le mordant qui caractérisait ses meilleurs films. Cette vraie-fausse suite apparaît comme une réponse un peu trop facile à la récente crise mondiale et à l'après 11 septembre, surtout venant d'un cinéaste ayant toujours fait preuve d'aisance et d'inventivité avec le vitriol. Le film reprend en gros la trame d'un premier volet datant de 1987, à de grosses modifications près : cette fois, le Gordon Gekko incarné par Michael Douglas n'est plus à l'intérieur du système mais en est désormais l'un des analystes les plus acerbes, sillonnant les États-Unis pour faire la promotion d'un livre sur le bien fondé ou non de l'avidité. Quand au jeune loup qui apprendra à ses côtés, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus, il n'est autre que son futur gendre, ce qui tend à complexifier les relations entre deux hommes venant de se rencontrer et se tournant autour comme des rapaces affamés. Mais rien ou presque ne ressort vraiment de ce film ressemblant davantage à un gros divertissement opportuniste qu'à une réelle satire du monde financier de ce début de millénaire.
On avait tant aimé ce Gekko cynique, manipulateur, pourri jusqu'à l'os, que sa reconversion en vieux briscard rigolo ressemble à un aveu de faiblesse de la part d'un Oliver Stone donnant lui aussi l'impression de se ramollir de décennie en décennie. Son Wall Street n'est même plus acide, ou en tout cas pas beaucoup plus que la majorité des productions hollywoodiennes mettant en scène un peu ou beaucoup d'intrigues liées à la finance. Le blanc-bec incarné par Shia LaBeouf apparaît comme trop naïf pourapporter un contrepoint intéressant aux théories et aux agissements de Gordon Gekko, qui est évidemment la principale attraction du film. Cela se ressent dans l'interprétation : comme son personnage, Shia LaBeouf est tiré à quatre épingles et serre les dents pour avoir l'air d'un homme, mais ne parvient jamais à faire oublier qu'il a le charisme d'une palourde ; en revanche, le père Douglas est toujours aussi vert et se délecte - peut-être un peu trop - de chaque bon mot qui passe et de la moindre cabriole scénaristique. On prend un certain plaisir à le voir évoluer, mais les auteurs se sont hélas refusés à lui faire dépasser la ligne continue de façon convaincante. Concrètement, arrive un moment dans le film où l'ancien requin de Wall street a la possibilité de rafler une énorme mise au nez et à la barbe de ses congénères. Comme il faut bien que le film se fasse, cela se produira... pour être mieux désamorcé ensuite par une kyrielle de scènes moralisatrices et déprimantes qui mèneront vers un dénouement honteusement guimauve.
On voulait de l'aigreur et des coeurs de pierre, on se retrouve avec un film à peine acide, qui déploie une intrigue passablement balisée et tente de la rendre digeste grâce à des personnages secondaires forts en gueule - merci Josh Brolin - et à des scènes mémorables pour de mauvaises raisons. Que dire lorsque, d'un film de plus de deux heures, on retient principalement un caméo de Charlie Sheen et un concours de bites en forme de duel à moto permettant de voir qui de l'employé ou du boss a réellement les épaules pour amasser plein d'argent sans se faire prendre ? Sur l'échelle du ridicule, on est certes loin de l'horrible World trade center, qui faisait tout de même appel à un Jésus en chair et en os pour apporter son aide aux personages principaux ; toutefois, ce Wall street 2 ne parvient pas tout à fait à échapper aux moqueries, et ne s'en sort miraculeusement que grâce à un show Douglas d'assez haute volée.



Wall Street : l'argent ne dort jamais (Wall Street : Money never sleeps) d'Oliver Stone. 2h16. Sortie : 29/09/2010.

3 commentaires sur “WALL STREET : L'ARGENT NE DORT JAMAIS”

remedy a dit…

Même si la fin est guimauve j'ai trouvé la réalisation d'Oliver Stone plus soigné que dans le 1er que j'ai vu qq jours avant de voir le 2.
L'histoire est une bonne suite, le personnage de gecko a évolué, il reste attaché à l'agent même si sa famille est importante pour lui.
Ce n'est pas un film mordant contre le Capitalisme comme le 1er mais un bon film quand même.

Pascale a dit…

pourapporter...

il manque juste un espace.

Michaël toujours vert !!! comme tu y vas. Les charentaises lui vont très bien.

"tain quand Shia (j'ai du mal à m'y faire !!!)apporte le DVD à Michaël, j'en rigole encore !!!

Et le concours de teub... nanmého.. i nous prend pour qui l'Olive. I sont lancés à 200 kms/h sur une route sinueuse détrempée. Y'en a un qui fout un coup de pied à l'autre et tous les deux restent sur leur motos !

misere a dit…

Pour répondre à Remedy, un film d'Holywood qui dénonce le capitalisme serait presque aussi crédible qu'un joueur de foot millionnaire qui se dit anti système ...

 
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