5 oct. 2010

UN HOMME QUI CRIE

On ne comprend pas bien ce qui a pu pousser le jury de Tim Burton à remettre une médaille de bronze à cet Homme qui crie, film tchadien mignonnet qui a certes le mérite de donner un autre regard sur le cinéma africain, trop souvent réduit par un nombre ridicule de sorties à des histoires de cultivateurs de manioc et d'enfants-soldats. Le film suit un ancien champion de natation victime de son âge avancé et des lois parfois primaires qui régissent le fonctionnement de son pays, ce qui va le pousser à tenter d'assurer sa propre survie physique et psychique par des moyens assez peu estimables. D'où un film à deux vitesses, qui décrit à la fois le fonctionnement d'une cellule familiale ordinaire et celui de la société tchadienne, hélas rongée par la corruption et l'intimidation. Au centre du film, le fameux "effort de guerre", qui contraint tout adulte à offrir argent ou progéniture en âge de combattre. C'est justement tout le noeud du problème pour Adam, pas assez riche pour financer la lutte contre les rebelles, et bientôt bouté loin de sa piscine chérie par de vilains repreneurs asiatiques qui préfèreront exploiter la vigueur de son cher fils.
Voilà un film désenchanté qui n'a pas pour vocation d'être un film "à thèse", mais donne à voir la douce tristesse d'une génération d'africains ayant tout donné pour offrir de belles vies à leurs enfants mais devant se rendre à l'évidence : demain n'est pas un autre jour, loin de là. Ce constat, Mahamat Saleh-Haroun (Daratt, saison sèche) l'effectue sans forcer le trait, en se contentant de filmer le visage fermé mais pas inexpressif de l'acteur Youssouf Djaoro. C'est d'ailleurs le principal défaut du film, qui se réfugie beaucoup trop derrière le charisme quand même pas si dingue de son interprète. D'autant qu'autour de lui, le reste du casting sonne quand même très amateur : les femmes sont extrêmement mauvaises, gâchant les rares moments où elles sont mises en avant, et le jeune Diouc Koma, qui incarne le fils, n'est pas plus brillant. Un homme qui crie semble en fait victime d'un déséquilibre permanent entre son désir de flamboyance - contemplation, mouvements de caméra amples - et son incapacité à assurer ses ambitions sur le long terme. Il s'en dégage une sensation éminemment inconfortable.
Le film semble à la fois trop long et trop court : trop long parce qu'il est porté par un faux rythme le rendant parfois un rien ennuyeux, et trop court parce qu'il donne l'impression de ne pas développer suffisamment une intrigue pourtant intéressante. Le parcours d'Adam, entre perte de repères, comportements médiocres et tentative de rédemption, aurait nécessité d'être davantage disséqué, étudié de près. Cet homme qui crie de l'intérieur, qui souffre en silence de ne pouvoir poursuivre la paisible existence qu'il avait tenté de s'offrir, aurait mérité davantage d'espace, quitte à écraser encore un peu plus des personnages secondaires bien moins captivants. C'est en cela que le film passe à côté de son sujet, s'éloignant de plus en plus de sa cible au cours des dernières bobines, gentiment touchantes mais franchement pas à la hauteur du potentiel du héros. Il aurait été tellement vital pour le cinéma africain en général et ce film en particulier que l'on puisse éviter jusqu'à la fin des images trop couleur locale telles que cette jeune femme qui chante et pleure ou ce cadavre glissant sur un cours d'eau... L'Afrique a bien trop d'histoires à raconter et de douleurs à évacuer pour se contenter de véhiculer encore et encore ce genre d'images d'Épinal.



Un homme qui crie de Mahamat-Saleh Haroun. 1h32. Sortie : 29/09/2010.

2 commentaires sur “UN HOMME QUI CRIE”

Pascale a dit…

"ayant tout donné pour donner".
Peut mieux faire. Là, comme ça, en l'état, c'est beau comme du Michel Berger.

Un cadavre qui flotte sur l'eau c'est une image d'Epinal ??? ça se voit que t'es jamais venu à Epinal
http://www.imagerie-epinal.com/public/img/images_modernes/17000800.JPG

C'est pas d'aujourd'hui qu'il faut filer son moutard pour faire un effort pour la guerre. J'espère que tu as vu le Chef d'Oeuvre Néandertalien !!!

Rob a dit…

Plutôt mourir (même si ta critique donne plutôt envie).

 
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