10 oct. 2010

SANS QUEUE NI TÊTE

Après avoir montré l'amour et ses ravages dans un Si je t'aime, prends garde à toi devant notamment sa dureté à un Daniel Duval génialement inquiétant, Jeanne Labrune s'était lancée dans une succession de films renommés "fantaisies", marivaudages pleins à craquer de personnages allumés, de situations croquignolettes et de répliques improbables. En tout cas sur le papier. En fait, Labrune semble n'être jamais parvenue à trouver réellement son ton malgré ses tentatives multiples de repeindre la vie en multicolore. D'où, sans doute, sa volonté de dériver progressivement vers un style en demi-teinte. Alors la réalisatrice s'est trouvé un sujet et une thèse : ainsi donc, les psychanalystes seraient des putes modernes, et réciproquement. Sans queue ni tête se résume en fait à cette idée pas bien neuve, l'exploitant paresseusement pendant une heure et demie sans jamais approfondir sa réflexion ni en extraire correctement la potentielle drôlerie.
Dans Sans queue ni tête, les psys proposent des séances de 5 minutes à 60 euros pour faire entrer le maximum de thunes dans leurs caisses, tandis que les prostiputes orchestrent des mises en scènes archi-poussées afin d'exaucer les fantasmes - et ainsi révéler les personnalités cachées - de leurs clients. Labrune s'essaie au cynisme mais n'y parvient que trop rarement : ses personnages sont des archétypes mal taillés, et l'on sent que le travail de documentation des scénaristes a sans doute été trop superficiel pour rendre l'ensemble convaincant. À l'heure où la psychanalyse moderne envahit la société, la presse et les petits salons, et où le monde de la prostitution a connu une évolution sans précédent, le film livre un point de vue unilatéral et extrêmement daté sur deux univers qu'il n'était pourtant pas si idiot de mettre en parallèle. Mais il ne dépasse jamais son postulat, abandonnant ses protagonistes à leur propre sort dans un vaudeville éculé et dépourvu de souffle comique. Les jeux de rôle pratiqués par la pute Huppert - qui joue tour à tour l'écolière ou la desperate housewife - fleurent le déjà vu, et l'analyse inversée subie par le psy Lanners - qui finit par être le patient de ses propres patients - ne vaut guère mieux. Malgré une certaine envie d'élégance, Sans queue ni tête ne vaut pas mieux qu'une mauvaise pièce de boulevard avec Jean Lefebvre. Le genre de semi-comédie qui déprime son spectateur au lieu de le griser.
Et puis il y a le dossier Huppert : l'actrice ferait bien de vivre la même crise de conscience sur son personnage et de réaliser, dans son costume de gamine, qu'elle est sans doute trop vieille pour ces conneries et qu'il est sérieusement temps pour elle de tourner la page. Il y a dans le film un milliard de plans rappelant des rôles qu'elle a incarnés lors de ses meilleures périodes, aujourd'hui révolues ; soit autant d'occasion de constater qu'Huppert tourne désormais en rond et qu'on connaît par coeur ses intonations et ses petites moues. Chercher la marge pour la marge a rarement permis à des interprètes de se dépasser et d'offrir des prestations convaincantes. Comme le film, elle se distingue avant tout par la superficialité de son excentricité, et c'est assez pitoyable. Heureusement que Bouli Lanners est là, dans un rôle assez différent de ses prestations habituelles : il offre à Sans queue ni tête son peu d'éclat. Labrune a décidément du boulot, tant techniquement - ah, les champs / contrechamps inégalement mis en lumière - que scénaristiquement - qu'elle vire son co-auteur Richard Debuisne, auquel elle semble s'obliger de confier un rôle à chaque fois alors qu'il est mauvais comme un cochon. Une remise en question s'impose très rapidement pour celle qui, autrefois, semblait avoir saisi certaines des clés du monde d'alors mais semble aujourd'hui terriblement dépassée.



Sans queue ni tête de Jeanne Labrune. 1h35. Sortie : 29/09/2010.

2 commentaires sur “SANS QUEUE NI TÊTE”

Cine-emotions a dit…

On est enfin d'accord Rob !

Pour ma part, j'ai vu un film plutôt lourd dans son propos, même si on ne peut nier une part d'originalité. Le propos manque de profondeur et surtout de pertinence. On a une impression de rester en surface des choses.

Benoit a dit…

elle était pas mal Huppert dans le film de Fitoussi.. mais un bon rôle pour 5 en moyenne ca fait peu quand même.

 
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