14 oct. 2010

NOTRE JOUR VIENDRA

On attendait au tournant le fils Gavras, affublé d’une triste étiquette de clippeur provoc venu du collectif Kourtrajmé. La surprise est de taille : s’il avance avec hésitation comme un poussin fraîchement sorti de l’œuf, Notre jour viendra révèle de séduisantes prédispositions et semble imposer le petit Romain non comme un digne héritier de son père vieillissant, mais plutôt comme un successeur du Bertrand Blier de la meilleure époque. Pour pousser un peu, on ajouterait même que le film rappelle de temps à autres l’exigence d’un Bruno Dumont, principalement dans la façon commune qu’ont les deux réalisateurs de filmer avec style mais sans pitié la laideur des maisons nordistes et de leurs habitants couperosés.
Il est loin, le clip de M.I.A. et ses rouquins raflés et abattus sans vergogne par les autorités : Notre jour viendra ne prétend jamais verser dans le cinéma d’anticipation avec violence gratuite en supplément, mais se présente davantage comme un road movie épuré et non-sensique, dont la drôlerie n’a d’égal que sa vertigineuse tendance à la dépression. Et si ses deux héros sont vaguement roux, tout le sel du film se situe justement dans ce vague-là : le parcours de Patrick et Rémy, anti-héros esseulés et de plus en plus illuminés, ressemble plus d’une fois à celui de malades mentaux touchés par un délire de persécution. Ces types ne sont ni vraiment hétéros ni vraiment homos, ni tout à fait normaux ni franchement cinglés, et n’ont même pas le bon goût d’être des rouquins purs et durs : c’est toute la détresse de ces deux personnages qui n’ont finalement aucune particularité, et qui finissent par imploser lorsqu’ils prennent conscience de leur totale neutralité.
Mené par un Cassel qu’on pourrait dire en roux libre si le jeu de mots n’avait pas déjà une vieille barbe, Notre jour viendra séduit, désarçonne, se casse parfois la figure au détour d’une scène moins forte, mais dispose de suffisamment d’énergie et de rage non canalisée pour retomber sans cesse sur ses pattes. Dans ses meilleurs instants, le système Gavras – grands angles, petit nombre de personnages – rappelle Buffet froid et ses cousins par sa tendance à faire du monde une sorte de gigantesque terrain de jeu désaffecté, permettant à quelques pauvres hères de hurler leur haine des convenances et leur douleur d’être eux-mêmes. Parkings de centres commerciaux, routes désertes et stations-services sont tour à tour le théâtre de petites aventures médiocres orchestrées par des personnages ayant besoin de faire n’importe quoi pour se sentir exister. Il se dégage une impression d’urgence et de total désespoir, rendant cet opéra sur fond de béton aussi bouleversant qu’euphorisant.



Notre jour viendra de Romain Gavras. 1h35. Sortie : 15/09/2010.

2 commentaires sur “NOTRE JOUR VIENDRA”

Avis aux fans de cinéma !

A l’initiative de la Mairie d’Epinay-sur-Seine (93), vous êtes tous invités à la 2ème édition du « Forum des métiers du cinéma et de l’audiovisuel en IDF» qui se tiendra les 19 et 20 novembre 2010, à l’Espace Lumière.

Destiné avant tout à ceux qui souhaitent s’orienter vers les domaines du cinéma, de l’audiovisuel et des nouveaux médias, ce Forum propose pendant deux jours de mettre en lumière les formations existantes dans ces domaines, ainsi que les métiers auxquels ils préparent.

Venez par exemple vous essayer aux métiers de la télévision en présentant la météo sur un plateau TV reconstitué, faites-vous maquiller par des professionnels… Retrouvez-vous même dans la peau d’un présentateur télé !

Bien sûr, l’événement est 100% gratuit. Pour plus d’infos, rendez-vous sur la page facebook !

Cine-emotions a dit…

Une première demi-heure qui avait de l'allure et un réel sens intellectuel, mais le film s'enfonce dans la gratuité et l'incompréhension.. Décevant. Mais Gavras a de l'avenir.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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