16 oct. 2010

MOI, MOCHE ET MÉCHANT

Aussi inutilement surexcité que ces stupides publicités d'animation vantant les mérites d'on ne sait trop quel forfait de téléphonie mobile, Moi, moche et méchant sonne comme une sorte d'aberration dans le monde des longs-métrages animés. Il suffit de jeter un oeil à son équipe technique pour comprendre que le film est l'oeuvre d'une équipe patchwork composée de producteurs et artistes n'ayant pas pour habitude de travailler ensemble, et ne subissant visiblement pas les mêmes influences. Cette hétérogénéité est absolument criante : voici un film qui part absolument dans tous les sens, sans réellement maîtriser les multiples pistes empruntées par son scénario ni même son identité visuelle. Moi, moche et méchant ressemble par endroits à un long, très long épisode de Bip-Bip et Coyote, puis se mue en vague cousins de Monstres & cie avant de ne trouver sa propre identité qu'au gré de quelques scènes montrant que le chemin à parcourir pour atteindre le niveau d'exigence des studios Pixar et de leurs dauphins reste encore très long.
À vrai dire, il est même difficile de comprendre le pourquoi et le comment du personnage de Gru, sorte de grand type aussi voleur que misanthrope, qui projette carrément de voler la Lune - poésie, quand tu nous tiens. D'une noirceur sans faille sur le papier, il n'est à l'écran qu'un vrai-faux gentil bien mal composé qui va bientôt fondre de façon prévisible sous l'amour d'un trio de petites filles. Si Moi, moche et méchant n'était qu'un film pour moins de 6 ans, on pourrait comprendre le refus apparent des auteurs de faire du personnage le monstre qu'il semble renfermer ; mais les réalisateurs Coffin et Renaud avaient apparemment d'autres ambitions, comme celle de s'adresser à tous les types de public en proposant plusieurs niveaux de lecture et des tonalités moins doucereuses que la moyenne. Que dalle : on nage en plein consensus, voire en pleine guimauve. Très vite, Gru et les Minions - qui portent bien leur nom mais semblent pompés sur une kyrielle de héros animés les ayant précédés à l'écran - perdent toutes leurs singularités et c'est fort dommage.
SI l'utilisation de la 3D est relativement bien vue, si les principaux protagonistes sont correctement caractérisés à défaut d'être tout à fait originaux, c'est dans le déploiement des différents univers que Moi, moche et méchant déçoit particulièrement : des aspirations minimalistes ou plus vraisemblablement un manque de moyens tirent le film vers un curieux dénuement visuel dès lors qu'il s'agit d'entraîner les personnages loin de chez eux. Il semble problématique que les décors d'un film d'animation, où tout est donc permis, ressemblent à de vastes étendues désertiques. Et c'est finalement lorsque le film daigne se lâcher enfin et assume totalement sa part de tendresse quitte à oublier complètement son cahier des charges en demi-teinte qu'il trouve enfin ses marques, tant sur le point de vue du style que sur celui de l'humour. Dans ses dernières bobines, Moi, moche et méchant continue à laisser une impression de déjà-vu, mais a au moins le mérite de donner le sourire en donnant à voir l'amour sincère qui étreint Gru et les trois petites filles, en en faisant des Minions des sortes de nouveaux petits Shadoks au pays de Beckett, notamment pour un voyage dans le vide aussi amusant que profond - restez jusqu'à la fin du générique. La dernière impression est positive mais ne permettra cependant pas de masquer les nombreux défauts d'un film loin d'ouvrir de nouveaux horizons en matière de cinéma d'animation.



Moi, moche et méchant (Despicable me) de Pierre Coffin & Chris Renaud. 1h35. Sortie : 06/10/2010.

1 commentaire sur “MOI, MOCHE ET MÉCHANT”

Cine-emotions a dit…

Un peu sévère là non ?

Pour ma part, et après la rencontre avec Pierre Coffin, je ne suis pas sûr que la volonté de faire quelque chose de nouveau soit réellement là.

Pour autant, on se retrouve face à un film drôle, vif et rythmé, touchant parfois. Je n'ai pu trouve de réels défauts à ce film en fait.

 
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