13 oct. 2010

LAISSE-MOI ENTRER

Mieux vaut en rire qu'en pleurer : parmi les innombrables remakes de bons films non-amerloques, Laisse-moi entrer fait figure d'épouvantail tant il semble réunir en moins de 2 heures tous les défauts inhérents à ce genre d'exercice. Ne surtout pas se laisser charmer par les jolies lumières déployées çà et là par Matt Cloverfield Reeves : elles sont de toute façon moins séduisantes que celles du Morse de Tomas Alfredson et relèvent plus de l'enrobage aguicheur que d'un quelconque désir de mise en scène. Ces remakes-là sont les plus dangereux : ils propagent insidieusement leur charme hollywoodien dans des salles remplies en partie de spectateurs tout à fait disposés à ne pas voir le massacre en train d'avoir lieu.
Pour éviter de repomper plan par plan l'incroyable film suédois, qui gagne en richesse à chaque vision, les scénaristes de Laisse-moi entrer ont reconstruit le script au gré de leurs envies de suspense putassier et de grandiloquence. C'est ainsi que le film s'ouvre sur un flashback « à l'américaine » avec son carton indiquant date et lieu, sa musique tagada-tsouin-tsouin et ses personnages bien appuyés, histoire de commencer au plus vite le prémâchage de l'ensemble. Inutile et pompeux, ce retour en arrière est la première étape de la boucherie à venir, et le premier indice du total manque de respect de Matt Reeves et les siens envers le film original. Par la suite, chaque scène apportera son lot de petites aberrations, mal détectables pour qui ne connaît pas Morse, mais témoignant d'une mauvaise compréhension du matériau de base. Ici la finesse n'a pas droit d'entrée : chaque sous-entendu est souligné trois fois, les protagonistes sont redessinés de façon suffisamment carrée pour empêcher l'ensemble d'être choquant, et les effets de style régulièrement insérés ne ressemblent qu'à une série de bras d'honneur adressés à un cinéma de genre européen salement méprisé par les États-Unis. Piller nos meilleurs espoirs mais pisser sur nos plus belles oeuvres : telle est apparemment la façon de faire de la majorité des producteurs.
On pourrait dresser une longue liste des stupidités qui jalonnent Laisse-moi entrer ou jouer au jeu des 7 erreurs ; ce serait oublier qu'il faut tenter de considérer les films en tant qu'eux-mêmes, y compris s'il s'agit de reproductions d'oeuvres existantes. En revanche, on peut crier haut et fort que la petite Chloe Moretz, révélée par l'imparable de Hit Girl, est une actrice dont on se passerait bien. Que Richard Jenkins ferait bien de se surveiller au lieu d'enchaîner les navets comme il le fait actuellement. Que les effets visuels du film, qui tente parfois de ressembler à un « vrai » film de genre, sont ridiculement ratés. Remake insupportable, Laisse-moi entrer est aussi un très mauvais film, qui échoue autant à faire monter l'adrénaline qu'à donner corps au mal-être de préadolescents engoncés dans des enveloppes corporelles inconfortables. Que le film se déroule dans les années 80 n'apporte rien d'autre que quelques vieux tubes pop, une poignée de bornes d'arcade et quelques fringues chouettement ringardes. Le film en avait-il besoin ? Non. Avions-nous besoin de ce film ? Pas davantage. Il faut fuir cette aberration mielleuse et faussement dévouée à son sujet pour s'empresser de découvrir ou redécouvrir un film original dont la froideur et la singularité n'étaient pas feintes.



Laisse-moi entrer (Let me in) de Matt Reeves. 1h52. Sortie : 06/10/2010.

3 commentaires sur “LAISSE-MOI ENTRER”

Dom a dit…

Pour moi, la boucherie commence dès l'affiche : Chloe Moretz ; adieu l'ambigüité et le mystère de Morse. Bref, je n'irai pas au cinéma le voir, ce serait leur [ces gens outre atlantique qui refont les bons films étrangers] raison.

Cine-emotions a dit…

Un remake, difficile de faire mieux que l'original.

Même si Chloé Moretz s'en sort bien, ça manque de profondeur psychologique et on préfère le côté plus vampiresque qui fait perdre du charme au film.

Anonyme a dit…

Laisse-moi entrer est la seconde adaptation du roman de John Ajvide Lindqvist. La première était l'œuvre du suédois Tomas Alfredson qui signait avec Morse l'une des plus belles variations vampiriques vue ces dernières années. Matt Reeves (Cloverfield), grand admirateur de cette histoire d'amour entre deux enfants, transpose l'action du film sur les terres américaines. Les bonnes volontés suffisent-elles à garder le cœur d'une intrigue sensible à l'atmosphère cotonneuse si particulière ?


Copie conforme ?



Il est toujours complexe d'adapter une œuvre brillante et remarquée dans les festivals internationaux. Laisse-moi entrer est avant tout un roman fondé sur les cultures nordiques. Envisagé sur un autre territoire, la frontière est mince entre une bonne histoire et une transposition ratée. Dans les exemples réussis, nous avons Insomnia où Christopher Nolan magnifie un bon polar norvégien. De l'autre côté, citons le Veilleur de Nuit, film danois de Ole Bornedal qui se perd dans une copie américaine sans saveur. Difficile d'oublier l'excellent film de Tomas Alfredson pour quiconque l'aurait vu ; ce constat serait sans doute partagé par Matt Reeves tant son film en récupère certaines idées de mise en scène. La force d'un cinéaste consiste à s'approprier une œuvre et sur ce tableau, la version américaine ne manque pas de charme à défaut de surprises. Le réalisateur de Cloverfield récupère la structure, arrondit quelques angles mais garde l'essentiel ; la naissance d'un sentiment amoureux entre deux êtres que tout oppose.

Fort de son expérience dans les séries, Matt Reeves multiplie les astuces pour rendre sa narration la plus directe possible sans simplification outrancière. Au lieu d'utiliser le point de vue du voisinage, Laisse-moi entrer privilégie l'enquête d'un policier incarné par Elias Koteas. L'intrigue s'en retrouve resserrer autour de nos deux héros. Owen (Kodi Smit-McPhee, l'enfant dans La Route) est un enfant en marge. Déconnecté de la cellule familiale, brimé par ses camarades de classe, il passe ses soirées à épier ses voisins à la longue vue. La rencontre avec une adolescente de son âge, Abby (Chloë Moretz, vue dans Kick Ass), bousculera sa vie.

A la découverte de la sensualité ...


On appréciera quelques nuances intéressantes au niveau de la mise en scène, la bestialité de la jeune vampire empreinte à l'imagerie monstrueuse et gore du vampire. Ces choix se révèlent payants, le film gagne ainsi en dynamisme ce qu'il perd quelque peu en mystère. L'intrigue est d'ailleurs plus balisée que le film original, ce qui permettra d'entrainer plus de spectateurs dans le giron de cette jolie histoire. Qui s'en plaindra ?


Laisse-moi entrer 3

Laisse-moi entrer se trouve astucieusement transposé à la sauce américaine. Il garde l'essence de ce que nous avions déjà apprécié par le passé, la suprise de la découverte en moins. Les spectateurs qui en profiteront le plus seront indéniablement ceux qui découvrent le film. Pour les autres, il ne sert à rien de pester contre ce remake aussi réussi que vain.


Vincent MARTINI
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Laisse-moi entrer 2
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Livre VS Film : Laisse-moi entrer07 octobre 2010 - 0 commentaires

Et une nouvelle adaptation avec des vampires ! Toutefois, Laisse-moi entrer est inspiré d'un roman qui a relancé une nouvelle vision de la créature, immortalisée aussi par le film Morse. Il est temps de se pencher sur une adaptation et remake bien complexe.

 
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