12 oct. 2010

LA MACHINE À DÉMONTER LE TEMPS

Co-scénariste d'un certain High fidelity, Steve Pink passe à la réalisation avec ce film interprété par John Cusack, le Rob Gordon de Stephen Frears. Alléchant ? Pas tant que ça : l'acteur n'a rien fait de vraiment convaincant depuis le début du siècle, hormis peut-être Grace is gone, et mister Pink n'officie ici qu'aux manettes et pas au script. Et à vrai dire, on s'en fiche : La machine à démonter le temps est un film prônant le fun pour le fun sans jamais se soucier d'assurer une quelconque cohérence ni de rendre un véritable hommage à un pan de la pop culture. Il ressemble juste au résultat d'une soirée « nostalgie et LSD » ayant débouché sur l'écriture hâtive et débridée d'un semblant de scénario. L'argument est en effet épais comme une bonne vieille feuille OCB : trois quadras un peu revenus de leur indéfectible amitié et un jeune geek dont la vie se résume à jouer les taulards sur Second Life se lancent dans un road trip vers une station de ski désaffectée, théâtre des exploits passées du fameux trio, où un jacuzzi à remonter le temps leur permettra de regagner les années 80 et de revivre quelques heures de leur jeunesse dorée. Tout cela n'est prétexte qu'à un délire vaguement régressif et à une succession de gags plus ou moins bien sentis, le tout au service d'une oeuvre fort sympathique à défaut d'être mémorable.
Truffé d'hommages à la trilogie Retour vers le futur - un des héros se fait même appeler McFly au moment de tricher au jeu - et de clins d'oeil à Ashton Kutcher - de l'émission Punk'd au navet L'effet papillon -, Hot tub time machine - titre plus coolos que La machine à démonter le temps - est aussi ambitieux qu'un week-end barbecue avec des potes. Et procure plus ou moins le même effet euphorisant : on est ravi de se rappeler pourquoi on aimait tant ces amis dont on a fini par se lasser, on mate les gonzesses qui passent sans trop culpabiliser, on picole joyeusement en oubliant les heures sombres de son existence pour mieux railler les travers de ses voisins... Si le film va intégralement dans ce sens, c'est grâce à un argument un peu vaseux mais imparable qui contraint les héros à reproduire exactement ce qu'ils avaient fait vingt ans auparavant, sous peine de briser le cours du temps et de risquer de massacrer leurs existences actuelles et de faire disparaître - sans bien savoir pourquoi - le jeunot de la bande, qui n'était pas né à l'époque mais dont la naissance semble dépendre de ces petits événements-là. La régression est donc totale : retrouvant leur ancienne apparence aux yeux des autres - mais continuant à se voir tels qu'ils sont aujourd'hui, allez savoir pourquoi -, ces mecs doivent baiser, picoler, se battre comme avant. Et ça fait du bien.
Aucune morale - ou alors si misogyne qu'on préfère la laisser de côté -, que du plaisir premier degré. La machine à démonter le temps réussit particulièrement lorsqu'il abandonne toute dignité pour se muer en une sorte d'American pie pour adolescents très attardés. Voir les héros tenter de deviner comment leur groom a bien pu devenir manchot ou chercher comment échapper à un gage consistant à sucer leur pote est un bon résumé de la suprême contribution apportée par Steve Pink et toute sa bande à la grandeur du septième art. Que Cusack participe à ce merdier peut faire un peu de peine, certes ; mais que des types méconnus comme Rob Corddry ou Craig Robinson aient enfin assez d'espace pour exprimer leur démence cradingue suffit à justifier l'existence même de ce bout de gras filmique. Si vous n'aimez pas ça, fuyez, mais n'en dégoûtez pas les autres.



La machine à démonter le temps (Hot tub time machine) de Steve Pink. 1h39. Sortie : 06/10/2010.

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