28 oct. 2010

IL RESTE DU JAMBON ?

Quand Anne Depétrini, fofolle professionnelle ayant surfé sur l'esprit Canal sans jamais l'avoir elle-même, passe à la réalisation et engage son amoureux Ramzy Bedia pour un rôle principal assez éloigné de ses délires habituels, il y a de quoi nourrir quelques angoisses. D'autant plus que le titre du film, Il reste du jambon ?, n'est pas là pour rassurer, on pénètre dans cette comédie plus qu'à reculons. À raison et à tort : pas folichon, le film de Depetrini n'a pour autant rien de scandaleux malgré l'emploi régulier de raccourcis l'empêchant de trouver la moindre crédibilité en tant que plaidoyer anti-raciste. Sur une échelle s'étendant de Bienvenue chez les ch'tis à Mauvaise foi, Il reste du jambon serait légèrement plus proche du premier, par sa façon de faire grossièrement cohabiter deux communautés afin d'accoucher d'un message de tolérance sur le mode « aimez-vous les uns les autres ». Il emprunte néanmoins au film de Roschdy Zem quelques-unes de ses caractéristiques principales, à ceci près qu'il traite davantage d'origine géographique que de religion.
La ressemblance est tout de même un peu trop visible, surtout lorsque certains personnages semblent tout droit copiés sur le scénario écrit par le tandem Zem - Elbé : la petite sœur du héros, mimi mais toujours en survêt, est incarnée les deux fois par ue Leïla Bekhti qui n'a visiblement pas peur de se répéter. Au petit jeu des comparaisons, Depetrini sort largement perdante, notamment parce qu'elle se casse la figure dès qu'il s'agit d'aborder le racisme ou le communautarisme sous un jour sérieux. Pendant la dernière demi-heure, la réalisatrice néophyte tente d'aborder des sujets aussi épineux que la condition de la femme ou le mariage forcé, le tout dans un mélange aussi hâtif que hasardeux. On ne croit ni aux ressorts dramatiques ni aux vertus du message, asséné avec autant de sincérité que de maladresse. Et les tentatives humoristiques de stigmatiser les racistes du quotidien sont quasiment aussi vaines : la scène où Éric Judor — who else — apparaît en agent de sécu coupable de délit de sale gueule est amusante parce que c'est Éric. Pas parce qu'elle est écrite finement ou particulièrement originale.
C'est finalement lorsqu'elle s'essaie à la comédie pure ou qu'elle raille le monde du petit écran que Depetrini s'emmêle le moins les pinceaux : il suffit de tolérer l'humour très bon enfant ou les personnages gentiment décalés pour ne pas passer un moment trop exécrable. Surtout que le casting est truffé de seconds rôles interprétés par des gens qu'on aime bien, de Géraldine Nakache à Alex Lutz en passant par Franck Bellocq, le Francky Ky du journal grolandais. Il reste du jambon n'a pour lui que la vague sympathie du film de potes. C'est déjà ça, mais c'est peut-être aussi ce qu'il y a de plus gênant : le film semble n'être que le fruit d'un certain nombre d'actes de copinage de la part d'une fille ayant patiemment exploité ses contacts professionnels dans le but de faire enfin "son" film. Il reste du jambon ? Oui, peut-être ; mais il reste surtout beaucoup de boulot à Anne Depetrini pour devenir une réalisatrice respectable. Un scénario qui tienne la route, une direction d'acteurs plus ferme. Ce genre de détail qui fait la différence.



Il reste du jambon ? d'Anne Depetrini. 1h30. Sortie : 27/10/2010.

2 commentaires sur “IL RESTE DU JAMBON ?”

Djemaa a dit…

Bonne journée et merci pour le partage de ces articles, Pascal.

Pascale a dit…

On touche pas à Bienvenue chez les Chtis,
c'est clair
ou faut faire un crobard ?

PS. : Il aime bien partager le Djemaa !

 
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