11 oct. 2010

HORS-LA-LOI

Indigènes (2006) : 3,1 millions d'entrées. Hors-la-loi (2010) : 310.000 entrées. Comment expliquer que, malgré un casting et un style identique, Rachid Bouchareb ait connu un succès dix fois moindre avec son dernier film ? La réponse est dans la question, mais pas seulement. La vérité est - en partie - ailleurs.
Première réponse à cette interrogation : Hors-la-loi est effectivement le même film qu'Indigènes, et ce malgré un sujet différent. Tout d'abord, Debbouze, Bouajila, Zem, Blancan et quelques autres figurent dans la distribution des deux films, pour des rôles d'importance similaire. Seul Samy Naceri n'est plus là pour les raisons que l'on sait, et il est quasiment certain que Rachid Bouchareb aurait transformé son trio de frères en un quatuor si l'acteur psychopathe avait pu être de la partie. D'ailleurs, Naceri manque cruellement à ce nouveau film, lui qui était de loin le meilleur de l'ancien. Et ce pour une raison bien précise : dans Indigènes, il était le seul à ne pas avoir conscience d'évoluer dans un film à vocation historique, et à incarner véritablement un personnage au lieu de jouer figer pour ne surtout pas trahir le scénario - livre d'histoire écrit par Bouchareb. Sa folie furieuse manque à Hors-la-loi, film trop amidonné qui manque d'une bonne dose de cinéma et d'imprévu.
Réponse numéro deux : la partialité du point de vue. Si l'on considère le film comme une réponse engagée et enragée aux nombreuses oeuvres ayant avant tout pointé les agissements terroristes de certains indépendantistes algériens, alors le film se tient relativement bien. Sinon, Hors-la-loi apparaît effectivement comme un témoignage biaisé qui oublie une partie de l'Histoire et se contente d'aligner avec la finesse d'un pachyderme de grandes séquences sentencieuses et outrageusement anti-françaises. Trouver des excuses aux agissements parfois condamnables de ses trois héros tout en prônant la tolérance zéro vis-à-vis des autorités hexagonales a quelque chose de salement poisseux. Que Bouchareb ne soit pas très malin ou qu'il ait délibérément choisi ce traitement excessif afin de faire parler de son film, le résultat est le même.
Troisièmement : aussi léché soit-il, le film est sacrément ennuyeux. Il y a sans doute une bonne vingtaine de minutes en trop, puisque Hors-la-loi hésite sans arrêt entre un intimisme mal taillé - les scènes avec la mère des héros sont d'une fausseté affligeante - et une grandiloquence dans le traitement historique et dans l'action. Résultat : l'impression de voir s'empiler plusieurs genres difficilement conciliables - quand on n'a pas le talent nécessaire - à la façon du fameux jeu Jenga, qui permet de pratiquer l'équilibre instable jusqu'à l'inévitable moment où tout se casse la gueule. Que Bouchareb indique en interview qu'il considère sa dernière oeuvre comme un pur film de genre ne fait qu'appuyer un peu le ratage de l'ensemble, qui ne trouve jamais son ton ou son genre. Et si les dernières bobines laissent à penser que le réalisateur pourrait être doué dans le polar pur, comme un lointain héritier de Melville, on est tout de même bien loin de se régaler.
Pas scandaleux mais en tout cas très académique, Hors-la-loi n'avait pas les armes pour pousser les foules à se déplacer jusqu'aux salles de cinéma. Malgré ses nombreux emprunts à quelques modèles du genre, notamment au Saving private Ryan de Spielberg, Indigènes avait au moins pour lui l'attrait du film de guerre, avec ce qu'il fallait de boue, de sang et de chaos. Ce qui n'est pas franchement le cas dans cette relecture moyennement inspirée de l'histoire franco-algérienne...



Hors-la-loi de Rachid Bouchareb. 2h18. Sortie : 22/09/2010.

2 commentaires sur “HORS-LA-LOI”

carlito.brigante a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Cine-emotions a dit…

Hors-la-loi s'avère vraiment être un divertissement plutôt qu'un réel film historique doté d'une puissante objectivité. Bouchareb avait séduit lors d'Indigènes, mais ici son propos n'est pas si bien vu, et d'un point de vue cinématographique, c'est plutôt moyen.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz