22 oct. 2010

HOLIDAY

Il y a une douzaine d'années, Guillaume Nicloux et Jean-Pierre Darroussin collaboraient sur une adaptation des aventures du Poulpe, justicier anar et rigolard créé et régulièrement remis sur le devant de la scène par quelques auteurs de romans noir. Parmi eux, Jean-Bernard Pouy, aujourd'hui co-scénariste de Holiday, qui semble boucler la boucle jadis entamée par Nicloux. Le film marque possiblement un tournant dans la carrière d'un réalisateur dont les aspirations auteuristes trop premier degré — d'Une affaire privée au Concile de pierre — avaient souvent tourné au ridicule. Holiday vient à point nommé pour briser cette mécanique de l'échec et rappeler à quel point cet excellent technicien peut faire preuve de brio dès qu'il consent à lâcher la bride. On pressent une réussite décalée dès le générique, salement organique et délicieusement filmé, où les noms des interprètes ont été curieusement remplacés par les patronymes des personnages. Le ton est donné : bienvenue dans un Cluedo consciemment à côté de ses pompes, où le colonel Moutarde aux les dents gâtées materait le vieux docteur Olive se taper mademoiselle Rose.
Construit sur une structure en flashback — plus ou moins utile, mais on s'en tamponne —, le film utilise son imbroglio policier comme un vaste McGuffin permettant d'aligner situations croquantes et hurluberlus à tous les étages. Pas un personnage qui ne soit un tantinet barré, voire complètement pervers : dans cet hôtel prétendument luxueux mais en tout cas isolé, clients et membres du personnel rivalisent avec entrain pour être encore plus timbrés que leurs voisins. On retrouve l'esprit poulpesque de Nicloux, qui fait cohabiter avec une aisance folle des dialogues corsés, des personnages grinçants et une violence sous-jacente, le tout dans une ambiance plutôt indéfinissable. L'ennui de la morte saison dans un coin reculé de Province, allié à une consommation excessive d'alcool et autres substances, ne provoque de léthargie que chez certains personnages, jamais chez le spectateur, trop ravi de déguster ce qui finit par ressembler à un After hours en français et en huis clos.
Il faut voir ce pauvre Michel Trémois — Darroussin, impeccable, zigzaguer d'étage en étage en prenant progressivement conscience de sa médiocrité et de celle du monde qui l'entoure. Un nain baraqué, une charmante exhibitionniste, un pervers mielleux, un divorcé dépressif, une diva braillarde, une femme de chambre agressive et quelques autres lui permettront à la fois de retrouver le sens des réalités et de se noyer progressivement. Sa relation pathétique avec une femme trop jeune et trop libre pour lui, incarnée par une Judith Godrèche pile dans le ton, est emblématique de la middle life crisis vécue par cet homme a priori comme tout le monde. La descente aux enfers qu'il vit dans la première moitié du film est aussi édifiante pour lui que jubilatoire pour nous, par la grâce d'une mécanique comico-bizarre n'allant jamais lorgner vers la comédie de boulevard mais ne s'abîmant pas non plus dans un absurde trop segmentant. Holiday perd hélas un peu en fulgurances lorsque son aspect polardeux prend légèrement le pas sur le reste, mais son penchant certain pour la dégueulasserie humaine et le cradingue sans excès le rendent éminemment sympathique de bout en bout. D'autant qu'autour du trio cité sur l'affiche se dresse une dizaine d'acteurs dont on ne connaît pas toujours les noms mais qui s'affirment de film en film comme des gueules talentueuses et rassurantes, choisies avec discernement par un Nicloux qui est enfin parvenu à combiner ses envies de cinéma quatre étoiles — félicitations au chef op — et son potentiel de réalisateur populaire.



Holiday de Guillaume Nicloux. 1h30. Sortie : 08/12/2010.

Laissez le premier commentaire sur “HOLIDAY”

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz