5 oct. 2010

Entretien avec Zoé Félix & Yann Gozlan : « Une certaine épure »

Fin septembre 2010, j'ai rendez-vous dans les locaux de Bac Films pour m'entretenir avec l'actrice Zoé Félix et le réalisateur Yann Gozlan, dont le premier long nommé Captifs est un film de genre assez recommandable. Loin de la frime de certains metteurs en scène de films de genre se prenant pour des cadors, loin du côté diva de certaines actrices outrageusement snob, tous deux ont bien voulu répondre à mes questions « vachement chouettes » (dixit Yann) avec une infinie modestie.




Entretien > Captifs apparaît comme un film résolument classique. Ce mot sonne-t-il comme un compliment pour vous ?
Yann Gozlan - Absolument. Le classicisme est quelque chose que j'aime vraiment au cinéma, et c'était important pour mon premier film de m'y tenir. Au départ, les producteurs sont venus me demander d'écrire un film de genre, et j'ai tout de suite eu envie de me fixer un cadre, de traiter des archétypes à ma manière tout en restant respectueux vis-à-vis du genre. Je voulais faire un film extrêmement basique, sans ironie ni second degré, quelque chose de très assumé, qui évite formellement la surenchère d'effets visuels ou sonores. J'aspirais à une certaine épure, et le fait qu'on qualifie mon film de classique est pour moi un véritable compliment.

Dans les films de genre, notamment en France, on attend souvent le moment où l'ensemble va devenir too much, comme si les réalisateurs se sentaient obligés d'en faire des tonnes pour se faire remarquer. Dans Captifs, ce moment n'arrive jamais.
Y.G. Tant mieux. Que ce soit pour le jeu ou l'image, l'idée était de trouver le juste équilibre et de ne pas tomber dans l'excès.Globalement, les seules images horrifiques du film sont là pour donner une information sur ce qui se passe, jamais pour impressionner le spectateur de façon gratuite. Certains plans sont viscéraux, en tout cas je l'espère, mais toujours furtifs.

 
Est-ce que ça vous choque si j'ajoute que Captifs ressemble à une gigantesque carte de visite ?
Y.G. Tant mieux si l'aspect technique est perçu positivement et que le film paraisse élégant. J'ai essayé de faire le maximum pour que ce soit visuellement chouette à regarder tout en étant classique ; certains pourront peut-être le trouver trop impersonnel, mais c'était une première expérience, quoi. Évidemment que j'ambitionne, si on me laisse cette chance, de passer ensuite à des films avec des thématiques plus personnelles. Mais ce film est néanmoins personnel en ce qu'il donne à voir mes goûts cinématographiques, mon rapport à la violence et à l'angoisse, ces choses que j'adore en tant que spectateur et que j'ai envie de transmettre. Pour la suite, je compte effectivement offrir des films plus fins en matière de psychologie et de rapport entre les personnages.

En se cantonnant au film de genre ?
Y.G. J'aimerais faire un film plus ouvert, moins connoté film d'épouvante pur et dur, mais toujours avec cette tension que j'espère palpable.

Zoé, c'est votre premier film de genre ?
Zoé Félix -  Il y a quand même eu Déjà mort, qui est un film noir et qu'on peut donc considérer comme un film de genre. J'ai ensuite eu un passage plus léger avec de la comédie ou de la comédie dramatique. Mais j'ai quand même tourné un court-métrage avec Xavier Gens, où je jouais la méchante, une salope qui pousse son amant à tuer sa femme et sa fille pour qu'il puisse rester avec elle. Un truc monstrueux.


Et pourquoi avoir accepté Captifs plutôt qu'un autre film de ce genre ?
Z.F. On ne m'en a pas proposé tant que ça, et puis je souhaitais attendre le bon moment. Je ne suis pas du genre pressée, j'ai plutôt tendance à prendre mon temps. La rencontre avec Yann a tout déterminé : il m'avait vu dans d'autres types de films et a eu envie de me donner ma chance dans le sien. Il y avait aussi une volonté chez moi de montrer autre chose, sans pour autant tomber dans le contre-emploi pour le contre-emploi.

C'est un genre avec lequel vous avez grandi ?
Z.F. Pas spécialement. En tout cas moins que Yann. Je suis quand même beaucoup moins cinéphile que lui... Mais j'ai quand même toujours aimé ça. Le cinéma est un vecteur tout à fait cohérent pour ce type de film, qu'il faut absolument découvrir en salles. Le travail sur l'image ou le son est bien plus important que dans les comédies, qu'on peut voir plus aisément chez soi sous la couette en DVD. J'ai aimé l'idée de revenir au cinéma avec un rôle comme celui-ci, pour un film qui procure un pur plaisir au spectateur.

Le travail sur le son est impressionnant, inventif et réussi.
Y.G. C'était présent dès l'écriture. Dans ce cadre très archétypal du film à suspense, je cherchais comment apporter par ma mise en scène un point de vue original et une atmosphère. Ces différents travaux sur le son sont des choses minimes, mais qui revêtent pour moi une importance particulière. Tout en restant humble et modeste, je me suis demandé comment rendre différentes des scènes classiques, telles que celle où les personnages se font enlever en forêt. J'ai eu l'idée de laisser le personnage s'endormir en écoutant de la musique avant de se réveiller brusquement, toujours en musique, pour découvrir la gravité de la situation.
En terme de montage son et de mixage, il a été très difficile de trouver le bon ajustement. C'était la première fois que je passais autant de temps dans un studio à travailler là-dessus ; habituellement, pour un court, deux ou trois jours suffisent. C'était trop court, mais j'ai apprécié ces sessions qui permettent d'améliorer notablement le matériau de base. À condition évidemment de ne pas trop mal s'y prendre... C'est très valorisant parce qu'on voit le film éclore enfin.


Il y a peu d'acteurs dans le film, mais j'étais très content de voir notamment Éric Savin, un acteur trop peu reconnu, dans un rôle important. On connaît souvent son visage, rarement son nom...
Y.G. J'ai pensé à lui tout de suite, comme pour Zoé et Arié [Elmaleh] d'ailleurs. J'avais ces trois acteurs en tête quand j'ai écrit le film, puis j'ai changé mon fusil d'épaule au moment du casting, avant de revenir à mes choix de départ. Concernant Éric, j'avais besoin d'un acteur capable d'incarner très vite le personnage, de le rendre identifiable très clairement, un peu comme dans une bande dessinée. Je l'avais notamment remarqué dans Squash, le court-métrage dont a ensuite été tiré Fair-play, et il dégageait déjà cette impression de virilité émanant d'un homme imposant doté d'une force tranquille. C'est aussi l'un des acteurs préférés de Xavier Durringer, chez qui il est toujours exceptionnel.

Et Yann, c'est quel type de directeur d'acteurs ?
Z.F. Précis, déterminé, studieux, comme le sont souvent les réalisateurs sur leurs premiers films. C'est ce que j'aime avec les premières oeuvres : elles sont faites de fraîcheur et de concentration, ce dont j'ai besoin aussi. J'aime me sentir encadrée, dirigée, avoir face à soi quelqu'un qui porte son film sur ses épaules avec conviction. Ici, c'était vraiment le cas. Il m'a mise en confiance, et c'est venu très tôt, dès les répétitions. Nous avons beaucoup répété. Il s'agissait surtout de travailler sur le langage du corps, de bosser sur les scènes d'action notamment, de répéter avec des cascadeurs pour tous les trucs réjouissants comme le tirage de cheveux ou autres.



Sur le tournage, quelles étaient les principales contraintes et les principales difficultés ? 

Y.G. La contrainte numéro 1, c'est le temps. On a tourné en moins de 6 semaines, ce qui est vraiment court.
Z.F. C'est clair que je n'ai pas l'habitude. Mais ça a été bénéfique : ça a permis de conserver une énergie, un certain état d'urgence qu'on ne retrouve pas forcément dans des productions plus confortables. Souvent, on n'a pas besoin de tout l'argent qu'on nous donne pour faire des films...
Y.G. (la coupe, levant les yeux au ciel) Je n'aurais pas craché sur davantage de temps et d'argent, y compris maintenant que le film est fini pour booster un peu la campagne d'affichage. Le problème quand vous voulez créer un suspense, c'est qu'à un moment donné vous êtes obligé de composer un certain nombre de plans, histoire de disposer d'un peu de matière au montage... Et comme chaque plan prend au moins une heure à mettre en place, ça devient rapidement compliqué. Je ne m'étais pas rendu compte de ça au début, car nous avons commencé par les scènes de captivité dans les cellules, qu'on avait recréées dans un hangar. C'était un travail très agréable dans des conditions de studio ou presque, et le temps de travail était équivalent au temps de tournage effectif. Mais dès que nous sommes sortis à l'extérieur, d'autres contingences tout à fait classiques mais néanmoins perturbantes s'y sont ajoutées. Le temps, la lumière, la logistique, les déplacements d'un décor à l'autre...

Comment pourriez-vous justifier la nécessité de créer chez l'héroïne un traumatisme d'enfance - elle a peur des chiens depuis son plus jeune âge - finalement assez dispensable dans l'intrigue ?
Y.G. Je pense que ça me rassurait de donner une épaisseur au personnage. Et puis cela rend quand même plus crédible les scènes où, adulte, elle se retrouve face à un ou des chiens. On comprend que la moindre traversée d'un chenil, même si les chiens sont attachés, devient une vraie épreuve.
Z.F. [à moi] Ça vous a paru un peu cliché ?

Je trouve la scène d'ouverture techniquement réussie, impressionnante même, mais je n'en ressens pas clairement l'utilité.
Y.G. J'avais vraiment en tête la symétrie entre les deux séquences, celle de l'enfance et celle de l'âge adulte. Mais peut-être que ce n'est passez bien rendu dans le film, je ne sais pas vraiment.

Quels sont les films de genre français qui vont ont le plus impressionné au cours des dernières années ?
Y.G. J'aime beaucoup Ils pour la sobriété et le travail sur le son, vraiment très beau. Le film est très soigné et raconte une histoire simple avec efficacité et modestie. C'est très prenant...
Z.F. ...et tout ça sans qu'on ne voie rien, en plus. Et l'image de fin est elle aussi très simple mais extrêmement traumatisante.
Y.G. Il y a dans ce film plein de qualités que je voulais qu'on retrouve dans Captifs. L'autre film qui ma vraiment marqué, c'est évidemment Haute tension d'Alexandre Aja, qui est au-dessus du lot malgré un dénouement superflu. Mais il me semble clair qu'on l'a obligé à ajouter cette fin. En terme de réalisation pure, c'est prodigieux. C'est un grand metteur en scène, absolument virtuose.



Captifs de Yann Gozlan. 1h24. Sortie : 06/10/2010. Lire la critique.

2 commentaires sur “Entretien avec Zoé Félix & Yann Gozlan : « Une certaine épure »”

Pascale a dit…

t'avais fait un pari que tu utiliserais 18 fois le mot "genre"...

C'est devenu mainstream de faire genre ou c'est moi ?

Bon tu crois que je peux le voir ce film ???
Est-ce que Eric Savin est torturé et se met tout nu ?

Anonyme a dit…

J adore les gens simples et intelligents comme ces deux là!!! Les plus talentueux sont toujours les plus humbles! Et Zoé Félix...Mamma mia!!!! Pourvu qu'elle nous rest fidèle , elle est si touchante et comme elle est belle!

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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