25 oct. 2010

[DVD] 2 films de Xavier Beauvois | 2 films de Ken Loach | France Inter

Sur le mode des éditions DVD de la collection Cahiers du Cinéma, France Inter a publié au début du mois deux doubles DVD : l'un est consacré à Xavier Beauvois, dont la carrière n'a pas démarré avec Des hommes et des dieux, et l'autre à Ken Loach, palmé il y a quelques années pour Le vent se lève. Passage en revue de ces deux sorties récentes, présentées sans suppléments mais bénéficiant en tout cas de copies irréprochables.

Après deux films très sociaux mais un rien narcissiques, justement publiés en DVD aux éditions des Cahiers, Xavier Beauvois semble avoir opéré deux choix majeurs dans sa carrière de cinéaste. Le premier : laisser la tête d'affiche à des acteurs plus charismatiques que lui. La deuxième : poursuivre sa radiographie sans concessions d'une France souvent arriérée, mais travailler le sujet par le biais d'oeuvres plus ambitieuses, formellement et scénaristiquement. D'où cet impeccable Selon Matthieu, qui voit un Benoît Magimel noir corbeau tenter de venger son père, ouvrier fraîchement licencié et encore plus fraîchement décédé, en séduisant Nathalie Baye, grande bourgeoise qu'il juge responsable du malheur qui s'abat sur sa famille.
Outre le véritable suspense qu'il parvient à créer autour de la relation de plus en plus trouble qui unit les deux héros, le film contient l'auto-critique d'un Beauvois acceptant de reconnaître que tout mettre sur le dos des patrons n'a jamais permis d'avancer. La soif de revanche du fameux Matthieu, complètement aveuglé par la haine, est là pour le prouver. Un film intense, sombre et d'une finesse absolue.


Sur la pente ascendante, Beauvois retrouve Nathalie Baye pour Le petit lieutenant, polar réaliste n'ayant absolument rien à envier au L.627 de Bertrand Tavernier, trop manichéen pour gagner ses galons de référence du genre. Ce portrait d'un jeune flic découvrant le métier en même temps que nous est non seulement sa plus belle mise en scène, mais c'est aussi sans doute son film le plus complet, infaillible sur le fond comme sur la forme. De plus en plus finaud dans ses approches sociétales, le cinéaste montre une police bicéphale au lieu de taper dessus à grands coups de démagogie. Come Selon Matthieu, c'est un film fort par le genre qu'il emprunte autant que par ce qu'il entend montrer et démontrer.
Avec un Jalil Lespert au sommet, Le petit lieutenant séduit et sidère parce qu'il crée une tension liée presque exclusivement à la psychologie de ses personnages. Plus précisément, il faut de nombreuses bobines avant que le premier coup de feu du film soit tiré, petit exploit lorsque l'intrigue se situe au sein d'un groupe crim' de la police judiciaire parisienne. Refusant tout sensationnalisme, Beauvois crée une tension inextricable et fait comprendre que la moindre seconde de répit ou d'inattention peut parfois être plus dangereuse pour un flic que certaines opérations ambitieuses ou complexes. Une réussite éprouvante.



Selon Matthieu de Xavier Beauvois. 1h45. Sortie : 10/01/2001.
Le petit lieutenant de Xavier Beauvois. 16/11/2005. Sortie : 1h50.








Datant de 1980, The gamekeeper est resté inédit dans les salles françaises, et ce n'est sans doute pas un hasard. S'il pourra éventuellement plaire à ses détracteurs, ravis de le voir délaisser pour un temps ses habituelles aspirations sociales, le sixième film de Ken Loach devrait décevoir les autres. Le cinéaste britannique tente d'opérer une approche documentaire, naturaliste, de la première année d'un ancien ouvrier en tant que garde-chasse d'un lord installé à la campagne. Qu'en retenir si ce n'est l'admirable photographie de Chris Menges ? Pas grand chose, tant la tentative de Loach de montrer en filigrane les pressions empiriques subies par le pauvre home apparaît comme un substitut pachydermique à ses traditionnelles attaques frontales.
Sans jamais offrir de réelle intrigue ou de progression dramatique quelconque, le film montre en effet comment les règles édictées par les nantis d'hier et par ceux d'aujourd'hui régissent de façon parfaitement arbitraire la vie des pauvres prolétaires payés pour les servir. Le tout manque de dimension et ressemble à un amoncellement de raccourcis pas scandaleux mais frôlant en tout cas l'amateurisme, ce qui est difficilement acceptable de la part d'un artiste qui avait déjà prouvé son talent avec des œuvres telles que Kes.


On retrouve fort heureusement le Loach grand cru avec le deuxième film du coffret, Raining stones, tentative modeste mais convaincante de l'auteur pour mettre la famille britannique sur un piédestal. Si son postulat - un homme dans la mouise se bat comme un fauve pour offrir à sa fille l'aube qu'il veut qu'elle porte le jour de sa communion - peut faire penser à celui d'une énième complainte larmoyante avec plaidoyer anti-religieux à la clé, il n'en est rien : le film de Loach est plus digne que la moyenne de ses œuvres, montrant avec un certain positivisme mais sans optimisme béat que les liens du sang peuvent pousser à déplacer des montagnes.
Le film est cependant loin de tomber dans la candeur, puisque la lutte de ce chef de famille se terminera sur quelques touches assez noires, excellemment gérées par un Loach n'aimant rien tant que filmer des dilemmes moraux absolument impossibles à résoudre. La fin de Raining stones résonne comme une belle déflagration et laisse ouvertes de nombreuses questions sur la culpabilité et le pardon. L'air de rien, un des films-phares du réalisateur.



The gamekeeper de Ken Loach. 1h24. Inédit en salles.
Raining stones de Ken Loach. 1h30. Sortie : 06/10/1993.

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