2 oct. 2010

CYRUS

Il faudrait couper la tête de certains concepteurs d'affiche : certains films s'en retrouvent automatiquement massacrés à cause d'erreurs d'aiguillage absolument rédhibitoires. Par exemple, Cyrus n'est pas la comédie pouêt-pouêt-tagada que nous promet cette affiche guillerette et pleine de bonhommie. C'est au contraire une tentative d'injecter une bonne dose de mélancolie dans une histoire balisée de triangle amoureux et familial, ce que renforce au premier abord une mise en scène au plus près des personnages, qui pèche hélas à cause d'un excès de zooms artisanaux et de la laideur générale de l'image. Mais c'est bel et bien à un film intime et intimiste que nous convient les frères Duplass, qui commencent fort en livrant un portrait touchant et écorché de John, quadra fraîchement largué par une femme compatissante qui le pousse à sortir afin de rencontrer enfin un nouvel amour. Il faut voir cet homme bouffi et tristoune tenter de socialiser avant de se retrouver en train de chanter ivre au milieu de convives plus guindés que lui. Expression bruyante et amusante du total désespoir s'imaginant déjà finir sa vie tout seul.
C'est sans compter sur sa rencontre avec Molly, belle et fraîche mais aussi quadra que lui, qui tombe sous son charme gauche et lui redonne goût à la vie en deux temps trois mouvements. C'est sans compter aussi sur Cyrus, le gros fils de la MILF, sorte de Tanguy à la maturité contestable et aux émotions à fleur de peau, qui va livrer un accueil d'abord rassurant puis de plus en plus inquiétant à celui qu'il va rapidement considérer comme un rival. Malaise palpable : deux types au physique un peu ingrat se disputent les faveurs d'une femme magnifique ayant simplement du mal à compartimenter sa vie et à pousser son rejeton à voler enfin de ses propres ailes. Le film est amusant, certes, parce que John C. Reilly et Jonah Hill ne sont pas les types les moins drôles de la terre, mais il donne surtout à voir la détresse identitaire de trois êtres partis à la recherche du bonheur sans savoir à quoi il ressemble.
Cette relation triangulaire est propice à un certain nombre de scènes réussies, originales parce que les frères Duplass vont au bout de leurs idées sans verser ni dans le mélodrame, ni dans la comédie faussement impitoyable avec rebondissements too much. On aurait pu imaginer que le duel John - Cyrus finirait par tourner au pur pugilat, comme dans n'importe quel film de Danny DeVito, mais ce n'est pas le cas : car Cyrus opte pour une veine réaliste qui lui permet de rester crédible et supportable jusqu'au bout. Reste qu'en regard des premières scènes du film, qui laissaient transparaître une tristesse désabusée plutôt poignante, la suite renoue avec une veine légèrement trop classique. Un certain nombre de séquences manque d'un véritable ton, même si quelques autres - comme une engueulade chuchotée entre Reilly et Hill - rehaussent considérablement le niveau. Au milieu de tout ça, l'excellente et trop rare Marisa Tomei gravite idéalement, aérienne comme toujours.



Cyrus de Jay & Mark Duplass. 1h32. Sortie : 15/09/2010.

2 commentaires sur “CYRUS”

Pascale a dit…

Je t'assure que Marisa Tomei n'est pas trop rare. Elle est là au moins une fois par an ! C'est suffisant moi je dis.

Cine-emotions a dit…

C'était d'une lourdeur incroyable... quelques bonnes scènes, mais l'ensemble est trop tendre et prévisible.

 
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