8 oct. 2010

BURIED

Une idée de scénario suffit-elle justifier tout un long-métrage ? Le doute fait plus que subsister à l'issue de ce Buried en forme d'exercice de style intrigant mais loin d'être convaincant. On s'installe pourtant avec excitation dans une salle obscure aussi noire que le cercueil dans lequel se réveille Paul Conroy, camionneur qui ne pensait pas en arriver là lorsqu'il s'est engagé à aller travailler en Irak. Poussant les limites du huis clos au maximum, Rodrigo Cortés orchestre en temps réel (ou presque) la course à la survie de cet homme enfermé vivant avec un téléphone mobile et un briquet. Qui a déjà rêvé de passer une heure et demie collé à Ryan Reynolds va se régaler avec ce film semblant malheureusement se reposer un peu trop sur son concept. Car au fond, que montre Buried ? Un homme qui multiplie les coups de fil à droite et à gauche pour tenter de se faire localiser, tout en négociant comme il le peut avec des ravisseurs l'ayant sciemment enseveli avec son téléphone. Cortés confesse avoir puisé son inspiration du côté de Hitchcock et de sa fameuse Corde ; le problème, c'est que contrairement à ce qui se passait chez sir Alfred - dont le film était certes loin d'être parfait -, cette idée de petit malin s'étiole assez rapidement en raison du manque de souffle de l'intrigue.
Le problème, c'est que le scénariste Chris Sparling s'est échiné à donner à son script une tournure politique et réaliste qui ne fonctionne absolument pas, surtout que le personnage du vilain irakien qui menace Conroy à l'autre bout du fil est horriblement caricatural, par les banalités qu'il débite comme par sa voix à l'accent un peu douteux - comme si Yves Lecoq était passé par là. Fallait-il vraiment emprunter les ornières du film politique pour faire du film une réussite ? Sans doute pas. Si Buried a le mérite de rester droit dans ses bottes en respectant du début à la fin les contraintes d'unité de temps et de lieu fixées au départ, il déçoit par son refus d'assumer son statut de film de genre, cherchant sans arrêt à contourner sa véritable nature. Résultat : bien qu'on meure tout de même d'envie de connaître la fin, le suspense est plus que limité. Pire, le film devrait rendre communicative l'impression d'enfermement du héros, mais le niveau de claustrophobie de l'ensemble est proche de zéro, contrairement à ce que pouvait par exemple créer un film comme The descent, qui se déroulait pourtant dans un espace bien moins confiné. D'où provient cette étrange absence d'asphyxie ? Sans doute de la mise en scène de Cortés, qui multiplie les efforts pour ne pas rendre répétitive l'image visuelle de son film, mais finit par oublier pourquoi il est là. Les dimensions du tombeau de Conroy semblent étrangement fluctuantes, et certains plans en forme d'effets de style tendent même à fausser l'impression générale. Même pour faire joli, il est interdit de filmer le personnage de loin - comme s'il se trouvait au fond d'un trou de cent mètres de profondeur - ou à travers une sorte de lucarne située sur le côté.
Pour autant, Buried est évidemment loin d'être un film désagréable. S'il n'est pas franchement passionnant, il est cependant loin d'être ennuyeux, notamment parce qu'observer le déploiement d'un tel dispositif est forcément quelque chose d'intéressant. Le film ne laisse guère de répit, et l'abattage de Ryan Reynolds n'y est sans doute pas pour rien. Efficace et crédible, l'acteur s'acquitte avec humilité d'un rôle un rien ingrat, consistant plus que jamais à servir l'intrigue de part en part sans lui faire d'ombre. C'est sans doute pour lui que l'on reste malgré tout accroché à son siège, assez déçu par la tournure un peu trop ordinaire prise par ce film au postulat hors du commun. Plus amusante que scotchante, la conclusion de Buried est à l'image d'un film ambitieux dans ses intentions mais ne dépassant jamais le statut de petite curiosité ne dépassant jamais le statut du gentil petit divertissement.



Buried de Rodrigo Cortés. 1h35. Sortie : 03/11/2010.

2 commentaires sur “BURIED”

Cyrille Falisse a dit…

Parfaitement resume, ce preneur d'otages irakien a une voix des plus douteuses et relativement limite quant on pense que la nature du film est avant tout politique. Quant a la sensation d'enfermement, elle depend pour moi aussi des conditions dans lesquelles on voit le film, nous etions 4 dans la salle, l'air etait plus que respirable. Bravo pour ta critique une nouvelle fois extremement efficace.

Pascale a dit…

T'es vraiment une couille !!!
La fin tu l'as trouvée amusante ??? Non mais franchement qu'est-ce qu'il faut pas entendre avant d'être sourde ici.
Et madame Gordon, elle en pense quoi ?
J'ai jamais rêvé d'être enfermée une heure avec Ryan Reynolds moi en tout cas (j'aime pas son nez, et le nez c'est PRIMORDIAL, voir Paul Newman !), mais t'as raison, niveau de claustrophobie : archi nulle. Même pas peur.
Et 2ème d'accord : " interdit de filmer le personnage de loin - comme s'il se trouvait au fond d'un trou de cent mètres de profondeur"... là je me suis levée et j'ai couru comme une dingue à travers les rangs de fauteuils du ciné, en criant : REMBOURSEZ !!!

 
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