18 oct. 2010

AU FOND DES BOIS

Souvent qualifié de cinéaste insipide, Benoît Jacquot semble avoir trouvé depuis quelques films l'inspiration qui lui manquait jusqu'alors. Le nouveau souffle du cinéaste semble coïncider avec une rencontre semblant l'avoir marqué : en 6 années et 4 longs, il a retrouvé Isild Le Besco à 3 reprises pour des films tournant principalement autour de l'actrice dans une valse sado-maso. De À tout de suite à Au fond des bois, le réalisateur s'est amusé à donner plusieurs facettes à sa fascination nouvelle pour l'actrice, y compris en faisant d'elle une sorte de réceptacle à misère humaine qu'il aime souiller un peu plus de film en film. Cette fois, la pauvre Isild incarne la fille d'un médecin du dix-neuvième siècle, bientôt trainée de force au coeur de la forêt par un vagabond aux yeux bleus et aux dents gâtées, qui montrera bientôt d'inquiétantes prédispositions pour la sorcellerie et l'envoûtement. En découle une lente, très lente descente aux enfers pour cette jeune femme dont le physique a malheureusement hypnotisé l'hypnotiseur. Comme son héroïne, Jacquot s'abandonne totalement et nous embarque dans une transe manquant hélas de relief et de matière, mais qui ne saura laisser indifférent.
Qui a suivi le parcours de ce réalisateur imprécis mais pas inintéressant aura sans doute remarqué sa tendance à tomber amoureux de ses interprètes, quitte à les laisser en roue libre et à se reposer sur eux, les yeux écarquillés par une admiration sans borne. Poursuivant un chemin de croix consistant à humilier Isild Le Besco - ou en tout cas ses personnages -, Jacquot approfondit son portrait pervers d'une jeune martyre, dont la destinée rappelle finalement d'assez près celle de la Lili d'À tout de suite, qui finissait prise au piège d'une lesbienne dominatrice en mal de jouets à maltraiter. Ici encore, Le Besco morfle : on la viole, on la manipule, on utilise des forces magnétiques et/ou surnaturelles pour en faire une loque humaine... On pourrait avoir envie d'en rire, mais Au fond des bois fait preuve d'un premier degré plus impressionnant que ridicule. D'autant que l'actrice paie de sa personne et limite brillamment la casse là où d'autres comédiennes auraient sans doute couru à la catastrophe. Face à elle, Nahuel Perez Biscayart joue les freaks avec un peu trop de facilité, comptant sur ses yeux exorbités plutôt que sur son talent d'acteur pour captiver les foules. On ne croit pas vraiment à la façon dont il maîtrise et fascine l'héroïne, car sa gueule est loin de suffire à impressionner.
Plus qu'un film avec Isild Le Besco, c'est un film sur Isild Le Besco, on l'aura compris ; d'autant que le film ne peut guère compter que là dessus. La mise en scène de Jacquot tente de mêler un classicisme ancestral à une forme de réalisme censé créer l'angoisse. Mais l'image reste désespérément banale, et certaines scènes situées au coeur de la forêt ressemblent à des spots publicitaires pour Lolita Lempicka, la crasse en plus. Quand au script, il ne mène hélas les deux protagonistes que sur des pistes bien banales, fort loin des sommets de folie promis par la thématique du film. Au fond des bois n'est pas loin de terminer en film de procès, et cette linéarité teintée de sagesse excessive touche malheureusement au conventionnel. À chacun de voir si une actrice et une ambiance suffisent à justifier d'aller voir un film.



Au fond des bois de Benoît Jacquot. 1h42. Sortie : 13/10/2010.

5 commentaires sur “AU FOND DES BOIS”

Voisin Blogueur a dit…

Pas d'accord (et oui, encore;).
Mais bon ça va t'es pas trop méchant :)))

Je crois que tu as confondu Backstage et A tout de suite au milieu non ?

Cine-emotions a dit…

Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis laissé envoûter par le charme de ce film, et ça a fonctionné. Why ?

Ah bah si. Peut-être que le film était bon !


PS: Rob, tu es dans mon blogroll ;)

Jordane a dit…

pareil, je me suis laissé emporter par ce film... Isild surjoue un peu trop, mais Nahuel Perez Biscayart laisse présager un très bon acteur (scène devant le policier vraiment bien maitrisé).

Marion a dit…

Loin d'être souillée, Joséphine (Isild Le Besco) est ici la dominatrice. Elle part comme une chienne perdue, mais commence à gagner en force et en détermination quand Timothée se blesse à la main, perdant ce sang qu'il avait entremêlé au sien lors de la 1ère scène du viol. Elle les mènera alors tous à la baguette, amant, père et juges.
Je l'ai vu comme un conte pour enfants, filmé par Disney ce serait la princesse envoûtée par le crapaud, filmé au plus près de l'histoire et de la peau, c'est une cruelle mise en garde des jeunes filles.
On peut aimer ou non, ça vaut mille cours de philo sur la passion. Ah oui : j'ai adoré !

Georges Nathalie a dit…

Et le film ne vous lâche pas comme ça. La fin l'illumine tout autrement. Qui se sacrifie, sinon "lui", Timothée, qui consent à payer le prix fort de cet amour qui reste le maître du terrain : qui a voulu, qui a commencé, qui répondu, qui parlé, qui malentendu, qui halluciné ? ma-gni-fi-que.
ngl

 
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