30 oct. 2010

THE AMERICAN

Anton Corbijn, clippeur de renom et réalisateur de l'emballant Control, sombre biopic de Ian Curtis. George Clooney, acteur plus classieux et exigeant qu'il n'y paraît. Il n'y avait a priori aucune raison pour que The American ne soit pas une réussite. Et c'est peut-être cette absolue certitude qui a conduit le film à devenir ce curieux accident industriel, cocktail d'ennui mortel et d'incompréhension absolue. Au cours de sa carrière, Clooney s'était rarement planté à ce point : interprète toujours impeccable, co-producteur avec son fidèle Grant Heslov, il n'est visiblement pas parvenu à tirer un profit quelconque de sa relation avec un Corbijn amoindri, trop désireux sans doute de s'affranchir de sa réputation de faiseur d'images léchées. C'est bien le problème du film : chaque facette technique ou artistique, qui aurait pu faire oublier tel ou tel défaut, semble être aussi ratée que sa voisine.
Il est bien difficile de sauver quoi que ce soit du film, si ce n'est l'interprétation sobrissime de Clooney et la profusion de jolies nénettes égayant son morne quotidien dans ce non moins morne village des Abruzzes. Ce type mouillé dans le milieu, tueur à gages ou assimilé, tente une ultime mission qui pourrait être le coup de trop, et s'amourache d'une jolie pute loin d'être insensible à ses charmes. Comme dans un milliard de films auparavant ? Oui, tout à fait, jusque dans une conclusion tragique également empruntée à une kyrielle d'œuvres précédemment pondues, et disposant généralement d'autres atouts. Ici, non : The American entend rendre émouvantes l'attente et la solitude de cet homme dont on devine les blessures, mais ne parvient qu'à rendre communicatif le terrible ennui qui l'habite. La palette thématique déployée ressemble de très près à celle de The limits of control, le dernier Jarmusch, qui faisait du non-rythme de vie de son héros amorphe un ressort stylistique et humoristique. Un parti pris qui pouvait séduire ou dérouter, mais un parti pris quand même. On ne ressent pas dans ce film le moindre désir formel, mais au contraire de désespérantes envies de paresse.
Pour être encore plus clair, on se contrefiche très rapidement de ces personnages se tournant autour sans guère se parler, tentant de s'apprivoiser par la simple force de leur magnétisme. Leur véritable identité, la vraie nature de leurs relations, le pourquoi de leur présence dans un même périmètre : le script joue la carte d'un suspense nonchalant, comme si tout le monde s'en moquait, y compris les personnages et le cinéaste. Ce mystère dépassionné accouchera de conclusions supérieurement décevantes, qui rendent assez incompréhensibles les raisons de l'envie de Corbijn et Clooney de travailler sur l'adaptation d'un roman dont on peine ici à déceler les atouts originels. Tout juste peut-on s'amuser du décalage notable entre la discrétion forcée d'un héros undercover et le pointage de doigt systématique d'autochtones ayant choisi pour hobby de faire comprendre à ce ricain que sa nationalité ne constitue en rien un passe-droit ou un atout quelconque, mais en fait au contraire un être facilement repérable en dépit du camouflage employé. Deux ou trois séquences amusantes qui ne suffisent pas hélas à sauver ce faux polar mortellement chiant, qui ne se contente pas d'aligner quelques clichés mais y plonge carrément tête la première.



The American d'Anton Corbijn. 1h43. Sortie : 27/10/2010.

3 commentaires sur “THE AMERICAN”

Pascale a dit…

cherche l'erreur :
qui rendent assez incompréhensible les raisons


C'est n'imp'... Pis c'est pas la peine de faire une note aussi longue pour te répéter 40 fois. On a compris dès le premier paragraphe.

"The American entend rendre émouvantes l'attente et la solitude de cet homme" : je ne suis pas d'accord, si le film entend quelque chose c'est bien le rendre froid et antipathique.

Sauf que c'est Georges... regarde les seins des filles et tais toi, tu peux pas comprendre !

"comme si tout le monde s'en moquait, y compris les personnages et le cinéaste." : namého, arrête de faire ta Madame Irma et de dire ce que les gens ont dans la tête, GENRE, un matin Georges et Anton se sont passés un coup de fil et se sont dits "tiens et si on faisait un film chiant qui ferait chier les gens !!!!".

T'es couille parfois je te jure.

Bon allez tcho baltringue, tu m'fatigues.

Rob a dit…

J'avoue, le manque de passion et d'inspiration m'a rendu radoteur. Pis pourtout te dire, j'ai écrit ça sur un iPhone, debout dans un TER Paris-Tours archi-bondé. Je devais être un rien tendu et pas très concentré.
Pardon.

Pascale a dit…

Tu crois qu'il suffit de dire pardon ???

Tu l'écris où tu veux ton torchon mais pour ta pénitence tu me feras 124 pompes à la mode Georges Clooney et ça ira pour cette fois.

 
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