6 sept. 2010

TWELVE

Qu'attendre d'un film réalisé par Joel Schumacher, qui a massacré Batman, démoli Le fantôme de l'opéra et commis un certain nombre d'atrocités et de films médiocres ? A priori rien : et c'est ce que semblent confirmer les vingt premières minutes de Twelve, adaptation du roman court et surcoté de NickMcDonell. Soit un film choral autour de jeunes gens souvent friqués et d'une nouvelle drogue ayant fait son apparition sur le marché : la twelve, qui procure des trips intenses, inédits et dangereux. Âgé de 71, Schumi tente néanmoins de jouer les djeunz en tentant d'adapter sa mise en scène pour mieux cerner les effets de ce produit qui fait fureur. Flous artistiques, ralentis, image désaturée et voix off sentencieuse rendent l'ensemble aussi cliché qu'illisible. À tant vouloir copier Bret Easton Ellis ou Roger Avary, Schumacher rate totalement son entrée, et Twelve semble ne pas pouvoir s'en relever. D'autant que le réalisateur abandonne bientôt ses tics de mise en scène pour s'abandonner à des gimmicks inutiles et un peu toc, que des artistes plus doués que lui auraient sans doute mieux utilisé, mais qui ne ressemblent ici qu'aux vaines tentatives d'un septuagénaire tentant maladroitement de vivre avec son temps.
Mais les miracles existent : et s'il ne se détache jamais de sa voix off un rien lourdingue, Schumacher parvient à redresser la barre et à rendre son film touchant à défaut de réellement convaincre. S'il est un peu difficile de s'attacher à White Mike, dealer gentil et triste qui semble n'être mis en avant que pour la caution glamour, certains seconds rôles vraiment réussis permettent de dresser un panorama assez édifiant de l'adolescence bourgeoise américaine. À commencer par Chris, jeune homme timide et timoré incarné par l'excellent Rory Culkin, qui ne cesse d'organiser dans la grande maison parentale d'immenses fêtes destinées - en vain - à le rendre un peu plus populaire. Ou encore Emily, petite richarde devenue accro au twelve et tentant de soutirer toujours plus d'argent à sa mère afin de s'en procurer. La voir ramper plus bas que terre et atteindre des sommets de dépravations pour obtenir sa dose a quelque chose de vraiment poignant, notamment parce que Joel Schumacher se fait enfin discret dans ces scènes ne nécessitant pas d'être mises en scène avec excès.
S'ouvrant ou presque sur le meurtre de deux jeunes gens, Twelve ne s'arrête pas là et déroule un dispositif faussement calme jusqu'au drame final. Cette façon de montrer le calme avant la tempête est une vraie force, d'autant que la réalisation évite jusqu'au bout l'hystérie. Un profil bas salvateur qui rend ce portrait de pauvres petits enfants riches plus attachant que prévu. Et même s'il est toujours difficile d'accepter qu'un dealer soit présenté comme un héros au coeur pur et aux yeux mouillés par des deuils passés, le film abandonne la mièvrerie au profit d'un sentimentalisme mesuré et assez bienvenu. Notamment à travers un épilogue plutôt joli, qui met face à face deux êtres brisés par les évènements récents et trouvant dans les yeux de l'autre la douce sensation de se sentir enfin compris et pas pris en pitié. Porté par de jeunes acteurs plutôt convaincants - même Chace Crawford limite les dégâts dans le rôle de White Mike -, Twelve ne vaut peut-être pas grand chose à côté de la série Skins, à laquelle il est impossible de ne pas penser. Mais venant d'un réalisateur aussi désespérant, il constitue tout de même une bonne petite surprise.



Twelve de Joel Schumacher. 1h35. Sortie : 08/09/2010.

1 commentaire sur “TWELVE”

Wilyrah a dit…

J'avoue que quand j'ai vu le réalisateur, j'ai immédiatement zappé en me disant "oula, surtout pas". Merci de cet avis qui a le mérite d'aller contredire les aprioris.

 
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