26 sept. 2010

Tu verras des films, mon fils | #7 | LE GRAND BAZAR

Ami lecteur, bientôt la deuxième échographie, il serait temps que tu découvres cette série d'articles.

« Tu vois, Junior, j'ai passé des heures de ma vie à tenter de défendre les quelques films que je considère comme de réels chefs d'oeuvre, et à culpabiliser d'être globalement inculte en ce qui concerne le cinéma antérieur à 1950 sans jamais prendre réellement le temps de combler ces impardonnables lacunes. Deux raisons qui font que j'ai un peu honte d'avoir envie de te montrer Le grand bazar, un film qui était déjà ringard à l'époque de ma naissance, et qui à sa sortie en 1973 n'avait réalisé un joli score au box-office qu'en raison de la présence à l'affiche de quatre idoles nationales : les Charlots. On peut éventuellement les décrire comme les Beatles français, puisqu'ils partagent avec les Fab Four un amour immodéré de la musique. En témoigne leur longue liste de tubes, de Merci patron à Paulette la reine des paupiettes en passant par Le trou de mon quai et Si tu n'veux pas payer d'impôts... cach' ton piano. De purs génies, ces mecs, même si en 73 ils avaient déjà un peu morflé suite au départ inopiné de Luis Rego, grandissime cinquième roue du carrosse ayant préféré se consacrer à l'immense carrière d'acteur qui a suivi.

C'étaient quand même pas n'importe qui, ces types : leur leader était quand même Gérard Rinaldi, le héros de la série Marc & Sophie, sitcom de déglingo avec Julie Arnold, Marie-Pierre Casey et Ginette Garcin... Du lourd, du très lourd. Oui je sais, Junior, tu n'as jamais entendu parler de tous ces gens et tu as comme l'impression que je te refile mes fonds de tiroir. Tu préférais quand je te conseillais Jurassic park, avoue. Oui mais voilà : je trouvais important de t'enseigner aussi l'amour du nanar, surtout lorsque celui-ci est français et assume son odeur de rillettes et de transpiration. Certains films sont nuls malgré eux, celui-là assume pleinement sa part de beauferie, de brouillon, de petit amusement sans conséquences, dont les gags éculés finissent de temps à autres par atteindre leur cible et toucher au génie. Il ne faudra pas avoir honte si, au détour de ce film ou d'un autre de ton choix, tu découvres qu'il est possible de prendre un véritable plaisir au contact de productions moisies n'ayant évidemment rien à voir avec Citizen Kane. Ce n'est pas sale, et il ne faut pas avoir peur de le dire tout haut. Chacun, même le plus cinéphile, a en lui un tiroir de la honte dans lequel il entrepose fébrilement les films, chansons et livres ne présentant aucun intérêt artistique mais procurant pourtant ses sensations étrangement grisantes. Il faut parfois savoir taire ce qu'il contient, mais assumer aussi ses penchants coupables a quelque chose de profondément charmant et humain. N'en veux donc pas à ton père si un film des Charlots réalisé par Claude Zidi fait partie de ses mémorables souvenirs de jeunesse.




Comme le fit Desproges dans l'un de ses excellents sketches débutant par « Les rues de Paris ne sont plus sûres... », Le grand bazar s'intéresse à la lutte livrée par le petit commerce à l'encontre des vilaines grandes surfaces qui à l'époque commençaient à envahir le territoire français. C'est un film éminemment social qui décrit avec emphase les efforts déployés par un David gentil et convivial face à un Goliath froid et impersonnel. Peut-être l'un des premiers films politiques de l'histoire du cinéma français. La solution trouvée pour empêcher l'ogre capitaliste d'avaler tout cru le commerce de proximité est toute simple : il suffit de faire preuve d'inventivité, pardi, et de proposer aux clients et clientes un accueil personnalisé et de multiples services supplémentaires permettant de rendre leur quotidien plus savoureux et souriant. À ce titre, la scène musicale dans laquelle les Charlots, quatre braves gars pleins de bonne volonté, accueillent les passants dans une échoppe flambant neuve et les servent en chantant a quelque chose de jouissif et innovant. Certains commerçant d'aujourd'hui feraient bien d'en prendre de la graine... Je ne résiste pas à l'idée de t'en faire profiter. Courage, ça n'est pas très long.




Je vais te dire un truc, Junior : sans aller jusqu'à espérer que tu te mettes toi aussi à vénérer ce film qui faisait déjà pitié à tout le monde au moment de sa sortie, j'ose espérer que tu connaîtras toi aussi quelques déviances cinématographiques qui te feront du bien les soirs de pluie et te serviront qui plus est de bouclier face aux accusation de snobisme et de parisianisme dont tu pourras faire l'objet si tu prends le chemin de tes chers parents. "Snob, moi ? Jamais. La preuve, j'aime les Charlots." est une réplique dont je me sers rarement mais que je garde toujours sous le coude au cas où j'aurais besoin de prouver à mon interlocuteur que non, détester une partie des films populaires d'aujourd'hui n'a rien d'un systématisme d'opinion, et que je peux moi aussi apprécier de petites joies simples et idiotes pour peu que celles-ci me touchent par leur fantaisie et leur sincérité. Pourquoi pas ajouter ensuite que, dès que me prenait une envie de voir le film, je faisais appel à mon camarade de scolarité Frédéric W., qui ne se faisait pas prier pour me prêter la si précieuse VHS usée jusqu'à la corde qu'il conservait précieusement depuis qu'il était parvenu à enregistrer le film lors de sa dernière diffusion télé, en troisième partie de soirée sur TF1. Certains personnes te regarderont sans doute bizarrement après ce genre de révélation, mais beaucoup seront rassurés de constater qu'elles ne parlent pas à un robot sans sentiment, mais à un être de chair et de sang parfois capable de se montrer aussi faible qu'elles. »


Le grand bazar de Claude Zidi. 1h30. Sortie : 06/09/1973.

4 commentaires sur “Tu verras des films, mon fils | #7 | LE GRAND BAZAR”

Pascale a dit…

t'sais quoi ?
J'aime pas bien les gens qu'appellent leur enfant "Junior".

Pis ta photo elle est pourrave.

Jiem a dit…

Une véritable saga.

Tu as fait un petit copier-coller malencontreux, avec "Hic" tout en bas de l'article...

Rob a dit…

Pascale, ta provoc bidon ne marche pas du tout avec moi. Pis vas trouver des photos haute définition des films avec les Charlots...

Jiem, la bévue est corrigée, merci de ta vigilance.

Pascale a dit…

ché provoc' ?

Et pis celle qu'a du bidon ici, c'est pas moi...

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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