28 sept. 2010

TROP LOIN POUR TOI

L'amour à distance est une épreuve horrible et permanente qui oblige à vivre de longs moments de solitude pour mieux préparer des retrouvailles généralement courtes et frustrantes. Un sujet trop peu traité par le cinéma romantique, un film comme Nuits blanches à Seattle orchestrant plutôt la naissance d'un amour longue distance entre deux correspondants téléphoniques. Autant dire que le sujet reste à traiter. Pour son premier film en tant que réalisatrice, la productrice Nanette Burstein sombre dans un tas de travers du genre et ne restitue ni le frisson de ce zigzag permanent entre euphorie et désespoir, ni la beauté de l'espoir de vivre enfin ensemble un jour. Trop loin pour toi n'est qu'une romcom de plus, qui peine à s'élever au-delà du niveau d'un mauvais sitcom en raison d'une écriture pachydermique et d'une incapacité totale à saisir la réalité des trentenaires d'aujourd'hui.
Voilà encore un film qui considère comme des héros des hommes et femmes ayant dépassé la trentaine et vivant comme des adolescents attardés entre mauvaises chansons pop et bornes d'arcade. Si un peu d'immaturité n'a jamais fait de mal à personne, le fait que les personnages ne soient animés que par une envie permanente de régression a quelque chose de prodigieusement agaçant. Elle vit chez sa soeur et son beau-frère un peu coincés, lui en colocation avec un pote sympathique mais envahissant qui fait caca la porte ouverte. Tout est dit. On se trouve face à des acteurs et des scénaristes qui n'ont visiblement pas saisi qu'ils n'avaient plus dix-huit ans, que la vie ne se résume pas ou plus à un épisode de Premiers baisers où il faut aller à la cafèt' et gérer un malheureux quiproquo. Alors forcément, Trop loin pour toi fait grincer des dents, tant son humour facile et ringard n'atteint jamais sa cible, tant ses personnages apparaissent comme déjà vus car inspirés - volontairement ou non - par d'autres grandes figures romantiques du siècle dernier et de celui en cours. Tous, du duo de meilleurs potes prétendument hilarant à la belle-soeur effarée par le romantisme débridé du couple, sont des archétypes lourdingues jamais transcendés par la vacuité du style Burstein.
Le film a perpétuellement le cul entre deux chaises en hésitant tout le temps entre un romantisme écervelé et un réalisme plus poussé que la moyenne. Deux partis pris qui seraient acceptables s'ils n'étaient pratiqués équitablement, ne cessant de s'annuler l'un l'autre. Que l'éternelle stagiaire reconvertie en serveuse ait une garde-robe hors du commun ne serait même pas choquant si, d'un autre côté, on n'essayait pas de creuser gauchement la détresse sociale de personnages peinant à surnager dans le monde du travail. Il y a comme ça mille et une incompatibilités d'écriture qui gâchent sacrément tout le plaisir qui aurait pu être pris. Drew Barrymore est toujours aussi chou dans l'éternel et harassant rôle du fantasme de bien des ados attardés - un meilleur pote avec des seins -, Justin Long se donne du mal pour faire oublier qu'il est avant tout un second rôle de luxe, mais le film ne trompe pas : Trop loin pour toi parle de choses qu'il ne connaît pas, soit la difficile condition des gens ordinaires pour trouver l'équilibre entre situation amoureuse, épanouissement professionnel et bien-être géographique. Le manque des personnages n'est absolument pas communicatif, tout comme la joie absolue qu'ils devraient éprouver en se retrouvant. Un thème potentiellement aussi fort méritait davantage qu'un traitement aussi tiède.



Trop loin pour toi (Going the distance) de Nanette Burstein. 1h41. Sortie : 29/09/2010.

1 commentaire sur “TROP LOIN POUR TOI”

Pascale a dit…

"bornes d'arcade" : c'est quoi ???

Tu fermes la porte quand tu fais caca toi ? T'es trop un rebelle moi j'dis !

Dis moi pas qu'il y a le pote relou de chez lourdingue ???

Est-ce qu'il est obèse et mange des pizzas en pétant ?

Ou bien a t'il des difficultés avec les personnes du sexe qu'il a pas ?

Mon problème c'est que Drew je l'aime d'amour alors je risque d'aller voir cette romcom... Tain j'parle trop parisien moi !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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