15 sept. 2010

THE TOWN

Si Will Hunting et ses amis avaient choisi pour de bon le côté obscur de la force, ils auraient sans doute fini comme les héros de The town, à braquer des banques pour subsister et se donner l'impression d'exister. Situé à Boston comme le film de Gus van Sant, qu'il avait coécrit avec Matt Damon, le deuxième long de Ben Affleck - après un Gone baby gone de haute volée - semble en effet employer les mêmes personnages comme matériau de départ. Mais comme tout le monde ne peut pas être un petit génie des maths, il faut bien trouver d'autres solutions pour se donner de l'air... S'inspirant d'un roman de Chuck Hogan, Affleck confirme son statut de cinéaste polyvalent et talentueux, marchant sur les traces d'un Clint Eastwood par sa propension à faire d'une trame de polar le  cadre d'un drame humaniste où est remise en cause la place de l'homme dans la société actuelle. Comparaison à prendre évidemment avec des pincettes : demeurent chez le jeunot quelques incertitudes et balbutiements qui l'empêchent de transformer totalement l'essai de son premier film.
The town montre des êtres humains enfermés dans des existences trop petites pour eux, étouffés par une ville qui ne leur offre guère de possibilités de s'épanouir. À cet égard, le fait que les héros incarnés par Jeremy Renner et Ben Affleck lui-même aient choisi le braquo comme activité principale est présenté comme une chose pas loin d'être naturelle. D'un classicisme assumé, d'un naturalisme quasi constant, le film déroule une trame balisée mais convaincante autour de l'idée excitante mais éculée qui veut que le prochain coup soit le dernier et permette enfin de trouver une place au soleil. Ces gens-là ont été nourris à grands coups de séries télé et de polars violents, et ne font que reproduire ces schémas avec un appétit assez malsain. On a rarement vu des amateurs braquer avec autant de professionnalisme ; leur addiction avérée pour ces instants où monte l'adrénaline est parfaitement décrite par Affleck, qui montre qu'il est bien difficile de redevenir un type ordinaire quand on a goûté à ce genre de vie en montagnes russes.
Dans The town, la frustration est partout. Chez ce flic appliqué mais qui ne détesterait pas jouer les Charles Bronson, chez cette employée de banque qui rêve d'une vie moins crispante, chez ces monte en l'air qui peinent à s'exprimer de façon positive. La façon dont les univers s'entrechoquent a ceci d'émouvant qu'elle laisse toujours entrevoir la pudeur des personnages, y compris les plus violents ou expressifs. Il est alors d'autant plus regrettable que Ben Affleck abandonne en fin de métrage ses velléités intimistes pour se lancer à corps perdus dans un polar pétaradant et un rien impersonnel, qui fait songer à Michael Mann sans la précision absolue du metteur en scène de Heat. Affleck ne démérite pas, livrant une scène de siège assez honorable, mais son film perd alors de sa superbe. Moyennement crédible, s'achevant sur quelques images un rien cliché, le dénouement est loin d'être aussi fort que celui de Gone baby gone. Que cela n'empêche pas d'aller découvrir derechef le travail de ce surprenant Ben Affleck, acteur souvent décrié - un peu abusivement - mais metteur en scène sur lequel il faudra définitivement compter dans les années à venir.



The town de Ben Affleck. 2h03. Sortie : 15/09/2010.

2 commentaires sur “THE TOWN”

Olivier a dit…

"La frustration est partout".

Y compris chez le spectateur qui se demande à quel moment Affleck va se décider à sortir son personnage du traditionnel rôle du je-suis-gangster-mais-je-suis-gentil-car-je-ne-tue-que-les-méchants. Un premier rôle un peu pathétique renforcé par le final complètement mièvre. Un gâchis d'autant plus grand, ainsi que tu le soulignes avec justesse, que l'on sent que le bougre en a sous le capot en tant que réalisateur. Déception.

Pour la peine je mets chez nous un lien vers ta critique, parce qu'elle offre un parfait contrepoint à la nôtre.

Caroline a dit…

Ca me tente !

 
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