16 sept. 2010

TOUT VA BIEN, THE KIDS ARE ALL RIGHT

Pour sûr, tout va bien pour Lisa Cholodenko : son dernier film sort en salles, contrairement à un Laurel canyon injustement relégué dans les bacs des vidéo-clubs malgré d'incontestables qualités et un casting quatre étoiles (de Christian Bale à Frances McDormand). Ah oui, vraiment, tout va bien : cette cinéaste très attachée à la cause homosexuelle n'a jamais été aussi positive, voire bêtement optimiste, comme si la vie n'était qu'un bout de chemin beau et simple comme bonjour. Pourtant, avec en son sein deux ados nés d'un père donneur de sperme et de deux mères différentes (mais en couple ensemble), Tout va bien aurait aisément pu voguer vers des horizons sombres et torturés, des crises identitaires douloureuses et de déchirantes auto-révolutions. Mais non, car tout va bien, et ce quoi qu'il arrive. Une bonne humeur permanente et persistante qui fait du film de Cholodenko l'équivalent cinématographique d'une chanson de Guy Béart, sauf que celui-ci chantait « Qu'on est bien dans les bras d'une personne du sexe opposé », ce qui est légèrement arriéré, il faut bien le reconnaître.
On comprend bien que puisse naître chez une réalisatrice « sérieuse » un certain désir de fantaisie et de légèreté, une envie de ne plus être cataloguée comme une cinéaste chiante et austère - ce qui n'est pas le cas - : mais fallait-il vraiment concrétiser tout cela avec un film aussi naïf, candide, dépourvu de matière et de réflexion ? Quand les deux adolescents du film rencontrent pour la première fois leur géniteur, il ne se produit rien qu'une minuscule gène un peu amusante ; quand le couple lesbien tente d'enrayer la routine sexuelle qui le guette, on sourit brièvement mais rien de plus ; et lorsque, de façon totalement improbable, le gentil papa se met à lutiner l'une des deux mamans, leurs galipettes sont brièvement tordantes mais leur traitement est lui aussi inoffensif. Bien que réalisé et interprété sans complexe par des artistes sûrs de leur fait, Tout va bien lorgne moins vers le cinéma que vers les téléfilms diffusés le mercredi soir sur les chaînes publiques, de toutes petites leçons de vie éventuellement sympathiques mais ne se faisant jamais plus instructives que le premier dépliant que l'homosexualité féminine. De la part d'une cinéaste ayant souvent su magnifier le sujet en pointant zones d'ombre, c'est un peu court.
Finalement, pour apprécier un tant soit peu le film de Lisa Cholodenko, il faut en accepter l'aspect théâtre de boulevard, les quelques rires francs provoqués n'étant dus qu'à de bonnes vieilles mécaniques comiques assez efficaces mais franchement pas novatrices. Mark Ruffalo se délecte à incarner ce personnage plein de maladresses - qu'elles physiques ou verbales-, et le reste du casting est à l'unisson. Notamment une Mia Wasikowska enfin appréciable après son insipide prestation dans l'Alice de Tim Burton. L'air de rien, son personnage est sans doute le plus intéressant car le plus inquiet : entre deux âges, entre deux mondes, elle s'apprête à quitter un foyer familial en ébullition pour aller rejoindre les bancs de la fac et enfin s'émanciper un peu. La voir défaire ses cartons, s'installer dans sa nouvelle et modeste demeure, a quelque chose de plus touchant, de plus attirant que l'ensemble des bobines précédentes, qui tiennent vraiment trop peu au corps pour que Tout va bien mérite qu'on s'y attarde autrement qu'en flânant. Pourvu que Lisa Cholodenko redevienne vite la cinéaste de High art et la réalisatrice inspirée de quelques très bons épisodes de The L word et Six feet under.



Tout va bien, the kids are all right (The kids are all right) de Lisa Cholodenko. 1h44. Sortie : 06/10/2010.

2 commentaires sur “TOUT VA BIEN, THE KIDS ARE ALL RIGHT”

FredMJG a dit…

Oui, c'est injuste. J'adore Laurel Canyon, Frances McDormand y est royale !

Cam92 a dit…

Je ne suis pas vraiment d’accord avec vous. Je trouve au contraire que ce film est plein de touches subtiles, de détails délicats qui lui donnent un charme fou. Et surtout, j’ai trouvé très juste la façon dont Lisa Cholodenko, cette fois, ne s’arrête pas à une affirmation militante, mais joue à « banaliser » cette famille homosexuelle. Cette famille-là, ce couple-là pourrait être n’importe quel autre couple dans la crise de la quarantaine et l’angoisse du départ des enfants. Et c’est là, justement, ce qui fait la beauté du message de ce film. Comme «Brokeback Mountain » l’avait fait, « Tout va bien ! » nous fait oublier que ce sont deux femmes et que les enfants ont deux mères, pour ne nous faire ressentir que l’émotion de la crise que traversent ces personnages, que l’amour que cette famille dégage. Il n’y a pas de plus beau, de plus juste ni de plus efficace plaidoyer pour la reconnaissance des familles homosexuelles. Et en plus on rit.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz