28 sept. 2010

SIMON WERNER A DISPARU...

Simon Werner a disparu, et d'ailleurs il n'est pas le seul. L'évaporation soudaine et mystérieuse de ce lycéen plutôt côté n'est que le premier événement troublant à se dérouler dans ce bahut plutôt petit bourgeois, situé non loin d'une zone pavillonnaire permettant à cette jeunesse endiablée d'organiser de chouettes teufs quand papa et maman sont partis pour la nuit. Après un premier plan donnant l'impression de revenir sur les lieux où, il y a 25 ans, Kyle MacLachlan trouvait une oreille coupée, on quitte rapidement un univers potentiellement lynchien pour regagner un domaine nettement plus balisé et hélas très habituel : le mauvais cinéma français, avec ses fausses bonnes idées et ses jeunes à mèche qui jouent mal. Car c'est la première caractéristique gênante du film de Fabrice Gobert : il est uniformément mal dirigé, à tel point que même un acteur incontournable comme Serge Riaboukine parvient à devenir fichtrement mauvais dès la première moitié de sa première réplique. Interchangeables et antipathiques, ces personnages n'ont rien d'attachant et peinent donc à susciter la moindre émotion lorsque leur arrive une tuile ou qu'un autre protagoniste vient à disparaître lui aussi. Simon Werner a disparu... est un film qui indiffère profondément, et qui indiffère même de plus en plus lorsque l'on comprend que Gobert sème tout un tas de pistes pour n'en exploiter absolument aucune ensuite.
Volontairement ou non, le film aurait pu tirer son épingle du jeu en se focalisant sur le pouvoir de la rumeur et du téléphone arabe dans la population adolescente, où la moindre petite nouvelle est immédiatement déformée et où certaines affabulations venues d'on ne sait où peuvent détruire à tout moment réputations et existences. Mais l'écriture est trop faible, trop lâche pour permettre qu'une telle étude sociologique soit réellement menée à bien. Non, la construction rashômonesque du film - des points de vue successifs sur les mêmes événements - n'est en fait là que pour créer un mystère trop rarement convaincant, qui ne cesse par la suite de s'auto-désamorcer. Et devoir supporter plusieurs fois les mêmes scènes pour apprendre au final que, ô surprise, Machin sortait avec Machine, est un effort franchement trop exigeant pour qui attendait davantage que ce scénario faussement alambiqué, gros soufflé qui peine à prendre forme et dégonfle aussitôt.
Alors bien sûr, question forme, Fabrice Gobert tente des choses, travaille sur la durée de certains plans, rend le ciel sombre et inquiétant. Mais il est loin, très loin d'arriver à la cheville d'un Gus van Sant, référence évidemment éhontée. Il ne suffit pas de filmer des adolescents de dos dans les couloirs désertés d'un lycée de province pour que le résultat ressemble à Elephant. Il ne suffit pas non plus de convoquer Sonic Youth pour donner à son film un côté hype suffisant, surtout si la bande originale en question n'a rien de renversant. Et utiliser tous ces adolescents comme autant de McGuffin en puissance n'aurait un intérêt quelconque que si Simon Werner a disparu... avait un minimum de choses à dire sur l'adolescence d'aujourd'hui, ou plutôt celle d'hier, puisque le film se déroule en 1992, à l'époque des Walkman et des Super Nintendo. Ce choix dans la date reste d'ailleurs une grande interrogation puisqu'il n'est jamais justifié : ces ados-là semblent intemporels, ni plus ni moins passionnants que s'ils étaient lycéens à notre époque, se traînant comme le film jusqu'à une conclusion miteuse, qu'aucun parti pris scénaristique assez fort ne peut justifier. Simon Werner a disparu, certes, mais ce n'est pas la nouvelle de l'année.



Simon Werner a disparu... de Fabrice Gobert. 1h33. Sortie : 22/09/2010.

6 commentaires sur “SIMON WERNER A DISPARU...”

FredMJG a dit…

Bon, t'es en colère parce que ça t'a fait penser au boulot ;)

Pascale a dit…

BOn "événement" tu le tiens bien. Mais t'as encore des efforts à faire.

pour que le résultat ressemble Elephant...

i manque pas un ptit quelque chose ?

Et je te parle même pas de "de choses à dire que l'adolescence d'aujourd'hui"... y'a rien qui te gêne.

Quant à ta contrepèterie, franchement, c'est douteux et c'est pas à une vieille guenon qu'on apprend blablabla "Ce choix dans la date"...

Bon, j'ai compris ce qui ne me plaît pas depuis 5 ans dans ton "on" et ce qui doit énerver les batards anonymes... C'est que comme tu dis "on", on se sent inclus dans ton bousin et quand on ne s'y retrouve pas, ça agace. Tu m'copies là ?

Par exemple ce fameux doig... ooops, choix dans la date je l'ai justifié par le fait que ça évitait tous les portables qui règles tous les problèmes scénaristiques aujourd'hui. Quant aux acteurs, je ne suis pas d'accord non plus. Le ptit PElissier est très bien.

Je suis d'accord avec le fait qu'on en a rien à carrer de qui a disparu. Et je suis ravie que tu aies trouvé la musique, oui, bon quoi, boaf !!!

ça fait plein de fois que j'entends "hype" cette semaine.
Quelqu'un peut-il enfin me dire ce que ça signifie ?

Rob a dit…

Ouhla... Heureusement que t'es revenue, hein. Moi j'ai déjà besoin de vacances.

Rob a dit…

La hype, c'est un truc fashion, mais en plus bobo. En gros.

Pascale a dit…

Comme tous ceux de l'Educnat...
I zont djà tous besoin de vacances.

Et ton contrepet c'est exprès ou non ?

Sinon, bon, moi par exemple, tu me trouves hype, bobo, fashion ou gros ?

le batard vous remercie a dit…

Alors en tant que batard anonyme, hé hé, dure critique pour le coup pour un film qui a déjà le mérite "d'avoir" de fausses bonnes idées !
Des défauts y'en a, certes, mais c'est un premier film : il tente. La photo est bonne (comme dirait l'autre), la zik aussi et des comédiens à mêches, tous ne sont pas lisses et stéréotypés (++ pour Ana Girardot et Laurent Delbecque).
Je pense qu'on peut pas tout rejeter en bloc, c'est vraiment trop facile.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz