27 sept. 2010

PAULINE ET FRANÇOIS

« Musique originale de Jean-Louis Murat ». Il faudrait dire à Renaud Fely, dont c'est le premier film, qu'embaucher un artiste connu pour composer la bande originale ne dispense pas d'écrire un scénario. Pensons aussi à prévenir Fabrice Gobert, dont l'inintéressant Simon Werner a disparu... bénéficie de la - molle - mise en musique de Sonic Youth, seul et unique argument de vente d'un film franchement pas convaincant...Mais bref, revenons à nos moutons, à savoir Pauline et François, très mauvais film qui ne semble exister que pour justifier les critiques gratuites de ceux pour qui le cinéma d'auteur français consiste à filmer des gens s'emmerdant dans une cuisine. Le film de Fely n'est pas si loin de cette tendance, sauf que ses personnages s'emmerdent aussi en forêt ou à la banque, ce qui constitue un programme nettement plus varié mais pas moins barbant. Pour tenter de résumer l'ensemble, il s'agit de l'histoire d'une jeune employée de banque qui débarque dans un village pour y travailler, et est accueillie par une collègue moyennement gentille, son mari et son frère. Ce dernier, François, finira par tomber amoureux d'elle. "Finira" car il faut au bas mot cinquante minutes pour qu'enfin se développe la petite relation qui unit les deux personnages ; avant cela, Fely aura pris soin d'orchestrer un non-film à base de dépassements de découverts, et de longues scènes de repas sans tenant ni aboutissant. Un vrai mystère.
Comment, en début de carrière, un cinéaste peut-il être si peu inspiré ? On pardonnerait plus volontiers un tel méfait à un metteur en scène vieillissant, déconnecté du monde actuel et ne réalisant plus que pour tenter de repousser un peu l'heure de sa propre mort. Mais Fely, visiblement âgé d'une trentaine d'années, semble déjà n'avoir rien à dire ou à raconter, comme s'il était déjà mort à l'intérieur. Certaines scènes durent sans que l'on comprenne bien pourquoi, certains plans sont insérés là sans raison, et l'on se retrouve comme piégé par un film cauchemardesque qui ne recèle pas la moindre parcelle de véritable cinéma. Même lorsqu'il filme pendant des plombes un enfant fabriquer une épée avec ses Lego, le réalisateur le fait avec platitude, loin de la bonhommie réaliste du Nicolas Philibert d'Être et avoir, pour citer un exemple évident. Ici, tout n'est que grisaille et fadeur, des joies les plus simples aux sentiments les plus noires. Et lorsque se dessine enfin un semblant d'intrigue - l'argent manque chez le couple Léa Drucker - Gilles Cohen, et les tensions montent -, c'est pour permettre au film de se dépasser encore un peu en enchaînant plus que jamais les scènes sans enjeu, sans passion, sans intérêt. Un pique-nique sans accents bucoliques. Une liasse de billets qui n'entraîne même pas une envie de fauche. Des personnages abimés par une détresse financière et affective, mais si peu attachants qu'on se contrefiche bien de leur issue.
Même la fameuse passion qui devrait unir Pauline et François n'est jamais traitée correctement. Quand les jeunes gens vont écouter le brame du cerf, cela n'est ni romantique, ni pittoresque. C'est aussi plat que le reste, comme une virée au supermarché du coin ou un dîner à l'Hippopotamus. Ils finiront par s'unir mollement sur le carrelage froid d'une bicoque sinistre, terminant leur acte de copulation par un orgasme miteux et déprimant, comme s'il fallait que la vie ne soit qu'un pur chemin de croix ne tolérant aucun petit moment de grâce. L'interprétation suprêmement molle ne fait que renforcer cette impression de totale dépression qui tombe sur le spectateur comme une chape de plomb immense et inextricable. Seul le trop rare André Wilms parvient à sortir le film de sa torpeur au gré d'une poignée de répliques permettant de réentendre sa voix si reconnaissable. En tout cas davantage que la musique de Murat, l'auvergnat taciturne ne s'étant visiblement pas torturé pour composer la bande-son : il est vrai que trois gratouillis et autant de mini riffs de guitare sont largement suffisants puisqu'il n'y a ici rien à mettre en valeur. Quelle horreur.



Pauline et François de Renaud Fely. 1h35. Sortie : 22/09/2010.

4 commentaires sur “PAULINE ET FRANÇOIS”

FredMJG a dit…

C'est affreux, je crois bien que tu n'as pas tort sur ce coup là ! Non mais le clip de la bagnole roulant dans la campagne sur la voix du dépressif, je me suis demandée s'il fallait rire ou trucider les gens dans la salle... Jean Louis told me to ^^

BERTON a dit…

Je n'ai pas vu le film , mais je n'ai jamais vu non plus de critique aussi désobligeante , je plains le jeune réalisateur pour cette descent en flèche, et je crains pour le moral de laura SMET " SI FRAGILE" , pour léa DRUCKER , pas de soucis : elle est excellente au théatre, qu'elle y revienne pour faire oublier ce fiasco !

Pascale a dit…

Et rien sur Laura ???

Kilucru a dit…

vu cet aprém', et ce sont peut etre vos reac'..tions citadines qui vous ont caché la petite poésie de ce film;.oui j'ai aimé !

 
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