19 sept. 2010

ONDINE

Très en vue dans les années 90 grâce à Entretien avec un vampire et The crying game, Neil Jordan s'est un peu égaré depuis en alignant projets moyennement excitants et petits plantages sans gravité. En dépit de la présence de son compatriote Colin Farrell, son dernier film n'a guère déchaîné les foules, l'enfonçant encore unpeu plus loin dans l'anonymat. Pourtant, Ondine n'est pas un film sans qualité : rien de méprisable dans ce conte réaliste inspiré du fameux personnage ayant notamment inspiré Giraudoux et Desproges. Voilà simplement une qui assume pleinement sa propre modestie, un spectacle bien ciselé et pouvant s'adresser à tous les publics.
Le film se base sur une interrogation bien légitime et assez stimulante : la jolie femme recueillie dans ses filets par le pêcheur Syracuse est-elle une humaine amnésique et désorientée, ou dit-elle la vérité lorsqu'elle affirme à demi-mots qu'elle est plus ou moins une nymphe des eaux ? Le mystère est entier et rend le film assez captivant dans un premier temps. Le suspense est doublé car le spectateur se demande longtemps dans quel genre de film il est tombé : chronique sociale, portrait d'une amnésique ou d'une mythomane, conte fantastique aux accents réalistes ? Jordan laisse le doute planer le plus longtemps possible, et le côté savonnette de son film, frais et insaisissable, en est certainement le plus grand atout. L'autre apport majeur est la prestation de Colin Farrell, plus attachant que jamais dans la peau de cet pêcheur so irish dont l'accent à couper au couteau est un véritable régal.
Ce n'est pas parce que Jordan a perdu en popularité qu'il est devenu manchot : joliment mis en scène, le film a de plus le mérite d'échapper à un misérabilisme qui colle pourtant aux semelles de ses personnages. Tous sont perdus, solitaires, engoncés dans des existences bien éloignées de ce qu'ils imaginaient... Pourtant se dégage d'eux un relatif optimiste qui ne passe pas pour de la niaiserie, mais reflète simplement leur volonté de ne jamais abandonner. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à observer le personnage de la fille de Syracuse, qui déambule en fauteuil roulant en attendant une hypothétique greffe de rein... Typiquement le genre de personnage qui peut filer des boutons pour peu qu'il soit écrit par un scénariste trop neuneu ou interprété par le premier gamin Ultra-Brite venu. Or Jordan a toujours su écrire, et la petite Dervla Kirwan est formidable de naturel et de discrétion. Tout comme d'ailleurs la ravissante polonaise Alicja Bachleda, qui compose une Ondine émouvante, intrigante, à l'image de ce film certes mineur mais surtout très sincère.



Ondine de Neil Jordan. 1h51. Sortie : 25/08/2010.

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