4 sept. 2010

ONCLE BOONMEE - CELUI QUI SE SOUVIENT DE SES VIES ANTÉRIEURES

Oncle Boonmee est un film dont il ne faudrait rien savoir, un film qui ne devrait avoir ni synopsis ni titre ni affiche. Toute tentative de rationaliser le film d'Apichatpong Weerasethakul n'est en effet que perversion de l'univers de ce cinéaste unique, fascinant... et perméable. Les oeuvres du thaïlandais ont en effet pour caractéristique d'être extrêmement difficiles à pénétrer, et tout aussi dures à quitter une fois que l'on y est parvenu. Depuis la Palme attribuée en mai par le jury de Tim Burton, on assiste ainsi à une guerre sans queue ni tête entre partisans enthousiastes et sceptiques totalement désespérés, les uns et les autres utilisant grosso modo les mêmes scènes-clés et les même adjectifs pour encenser ou détruire un film qui n'est véritablement qu'affaire de ressenti.
Bien malin qui saura trouver dans le cinéma d'aujourd'hui un metteur en scène ayant une filmographie plus sensorielle que celle de Weerasethakul. C'est pour cela qu'Oncle Boonmee ne devrait ni résumé ni introduit. Son style est un voyage vers des contrées inconnues d'où on ne revient jamais vraiment, et limiter le film à de simples histoires d'esprits et de réincarnation apparaît comme tout à fait déplacé. Ce cinéma-ci est difficile à aborder, certes, mais il est on ne peut plus ouvert et raconte autant d'histoires qu'il y a de spectateurs. Qui parle d'un cinéma prétentieux n'a réellement rien compris : on aura rarement vu un artisan aussi modeste remporter une Palme. Weerasethakul est un cinéaste pacifique, qui n'impose rien à ceux à qui il s'adresse. Ses films sont des champignons hallucinogènes : ce n'est pas de leur constitution que dépend l'intensité du trip, mais de ce qu'en fera l'esprit de leur consommateur. Rarement le cinéma aura été une expérience aussi personnelle.
Pourtant, Oncle Boonmee n'est sans doute pas le meilleur film d'Apichatpong Weerasethakul - dont il faut voir toute l'oeuvre, de Mysterious object at noon jusqu'à Syndromes and a century. Tout simplement parce qu'à certaines images plus que mémorables - en particulier cet être inquiétant qui monte un escalier pour rejoindre la véranda où se trouvent les héros - répondent d'autres scènes moins intenses et pas toujours excellemment interprétées, qui font regretter le nombre trop élevé de dialogues - à l'échelle weerasethakulienne en tout cas. Cet oncle Boonmee et sa maladie sont quasiment trop concrets et pas assez intégrés à la fantasmagorie ambiante pour devenir réellement intéressants ; de fait, ils semblent parfois de trop, comme si leur excès d'humanité nous empêchait d'entrer davantage en contact avec ces forces invisibles que l'on sent régulièrement traverser l'écran. Oncle Boonmee est un film magnifique, sans doute celui qu'il faut voir en premier lieu pour qui souhaite s'intéresser à cet artiste sans égal, mais la grâce qui animait ses oeuvres précédentes du début à la fin est ici trop épisodique pour qu'il convienne à nouveau de crier au chef d'oeuvre.



Oncle Boonmee - celui qui se souvient de ses vies antérieures (Lung Boonmee Raluek Chat) d'Apichatpong Weerasethakul. 1h53. Sortie : 01/09/2010.

2 commentaires sur “ONCLE BOONMEE - CELUI QUI SE SOUVIENT DE SES VIES ANTÉRIEURES”

Marine a dit…

Tout le monde ne sera pas sensible à la proposition artistique de Weerasethakul, mais chacun admettra que c'est là une belle et lumineuse critique

Rob a dit…

Je rougis.

 
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