10 sept. 2010

MOTHER & CHILD

Pas de quoi sauter au plafond : Mother & child se présente comme un énième film choral sur des femmes ayant autant de peine à exister comme mères que comme filles. Et lorsqu'on sait qu'aux commandes se trouve Rodrigo Garcia, auteur des pénibles Passagers et d'autres bluettes sans conséquences, il y a vraiment de quoi se faire du mouron. Sur la forme, il n'y a en effet aucune surprise ou presque, l'agencement de ces portraits croisés étant extrêmement prévisible. Comme bon nombre de films choraux, celui-ci ressemble à un puzzle découpé avec professionnalisme mais sans âme, et destiné à être assemblé sans trop de soucis par les consommateurs. En bref, tout s'emboîte un peu trop parfaitement dans cette machine aux rouages bien huilés.
Pourtant, Mother & child est loin de n'être qu'un long fleuve tranquille : Garcia s'emploie en effet à donner du relief à ses personnages et à injecter autant de noirceur que possible dans ce qui ressemble a priori à un bon gros mélo pour ménagères de plus ou moins 50 ans. Première qualité non négligeable : il fait de ses trois héroïnes des êtres sexués, en particulier la working girl incarnée par Naomi Watts, qui baise à droite à gauche avec froideur ou perversité - quand ce n'est pas les deux. Façon comme une autre de camper le désarroi d'une femme abandonnée à la naissance et n'ayant jamais vraiment su faire confiance ou extérioriser ses sentiments. De fait, le film ressemble de moins en moins à un roman Harlequin et de plus en plus à une comédie de moeurs un rien grinçante. Impression renforcée par le deuxième atout du film, à savoir un désir permanent d'appeler un chat un chat, de parler sans détour de trompes ligaturées et de mettre le spectateur comme les personnages face à l'inéluctabilité de la mort, qu'elle soit attendue ou non.
C'est dans ses deuxième et troisième quart que le film se fait le plus passionnant, poussant ses personnages assez loin - pour un film hollywoodien en tout cas - et pointant non sans finesse la complexité des liens du sang. En résumé, difficile de devenir une bonne mère - ou de s'imaginer l'être - lorsqu'on n'a pas soi-même été choyé par une maman aimante. Rien de nouveau sous le soleil, certes, mais le propos est amené avec un certain style. Dommage cependant que Mother & child, passé un dernier et surprenant rebondissement, s'abandonne à un sentimentalisme légèrement dégoulinant et passe trop de temps à emboîter correctement les fameuses pièces de puzzle déjà évoquées plus haut. Cette longue conclusion prémâchée vient hélas ternir un tableau franchement pas repoussant, transcendé par les prestations impeccables d'une Annette Bening qui se bonifie avec les années, et surtout d'une Naomi Watts rendant justice à ce personnage si raide et étouffant que Rodrigo Garcia semble avoir écrit sur mesure pour elle.



Mother & child de Rodrigo Garcia. 2h05. Sortie : 27/10/2010. Grand Prix au Festival du film américain de Deauville 2010.

1 commentaire sur “MOTHER & CHILD”

Pascale a dit…

Mais où vas tu chercher tout ça ???

Y'a longtemps que je n'avais vu film plus patapouf !!!

Et que devient la ptite culotte de Naomi bordel, ce suspens est insoutenable !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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