24 sept. 2010

MANGE, PRIE, AIME

Créateur des séries Nip/Tuck et Glee, réalisateur du prometteur et méconnu Courir avec des ciseaux, Ryan Murphy nous revient avec une adaptation d'un livre à succès, qu'on qualifiera de roman pour dames, et que chacun pourra notamment trouver au coeur des prestigieux rayons librairie des gares et aéroports de France. C'est que vu de loin, Mange, prie, aime ressemble à un Journal de Bridget Jones transcendantal et épicurien, où l'important n'est pas forcément de se caser, mais d'entrer en communion avec sois-même grâce à la bouffe, la méditation et l'amûûûr. Construit en trois parties sur la base d'un titre pas mensonger du tout, le film emmène donc son héroïne manger des pâtes à Rome et à Naples, méditer en Inde et finir sa route du côté de Bali, où elle croisera un bel hidalgo prêt-à-aimer. Soit cent quarante minutes d'un voyage initiatique certainement très enrichissant pour la Liz du film, mais absolument horripilant pour toute personne un peu censée. Ennui et idées préconçues : tel est le menu de ce monument de vide, qui permet en effet au spectateur d'entrer en communion avec lui-même, prisonnier de cette aberration qui n'a absolument rien à faire sur un écran de cinéma.
On se demande quelle mouche a pu piquer Murphy pour qu'il décide de s'atteler à pareil projet, qui ressemble moins à l'adaptation d'un roman qu'à celle du dernier catalogue Yves Rocher. Le film ressemble à une gigantesque publicité pour des produits cosmétiques ou de la nourriture bio, avec couleurs retravaillées et lumière tamisée pour optimiser l'effet carte postale bien-être du film. On veut bien croire qu'une américaine en quête de profondeur ait envie d'un tel voyage ; le problème, c'est que comme bien des reconstructions intérieures, celle-ci n'est guère communicative. Le film se résume à regarder Julia Roberts manger, prier, aimer sans jamais avoir l'impression de participer ou de prendre un peu de plaisir avec elle. On filme les pâtes au ralenti, les enfants indiens sont souriants dans leurs costumes colorés, et les soirées balinaises sont super chouettes avec leurs cocktails et leurs beaux mecs au coeur gros comme ça. Mais cette succession de caprices émanant d'une pure bobo new-yorkaise est si factice, sucrée, dépourvue de matière et de contexte que tout n'apparaît que comme pure manipulation larmoyante.
Aucune partie n'est là pour relever l'autre : Mange, prie, aime est un calvaire de part en part, et ne serait qu'un gros ratage très ennuyeux s'il ne tentait en sus de nous abreuver d'une morale crétino-niaise à base de phrases du genre « ta salle de méditation est en toi » ou « chaque rencontre est une leçon ». Mais non, mille fois non, chaque rencontre n'est pas une leçon, cessons de nous émerveiller dès qu'un type sans intérêt propose d'aller faire du bateau ou de verser une larme forcée quand le premier quidam venu évoque son alcoolisme passé - pauvre Richard Jenkins... Les rencontres orchestrées par Murphy sont criantes de vacuité et pourront peut-être séduire ceux ou celles qui lisent à la fois Santé Magazine, Géo et Nous Deux. Les autres feraient mieux de se tenir à distance de ce bidule si vide qu'il n'y a rien à en dire, si ce n'est que Julia Roberts commence à vieillir et qu'elle ne semble pas destinée à devenir l'une de ces actrices qui embellissent et se bonifient avec les années. Cours, file, fuis.



Mange, prie, aime (Eat pray love) de Ryan Murphy. 2h20. Sortie : 22/09/2010.

2 commentaires sur “MANGE, PRIE, AIME”

Marine a dit…

Sale semaine côté cinéma faut croire !

Pascale a dit…

Incredible. Nous sommes d'accord.
Ma note paraîtra demain et pour une fois j'ai l'impression d'être plus sévère que toi.
Euh, tu as dû t'assoupir, Julia mange aussi une pizza à Naples et essaye de fermer son jean parce qu'elle est grosse !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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