11 sept. 2010

L'Étrange Festival 2010 | A SERBIAN FILM

Comment voir ce film avec des yeux neufs, en attendant autre chose que du sensationnel, alors que cela fait six mois que l'ensemble des cinéphiles déviants ne fait qu'en louer les mérites - ou en tout cas le jusqu'au boutisme ? Difficile en effet de se placer devant A serbian film comme on le ferait avec n'importe quelle autre oeuvre : on nous promet de la torture psychologique et des images difficilement supportables pour toute personne ayant encore un minimum de coeur ou d'esprit. Qui ne verra le film serbe que pour quelques sensations fortes risque de ne prendre du plaisir qu'en de rares endroits et de s'ennuyer le reste du temps, car il y a l'air de rien un scénario autour de ces scènes choc, et du vrai cinéma, avec des dialogues, des situations et une certaine réflexion identitaire et sociale.
Intéressant par sa construction, A serbian film se présente d'abord sous une structure classique avant d'opter, dans sa deuxième moitié, pour un système binaire aussi haletant que stimulant : fraîchement sorti d'un blackout, un acteur porno découvre pas à pas quelles sont les scènes qu'il a tournées malgré lui sous l'emprise d'une drogue pas commune et sous l'emprise d'un producteur prêt à tout pour promouvoir le X au rang d'art suprême, quitte à souiller copieusement les limites de la bienséance. On alterne alors prises de conscience horrifiées et retours en arrière meurtriers, dans ce qui ressemble à une spirale infernale ne devant plus jamais s'arrêter. Aussi choquante soit-elle, cette gradation dans le sordide n'apparaît pas comme une surenchère gratuite, d'abord parce les différentes étapes ne sont pas si difficiles à prévoir. Le but du réalisateur Srdjan Spasojevic n'est pas de nous étourdir à grands coups de surprises scénaristiques, mais au contraire de nous ensevelir sous le poids de nos propres attentes : nous attendions tel évènement sordide, nous allons l'avoir. La violence de l'ensemble est avant tout psychologique, notamment parce que le metteur en scène pratique régulièrement le sous-entendu et choisit souvent des angles de caméra permettant de comprendre parfaitement de quoi il retourne sans tomber outre mesure dans de la pornographie glauque et inutile. Si le film est interdit aux mineurs, et cela se comprend, c'est avant tout par l'impitoyable dureté des pratiques qu'il évoque ; visuellement, tout cela est un peu gore, pas mal cul, mais tout ça ne reste que du cinéma.
Mais évacuons tout le sordide du film, et il y en a - le déjà célèbre newborn porn et tout le reste - : A serbian film est aussi le récit saisissant de la terrible descente aux enfers d'un homme prisonnier de son propre corps. La mutation de ce type est tout à fait convaincante : au début, il apparaît comme un sale con qui laisse son très jeune fils mater les pornos dans lesquels il a joué quelques années plus tôt ; mais peu à peu, lorsqu'il se trouve confronté un peu tard à ses propres limites morales, sa détresse devient déchirante et son cauchemar communicatif. Mais s'il ne prend aucun plaisir à dresser le constat, images à l'appui, de sa situation actuelle et de son terrible passif, on ne peut pas dire de même pour le spectateur. A serbian film nous met en effet face à nos propres contradictions et à notre fascination morbide : plus Milos morfle, plus il réalise qu'il a trempé son biscuit dans des affaires d'une glauquerie finie et d'une amoralité démentielle, et plus on jubile. Difficile de savoir si cela était le but de Spasojevic et de son co-scénariste : en tout cas, il est criant de voir que les rapports s'inversent, le héros salaud devenant de plus en plus humain tandis que le contraire se produit dans la salle. Assez bien mise en scène, franchement bien interprétée, agrémentée d'une bande originale venue tout droit de l'enfer, cette petite bombe venue d'ex-Yougoslavie procure un plaisir immédiat vraiment fou, et se déploie ensuite pour donner libre cours à une réflexion sur les droits et les devoirs du septième art et du spectateur. Voir le film comme un simple petit bout de provoc serait sans doute une grave erreur.



A serbian film (Srpski film) de Srdjan Spasojevic. 1h44.

1 commentaire sur “L'Étrange Festival 2010 | A SERBIAN FILM”

Anonyme a dit…

Les pseudo films gores et snuff comme hostel peuvent se rhabiller.
Ce monde a t-il des limites au vu de ce que l'on trouve sur le net, ou que certains se passent sous le manteau, ce film n'est que le reflet d'une société violente,malsaine,sans plus aucun tabou malheureusement, revelateur d'une société sexuellement de plus en plus déviante, sans limites, sodome et Gomorrhe en serbie.
Malheureusement les faits divers quotidiens (inceste,pedophilie, meutres d'enfants viols de bébés...) nous rapprochent parfois un peu trop du film et de ce qu'il dénonce.
Pour un public averti, il n'en reste pas moins un film avec une réalisation plus que correcte lorgnant vers lynch parfois dans les scenes de couloirs ou pieces, loin d'un pseudo film underground, ou grindhouse.
Quoi qu'il en soit si vous n'avez vu de films dérangeants passez votre chemin, car même pour les habitués ça remu un peu.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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