6 sept. 2010

L'Étrange Festival 2010 | PONTYPOOL

Beaucoup de réalisateurs ont tourné des huis clos parce que c'était pour eux la meilleure façon de réussir à faire un film sans beaucoup de moyens. Bruce McDonald, lui, a réalisé Pontypool pour d'autres raisons : il a simplement croisé sur sa route Tony Burgess, auteur d'une trilogie de romans qu'il a lui-même adapté pour le cinéma - le deuxième volet serait en tournage actuellement. L'idée est simple mais brillante, d'autant que Burgess a de la suite dans les idées : l'animateur d'une radio locale et ses deux collègues ont soudain vent de curieux incidents ravageant la petite ville d'où ils émettent, et sont contraints de relayer des informations de plus en plus inquiétantes sans jamais pouvoir observer eux-mêmes de quoi il retourne. Enfermés dans leur studio, dans l'impossibilité de le quitter, les voilà suspendus au monde extérieur par la simple puissance de la voix. Canular ou enchaînement bien réel de drames improbables ? Le film prend son temps pour se décider, faisant monter la mayonnaise avec un doigté magistral.
Solidement mis en scène par McDonald, Pontypool bénéficie de l'abattage de Stephen McHattie, l'un des bad guys de A history of violence - on se souvient du plan-séquence d'ouverture -, qui est régulièrement seul à l'écran avec sa voix unique et son visage buriné mais séduisant, quelque part entre Ian McShane et Hugh Laurie. Voir ce vieux briscard se décomposer au fil des mauvaises nouvelles finit par devenir assez éprouvant, l'incertitude et l'effroi de ces personnages tétanisés étant rapidement communicative. Le coup de maître, c'est que le film parvient à la fois à ne jamais faire de surplace et à ne pas tomber dans des travers explicatifs. En résumé, on finit par comprendre ce qui se passe... mais on ne le saisit pas bien. Comme s'il manquait des pièces au puzzle, ou comme si les personnages ne nous disaient pas tout. Frustrant ? Un peu, sans doute. Mais l'idée de pouvoir voir bientôt un Pontypool 2 et, espérons-le, un Pontypool 3, fait de ce film un vrai bon thriller doublé d'un hallucinant point de départ pour une trilogie dorénavant très attendue.
Difficile d'en dire davantage sans révéler les quelques révélations qui émaillent la deuxième partie du film. On peut en tout cas affirmer que Pontypool est une oeuvre cohérente, qui accorde une place fondamentale aux mots et aux voix, capables de sauver des êtres et d'en détruire d'autres. À l'écran, aucune image horrible ne se profile, ou presque ; ce n'est de toute façon pas nécessaire lorsque les frissons vous sont communiqués par des correspondants téléphoniques décrivant les atrocités auxquelles ils assistent et partageant leur totale incompréhension du phénomène en cours. Rarement un film aura autant donné l'impression au spectateur d'être aveugle, celui-ci ne devant faire confiance qu'à ses oreilles pour tenter de démêler un écheveau franchement complexe. Et si les quelques réponses apportées ont de quoi décevoir une partie de l'auditoire, elles sont amenées avec tant de justesse et de malice qu'il est bien difficile de ne pas s'accrocher à son siège jusqu'à la fin, générique et épilogue compris. Ce dernier se charge qui plus est d'enfoncer le spectateur dans l'embarras jusqu'au cou, celui-ci n'étant plus si sûr d'avoir parfaitement compris de quoi il retourne... Bref, un film intense, retors, malin sans être poseur, dont on comprend qu'il ait écumé les festivals depuis des mois et des mois.



Pontypool de Bruce McDonald. 1h35.

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