8 sept. 2010

L'Étrange Festival 2010 | NE NOUS JUGEZ PAS (ex- NOUS SOMMES CE QUE NOUS SOMMES)

Portrait craché d’une famille pas franchement modèle : dans ce foyer mexicain, la tradition veut que la nourriture principale soit à base de chair humaine. Et quand le père, habituel fournisseur en viande fraîche, disparaît subitement, cette femme et ses trois enfants sont contraints de se réorganiser. C’est cette reconstruction que met en lumière le film de Jorge Michel Grau, qui semble très excité à l’idée de filmer l’implosion du cercle familial, mais a en revanche très peu à dire sur le cannibalisme. Celui-ci apparaît en fait comme une pathologie interchangeable, puisque Ne nous jugez pas exploite uniquement sa propension à rompre les liens sociaux et à marginaliser ceux qui en souffrent. Qui espérait une leçon de cannibalisme, un traité sur cette forme d’addiction ou une dissection réaliste du quotidien des mangeurs d’hommes risquera, et c’est l’immense limite du film, de rester sur sa faim. Grau apparaît en effet comme un cinéaste opportuniste contraint de vendre son sujet sous un jour sensationnel alors que d’autres films – comme le grec Canine – se passaient aisément de cet artifice et livraient une réflexion mille fois plus captivante sur le poids des rituels et l’importance fondamentale de l’éducation parentale.
Nous sommes ce que nous sommes crée un malaise improductif en reprenant à son compte les tares du cinéma social d’Amérique Centrale et en n’offrant pour toute réorchestration qu’une symphonie sonore à base de cartilages qui craquent. Quand le cannibalisme est réduit à une séance d’équarrissage et de cassage d’os, cela peut éventuellement donner un film de genre jouissivement macabre et un peu gratuit. Sauf qu’on retrouve cette vacuité dans ce film-ci, mais qu’elle n’est absolument pas assumée par un réalisateur tentant vainement de nous faire croire qu’il est à fond dans le premier degré, dans le social, et qu’il n’est animé que par un désir certain de réalisme. Cette volonté du sérieux à tout prix se retrouve dans les prestations de comédiens livrant des prestations honnêtes mais semblant régulièrement se forcer à faire la gueule comme si c’était la seule façon d’exprimer leur détresse.
Alors, malgré sa relative qualité technique, le film de Jorge Michel Grau a de quoi lasser, d’autant que son côté « film de petit malin » ne cesse de croître de bobine en bobine. Avec son duo de flics pas doués, Nous sommes ce que nous sommes tente de raccrocher quelques spectateurs supplémentaires grâce à un peu de comédie. Puis il vire au polar avec fusillades et courses-poursuites parce qu’il n’y a rien d’autre à tirer des personnages. Le spectateur, lui, est contraint de regarder ce beau matériau de base se déliter de plus en plus, et se prend à rêver encore un peu plus d’un cannibalisme traité avec réalisme et honnêteté, à la manière de ce que certaines productions récentes (films ou séries) ont pu proposer sur le vampirisme, mais sans l’obligation de lorgner vers le fantastique. Ce serait forcément plus intéressant que ce film un peu pédant qui n’a visiblement pas le courage de ses idées.



Ne nous jugez pas (Somos lo que hay) de Jorge Michel Grau. 1h39.

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"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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