13 sept. 2010

L'Étrange Festival 2010 | CAPTIFS

Une bonne carte de visite en vue de projets qu'on espère plus ambitieux : telle est la nature de Captifs, premier long-métrage de Yann Gozlan, qui ne marquera pas à jamais l'histoire du film de genre mais a cependant de quoi procurer quelques sensations à ceux qui accepteraient de suivre Zoé Félix, Éric Savin et Arié Elmaleh du côté de l'ex Yougoslavie. L'équation est simple : trois médecins français enlevés au beau milieu de nulle part sont séquestrés en attendant que leurs organes trouvent preneurs. En résulte un survival assez balisé mais exécuté avec suffisamment de professionnalisme et de conviction pour rendre cette heure et demie assez plaisante bien que frustrante de par sa faible durée et son manque de pics dramatiques.
On a d'abord quelques sueurs froides en découvrant que Captifs débute, comme l'immense majorité des films de genre français, par une description même pas punchy du trauma d'enfance de l'héroïne. Un deuil jamais refermé et une cynophobie galopante sont les boulets traînant aux chevilles de Carole, ce qui n'est pas un prénom très sexy pour une fille si bien gaulée. Ce background du personnage principal ne servira à rien, si ce n'est à alimenter une scène onirique franchement superflue. Même les quelques séquences où apparaîtront des chiens n'exploiteront jamais ce mal qui devrait la ronger. Fort heureusement, et malgré quelques dialogues un peu en toc, la mise en place de l'intrigue est relativement efficace et ne complique pas inutilement les choses : il s'agira d'une histoire de captivité lambda qu'aucune fioriture ne saurait encombrer. La suite consiste en une description détaillées des premières heures de détention des héros, qui ne mettent que peu de temps à comprendre pourquoi ils sont là. Viendront ensuite une phase de rébellion au cours de laquelle ceux qui le pourront tenteront le tout pour le tout afin d'éventuellement s'échapper, et enfin un dernier baroud d'honneur qui constituera une ultime chance pour les personnages de sauver leur peau. La structure est déjà vue mais la concision et le soin dont fait preuve Yann Gozlan sont des atouts certains.
Particulièrement appréciable, le travail sur le son constitue l'un des gros pôles d'intérêt du film. Gozlan parvient à faire naître un certain suspense à partir de battements de coeur, ou à transcender une banale séquence de poursuite en rendant palpable la surdité soudaine de l'héroïne, survenue après une explosion. C'est de l'artisanat français de qualité, à l'image d'une mise en scène pas virtuose mais en tout cas bien troussée, où c'est la fluidité qui prime. Reste que malgré tous ces beaux efforts, il semble manquer quelque chose à Captifs pour parvenir à ne pas se faire oublier quelques heures après la projection. Son classicisme n'est pas à remettre en cause et constitue ici une véritable qualité ; en revanche, on peut déplorer un manque certain de climax en terme d'action ou d'enjeux dramatiques. C'est rarement bon signe lorsque le générique de fin vous prend comme par surprise juste après une scène d'action ni plus forte ni plus faible que les précédentes, mais simplement pas assez mémorable par rapport au reste. C'est assez rare pour être signalé, mais le film aurait sans doute gagné à être un rien plus long et à se trouver un ultime rebond lui permettant de trouver davantage de souffle et d'intensité. Une leçon que Yann Gozlan devra méditer pour ses prochains films, car il n'y a guère de doute, ce réalisateur-là a un avenir.



Captifs de Yann Gozlan. 1h24. Sortie : 06/10/2010.

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