13 sept. 2010

LES RUNAWAYS

Considéré comme le premier "vrai" groupe de rock de l'histoire, the Runaways n'aura duré que trois petites années, le temps pour Joan Jett, Sandy West et les leurs de défrayer la chronique en proposant un rock décomplexé, hargneux, loin des ritournelles gnangnan et des chants d'espoir habituellement dispensés par les chanteuses pré-années 70. Pour son premier long, la clippeuse Floria Sigismondi rêvait sans doute de rendre hommage à deux musiciennes dont l'ascension commune fut fulgurante... et qui finirent assez rapidement par s'éloigner l'une de l'autre, poussées par des personnalités diamétralement opposées. Les Runaways opte pour une approche résolument biopic mais refuse cependant de surexploiter l'imagerie classique inhérente au genre. C'est ainsi que le film se focalise principalement sur la formation du groupe et la dissolution qui eut lieu quelques temps plus tard au lieu de nous polluer inutilement l'esprit à grands coups de flashbacks et de traumatismes d'enfance.
Pour autant, Les Runaways recèle son lot de clichés : car la courte existence du groupe fut relativement stéréotypée, voire assez commune. À dire vrai, le film n'aurait peut-être aucun intérêt si ses protagonistes n'avaient pas été des filles : ce qu'il dit d'intéressant concerne le girl power et son revers de médaille. Le côté "grandeur et décadence d'un groupe jadis célèbre" est quant à lui passablement déjà vu, et ce malgré les jolies efforts de la réalisatrice. Aidée de l'excellent chef op Benoît Debie, elle s'échine à triturer l'image ou en tout cas à la rendre moins lisse. Atmosphères vaporeuses, refus de tomber dans la biographie papier glacé, sexualisation du glamour : Sigismondi tente de garder en mémoire que le rock, c'est avant tout des tripes, de la crasse et de la bière. Filles ou pas filles.
Et puis, par la force d'un casting plus que futé, Les Runaways a aussi valeur de documentaire sur la croissance soudaine de deux actrices qui, il n'y a pas si longtemps, étaient encore des gamines. Déjà très troublante dans le fabuleux et inédit Adventureland de Greg Mottola, Kristen Stewart conforte sa position de petit glaçon sexy du moment, qu'on imagine devoir se forcer à jouer les jeunes ados effarouchées lorsqu'elle tourne dans Twilight face à Bobby Pattinson. Plus saisissante encore est la métamorphose de Dakota Fanning, que l'on n'avait pas vue depuis quelques temps et qui a drôlement poussé. Si le film s'ouvre sur une scène indiquant que la demoiselle a ses règles, ce n'est sans doute pas par hasard : le film ressemble à la carte de visite plus grande que nature de deux actrices ne voulant pas rester d'anciennes jeunes actrices stars mais voulant avoir leur part du gâteau hollywoodien pour encore bien longtemps.
Sauf que la vraie star ici est quasiment le seul membre du casting non pourvu de vagin : dans le rôle du découvreur-manager Kim Fowley, Michael Shannon s'en donne à coeur joie et livre une prestation aussi délirante qu'inquiétante, collant à merveille à ses yeux de psychopathe et à ses joues creusées. Si le mentor n'a pas permis au groupe de perdurer au-delà du simple effet de mode, les enseignements qu'il prodigue et sa façon de le faire font partie des principaux atouts du film. Il achève de faire des Runaways un divertissement tout à fait recommandable à défaut d'être réellement marquant, qui a de plus l'extrême bon goût de se montrer concis, contrairement à bien des biopics musicaux peinant à s'exprimer en moins de deux heures et demie.



Les Runaways (The Runaways) de Floria Sigismondi. 1h46. Sortie : 15/09/2010.

1 commentaire sur “LES RUNAWAYS”

Chris a dit…

C'est pas vraiment le premier groupe rock. Mais plutôt le premier vrai groupe de rock féminin...

Sinon, le film était vraiment pas mal du tout. Mention bien aux deux actrices qui prouvent qu'elles savent faire autres choses que des daubes. Mention très bien à la réalisation très esthétique et à la bande son.

Attention aux amalgames entre The Runaways et Joan Jett (en quasi solo ensuite), ce n'est pas la même chose. I love rock'n'roll est une reprise de The Arrows, et qui plus de Joan Jett et de son groupe, suite à la séparation des Runaways.

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