23 sept. 2010

LES PETITS MOUCHOIRS

Quoi qu'on pense des films de Guillaume Canet, ils faut bien reconnaître que Mon idole et Ne le dis à personne étaient traversés de part en part par un désir de sortir du lot en trouvant un ton, un style, une mise en scène rarement vus dans le cinéma populaire français. Et quand le réalisateur, apprécié du grand public et courtisé par l'Amérique, s'attaque au film de groupe façon Claude Sautet et fait appel à une dizaine de comédiens renommés, on espère naïvement une vraie et franche réussite, qui fédère, fait rire et chavire. Ce rêve d'un film qualité France capable de tenir la dragée haute aux équivalents américains, Canet passe hélas 2 heures 25 à le piétiner. Pour la première fois seul au scénario, il se montre bien incapable de donner de l'épaisseur à ses personnages, et livre un film grossier, vulgaire, qui prend nos sentiments en otage et a recours à des artifices honteusement éculés pour faire rire. Un plantage en règle, abominable et interminable.
Dans Les petits mouchoirs, les personnages sont réduits à un demi trait de caractère, ce qui est évidemment trop peu pour conduire leur histoire personnelle sur une durée aussi longue. Antoine (Laurent Lafitte) est le pote largué par l'amour de sa vie et qui emmerde le monde à chaque signe qu'il reçoit d'elle ; Max (François Cluzet) est un riche obsessionnel qui aime faire étalage de sa réussite ; de cette manière, on pourrait réduire chacun à une poignée de mots, exercice d'autant plus simple que Canet surexploite chaque caractéristique en la rabâchant au gré d'une demi-douzaine de scènes. On finit rapidement par détester ces personnages-là, que rien ne semble devoir rendre sympathiques. Et puis il y a Ludo, joué par un Jean Dujardin forcément en retrait : le fêtard de la bande atterrit à l'hosto dès le générique du début, et sa très pénible convalescence - corps détruit, visage à reconstruire - est l'occasion pour Canet de signer un traité sur la vie qu'il faut vivre avant qu'elle ne s'arrête, l'amitié qu'il faut entretenir tant que c'est encore possible, l'égoïsme qui est un vilain crabe dévastateur, le mensonge que c'est vraiment trop mal... Cette succession de leçons de vie pataudes, naïves et schématiques a de quoi rendre furax : que ces gens décident de partir en vacances malgré l'accident de leur pote, pourquoi pas ; qu'on nous crache leur culpabilité en pleine poire, non. Sur le plan émotionnel, Les petits mouchoirs ne reculera de toute façon devant rien, nous mettant le flingue sur la tempe comme pour nous dire que si on ne pleure pas, c'est qu'on n'a pas vécu ce genre de situations, et donc qu'on ne peut pas comprendre. Ça donne légèrement envie de gerber.
Le plus incroyable, c'est que certaines des tentatives de Canet de faire marrer l'auditoire sont tout aussi nauséabondes. La pire storyline concerne le duo Magimel - Cluzet, le premier avouant à l'autre qu'il est sans doute tombé amoureux de lui... mais qu'il n'est pas pédé, ça serait trop la honte. De ce point de départ, le film tire une poignée de séquences absolument honteuses, certaines atteignant un niveau comique de cour de récréation - jeux de mots sur le fait d'aller « se faire enculer », personnage finissant cul nu devant l'autre - quand d'autres atteignent tout simplement des sommets dans la description hétéro-beauf de ce que peut donner l'attirance d'un homme pour un autre. Voir une partie du public se taper sur les cuisses en voyant un réalisateur faire rire grassement avec ce genre de sujet donne une idée du chemin restant à parcourir pour lutter contre l'homophobie et les préjugés qui l'accompagnent. Le film n'en est que plus antipathique, d'autant qu'il ne parvient même pas à se rendre attachant, y compris dans les fameuses et inévitables scènes de dîner entre amis, avec séquences musicales pleines de rires pour enrober le tout. Trop de musique, trop de rires forcés et une mise en scène exécrable - cadrages étranges, montage poussif - rendent une nouvelle fois Les petits mouchoirs complètement indigeste, malgré des acteurs qui font ce qu'ils peuvent. Leurs prestations ne sont ni bonnes ni mauvaises, juste parfaitement communes, sur un mode binaire « tu pleures / tu ris » assez déplorable. Bien trop long pour raconter aussi peu de choses, pathétique sur quasiment tous les plans, le troisième film de Guillaume Canet marque un sacré coup d'arrêt pour celui qu'on aurait bien imaginé comme un chef de meute des réalisateurs français désireux de faire concurrence aux pays spécialistes du divertissement haut de gamme, mais qui a sans doute voulu tout faire tout seul, trop vite, en se planquant derrière une histoire évidemment triste pour se protéger des critiques. Consternant.



Les petits mouchoirs de Guillaume Canet. 2h25. Sortie : 20/10/2010.

12 commentaires sur “LES PETITS MOUCHOIRS”

Hinhin la mienne arrive aussi... et n'est pas plus magnanime !

Jiem a dit…

piouuuuu dis donc, c'est ce qu'on appelle une descente en flèche

Pascale a dit…

Nan mais ho, tu vas te calmer !!!
Depuis quand tu sais qu'un réalisateur qui rate un film ou fait un film que t'aimes pas est fini toi ?

Allez,
t'es qu'un frustré,
tcho baltringue !

Anonyme a dit…

J'espère que tu as déjà fait un film toi pour te permettre de tout descendre comme ça!
Alors pour les autres qui n'ont pas vu le film, ne vous arrêtez surtout pas à ce ramassi de méchancetés!
Je ne suis pas une pro du cinéma, je ne me lancerais donc pas dans des commentaires techniques. Juste pour tous les gens simples qui ne se prennent pas pour des autres, ce film permet de passer un très bon moment. Allez-y!

catnatt a dit…

Rien que les commentaires qui défendent le film me donnent pas du tout envie d'y aller.

On se demande qui sont les baltringues de l'histoire...

Ha Guillaume (Canet)!! Avec des fans comme ça, t'as pas besoin d'ennemis,ils font le boulot à leur place

#hinhin

Anonyme a dit…

bonjour
il faut certainement des heures et des heures de visionnage pour arriver à pondre ce genre de "critique" ! chapeau !

je suis impressionnée de constater que l'on peut "intégrer" le cerveau d'un humain aussi aisément, être capable de "décortiquer" ce qu'il aurait voulu faire, et d'infirmer ce qu'il a n'a pas ou très mal fait, enfin de ramener sa science à ce point en utilisant bien sûr des figures de style pompeuses et méprisantes - une écriture détestable mais certainement voulue mais qui ne donnent pas du tout envie de vous connaître !!

j'ai découvert ce film. du déjà vu / un peu trop de larmes. j'ai passé un excellent moment de détente. un film attachant, drôle et grinçant. Je n'ai aucune culture cinématographique mais mon moi "émotionnel" a été touché !

Pascale a dit…

Mon moi émotionnel qui est pourtant à fleur de peau... n'a JAMAIS été touché. Ce film est assez navrant ! Euh complètement navrant pardon !

Anonyme a dit…

et ben moi, je suis assez d'accord avec cette critique...
le duo Magimel-Cluzet est d'un lourd!!! Je trouve qu'il éclipse même le reste qui aurait pu être pas mal. On passe de clichés en clichés alors qu'on aurait pu voir un très beau film sur des vrais sentiments, avec des personnages un peu moins caricaturaux... Et la fin... elle tire des larmes, un peu... mais bon, c'est carrément téléphoné et ça traine en longueur...

Guillaume a dit…

Je suis d'accord avec tout ce qui est dit dans cette critique : les personnages sont des stéréotypes sur patte, la relation Cluzet-Magimel est utilisée jusqu'à écoeurement et Canet manie la grosse ficelle comme personne.

Et pourtant, j'ai aimé Les Petits Mouchoirs. Je trouve cette critique excessivement sévère et assez injuste : aussi maladroit soit-il, ce film a aussi des qualités qui ne sont malheureusement pas évoquées ici. Une vraie sincérité traverse le film de part et d'autre, si bien que j'ai été touché par le dénouement, aussi facile soit-il. Et surtout, quelques scènes comiques fonctionnent vraiment bien : la colère de Marion Cotillard malmenée par ses potes hilares, François Cluzet qui se fait engueuler par sa femme parce qu'il a le malheur de passer la tondeuse de bon matin...

Critique complète sur mon blog

Moi je trouve qu'il y a une arnaque ENORME dans ce film : il démarre sur Jean Dujardin, meilleur acteur français de sa génération, je frétille de joie j'avais oublié qu'il était au générique, et paf il se fait écraser par un camion, puis bang il est défiguré lui qui est si beau mec et enfin pouf il meurt. Il n'aurait pas pu intervertir avec Gilles Lelouche ?

Mr-Freezze a dit…

Critique parfaite.

Le film aurait d'ailleurs du s'appeler " Le gros rouleau de PQ", ça aurait été tout de suite plus clair.

Anonyme a dit…

Je suis tout à fait d'accord avec cette critique. Je pense que ce film démontre le décalage des stars du cinéma avec la vie des gens normaux. Chaque personnage est tellement petit et plat. Aucun n'est attachant. Tout le film pue la manipulation émotionnelle, mais c'est raté à 100%.

Par contre, je crois avoir compris le sens du titre: les petits mouchoirs servent à s'essuyer suite à cette abominable masturbation émotionnelle.

Bravo.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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