26 sept. 2010

LE DERNIER EXORCISME

Un peu trop à la mode, les faux documentaires virant au surnaturel ou au sensationnel ont généralement du plomb dans l'aile à cause d'une impression de déjà-vu ou d'une certaine difficulté à assurer jusqu'au bout la cohérence du récit. Pas évident en effet de justifier, entre autres, qu'un caméraman puisse continuer de filmer et de soigner le cadre lorsque se profilent face à lui de terribles dangers ou des phénomènes si horribles que tout être humain normalement constitué choisirait de fuir à grandes enjambées ou d'intervenir si possible.Le film de Daniel Stamm n'échappe pas à la règle et échoue à préserver de part en part la crédibilité de l'ensemble ; heureusement, Le dernier exorcisme prend suffisamment son temps pour que ses rebondissements les plus délicats à avaler n'arrivent qu'en toute fin de métrage. Ce qui laisse le temps d'apprécier en partie ce film prétendument inspiré d'une histoire vraie, qui suit un prédicateur aussi charmeur que roublard, qui prétend pratiquer des exorcismes alors qu'il ne fait que livrer une prestation placebo destinée à convaincre des personnes se disant possédées que le diable les a enfin quittées. Moitié arnaqueur, moitié bienfaiteur, le révérend Cotton Marcus est un personnage assez jouissif à suivre, dont les sermons partent dans tous les sens et dont les stratagèmes font plaisir à voir. Incarné par l'inconnu Patrick Fabian, il est la principale attraction du film.
Grâce à son personnage central, Le dernier exorcisme est d'abord plus drôle qu'autre chose, ce qui constitue une excellente nouvelle : le vrai-faux doc est trop rarement utilisé à des fins de comédie. Mais là n'est pas l'objectif ultime de Daniel Stamm, qui finira par mettre le révérend Marcus sur la piste d'une jeune fille qui pourrait bien être réellement possédée. Il y a dans ce point de départ une réflexion possiblement involontaire sur la puissance du hasard : désireux de montrer au réalisateur du doc comment il procède dans ses fausses campagnes d'exorcisme, il fouille dans son courrier et choisit une enveloppe au hasard. On n'est pas loin du dilemme des pilules au début du premier Matrix : pourtant terriblement anodin, un tel choix détermine tout ce qui suit, et une autre alternative aurait sans doute mené à un autre film que l'on ne verra hélas jamais. Une fois la décision prise, le film prend alors un tour plus classique, avec heureusement un certain bon goût niveau mise en scène : l'image est stable et le film prend son temps sans pour autant jouer abusivement avec la patience du spectateur. Plutôt bien fichu, le schéma qui voit l'« exorciste » d'abord sceptique se rendre à l'évidence est cependant trop attendu pour réellement surprendre.
La dernière partie, qui voit la possession de la jeune Nell prendre une tournure de plus en plus tragique, n'a rien de honteux mais n'est pas la plus réussie de l'ensemble. Malgré quelques bonnes idées de réalisation - dont une scène très futée, où l'adolescente possédée se saisit de la caméra et filme elle-même quelques évènements glaçants -, Le dernier exorcisme se rapproche de plus en plus dangereusement du célèbre Projet Blair Witch, l'effroi en moins. Car son interdiction aux moins de 16 ans semble plus qu'exagérée, tant le film ne déploie que quelques scènes gentiment impressionnantes dans lesquelles la violence est globalement hors champ. Seuls un massacre de chat, too much donc assez fun, et la scène de possession reprise sur l'affiche peuvent éventuellement secouer pendant deux secondes. Le film de Daniel Stamm n'a de toute façon aucune vocation horrifique, cherchant avant tout à insuffler le plus de réalisme possible dans du matériau habituellement représentatif du cinéma de genre. Sur ce plan, l'ensemble fonctionne plutôt bien, puisqu'on épouse jusqu'au bout les doutes et les frissons du révérend Cotton Marcus, qui aurait bien mérité qu'un long-métrage lui soit entièrement consacré au lieu d'être un peu sacrifié sur l'autel du suspense.



Le dernier exorcisme de Daniel Stamm. 1h27. Sortie : 15/09/2010.

1 commentaire sur “LE DERNIER EXORCISME”

Dom a dit…

Je suis assez d'accord, le côté humoristique est le bienvenu dans ce genre. Dommage que sur le final, il parte dans du sensationnel (avec des plans impossibles pour un cadreur unique). A voir au moins une fois !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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