1 sept. 2010

LE BRUIT DES GLAÇONS

Décédé en début de semaine, Alain Corneau laisse derrière lui une poignée de grands films ainsi qu'une dernière partie de carrière absolument atroce, qu'il conviendra d'oublier. Que Bertrand Blier prenne garde à ne pas subir le même sort : acclamé jusqu'au milieu des années 90, celui qui fut jadis un cinéaste incomparable n'est plus que l'ombre de lui-même et livre depuis quelques années des films ne se distinguant que par leur vulgarité absolue - ah, la métaphore politique du caca au fond des toilettes qui rendait Les côtelettes mémorables. On souhaiterait bien à Blier d'avoir encore de longues années et de nombreux films devant lui, mais le réalisateur semble hélas vivre dans une crainte permanente de la mort qui le pousse à agir en (faux) provocateur avec elle. Coïncidence ? Cette peur du vieillissement, de l'oubli et de la disparition prématurée semble avoir débuté avec Les acteurs, film assez moyen qui amorça le début de la fin d'une carrière jusque là assez passionnante. Le bruit des glaçons ne fait que confirmer cet essoufflement, et ce malgré un effort certain pour dynamiser son cinéma en faisant appel à la nouvelle garde - tout est relatif - du cinéma français.
Pour sûr, Jean Dujardin et Albert Dupontel auraient tout à fait eu leur place dans la crème de la crème des films de Bertrand Blier : sans aller jusqu'à en faire les héritiers du tandem Depardieu / Dewaere (Les valseuses), on les imagine volontiers donner la réplique à Anouk Grinberg ou à Charlotte Gainsbourg dans ses films des années 90. Malheureusement pour ces acteurs, ils arrivent trop tard et doivent se contenter de fonds de tiroir, réflexions vaseuses sur la maladie et la middle life crisis chère à Jean-Paul Dubois. Le bruit des glaçons ne dépasse absolument jamais son postulat surréaliste mais pas dégueu : un homme alcoolique et délaissé par les siens - ceci expliquant cela, ou l'inverse - reçoit la visite évidemment imprévue de son cancer. Le problème étant que cela ne mène absolument à rien. Blier a toujours eu du mal à conclure ses oeuvres, c'est un fait ; sauf qu'ici, il n'attend pas les dernières bobines pour ne plus rien avoir à raconter. D'où l'impression d'assister à une énième et mauvaise mise en scène des Brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio, avec ses phrases sentencieuses sur l'alcool, la mort et les femmes.
Le problème, c'est que Bertrand Blier n'a plus de patte. Plus de style. Ses maximes semblent périmées, ses illuminations ne vont nulle part, sa caméra se déplace comme un pachyderme dans les couloirs de cette grande bâtisse du sud de la France. Dujardin a beau faire ce qu'il peut, il ne brasse que de l'air, d'autant qu'il fait face à un Dupontel toujours enfermé dans son sempiternel rôle d'illuminé échevelé. Le film a beau durer moins d'une heure et demie, il ressemble à un long calvaire prouvant que son auteur a rencontré une nouvelle et cruelle panne d'inspiration. L'irruption d'un deuxième personnage de cancer en est l'une des preuves ; la multiplication in fine des scènes de cul "à la Blier" mais sans le ton en est une autre. Au final, Le bruit des glaçons ressemble à un remake ou à une préquelle des affreuses Côtelettes, horripilante et insupportable rencontre entre deux vieux mourants. Lorsqu'un artiste en vient à copier la pire de ses oeuvres pour produire la dernière en date, c'est qu'il doit vraiment se poser des questions sur le sens qu'il convient de donner à sa carrière. Blier est dans l'impasse, et c'est franchement sordide.



Le bruit des glaçons de Bertrand Blier. 1h27. Sortie : 25/08/2010.

3 commentaires sur “LE BRUIT DES GLAÇONS”

Hal a dit…

Oh comme tu y vas ! Sordide ?

Je dirais juste qu'il se prend un peu trop au sérieux et devrait se contenter de garder le focus sur ses dialogues, le reste viendra tout seul. Pour moi Les Acteurs était un excellent film car il s'affranchissait vraiment de tout ce qui plombait ses films précédents, une sorte de dramaturgie vaseuse qui ne convient pas vraiment à son cinéma.

C'est vrai que Le bruit des glaçons semble reprendre un peu cette voie (les scènes avec Anne Alvaro / les flashbacks lourdingues) mais il reste quand même une bonne partie du film qui laisse la part belle aux dialogues, toujours très bons. Et Dupontel est génial, il fait du Blier tout en apportant sa touche personnelle, c'est vraiment lui qui illumine le film (pour reprendre ton terme). A mon avis, il s'en sort beaucoup mieux que Dujardin, qui essaie d'imiter ses prédecesseurs, mais qui n'a malheureusement pas le talent de Dewaere...

Benoit a dit…

C’est marrant comme ce film peut partager surtout en termes de tranche d’âge. J’ai remarqué autour de moi que tous les 20 30 ans ont trouvé ce film assez mauvais alors qu’au contraire, les gens de 40 50 et plus l’ont trouvé absolument délicieux. Comme quoi le cinéma de Blier a sans doute vieilli... En tout cas lis ma chronique et tu connaîtras mon âge.

Fabien a dit…

Vu hier soir, et je crois qu'on est tous les deux d'accord pour dire que ce film est un véritable four. Il n'y a que Dupontel qui s'en sort honorablement. Le reste... Et pourtant, j'adore Jean Dujardin !

 
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