7 sept. 2010

L'ARBRE

Passé légèrement inaperçu lors de son passage à Cannes, où il avait été choisi comme film de clôture, L'arbre a pourtant été placé là de façon très judicieuse par Thierry Frémaux et les siens. Lorsqu'on s'adresse à une horde de festivaliers exténués sur qui la taurine et la caféine n'ont plus aucun effet, il convient de leur présenter un film ne pâtissant absolument pas d'être entrecoupé de micro-siestes ou même d'assoupissements plus conséquents. Dormir devant L'arbre risque sans doute de faire manquer quelques plans magnifiques mais ne désorientera pas le spectateur outre mesure. Cela s'appelle un film d'ambiance, ce qui peut constituer une jolie qualité ou un défaut gênant. La différence tient au talent de celui ou celle qui filme.
Pour sûr, Julie Bertuccelli n'est pas manchote : elle dirige les enfants à merveille et tire merveilleusement profit de ses somptueux décors australiens. Le figuier au coeur de L'arbre est d'une beauté absolue, non seulement d'un pur point de vue esthétique, mais également lorsqu'on le considère d'un point de vue métaphorique. Il est en effet la représentation fantasmée d'un homme fraîchement disparu par sa petite fille âgée de 8 ans, persuadée que son papa s'est réincarné en cet arbre contre lequel il est venu décéder d'une crise cardiaque. Tout le film tourne doucement autour de cette question : quelle valeur accorder aux croyances des enfants, quand les encourager, quand les stopper. La réalisatrice de Depuis qu'Otar est parti... ne traite jamais ces questions de façon frontale mais les laisse s'incarner à travers le personnage meurtri joué par Charlotte Gainsbourg, mère plus orpheline que ses quatre enfants. Bertuccelli excelle à filmer les éléments naturels et les sensations délicates ou violentes qu'ils peuvent engendrer ; elle s'y emploie à la façon d'un peintre, en composant ses tableaux par de très petites touches. Si petites qu'elle finissent par en devenir jolies mais inconséquentes.
Car là est la limite de cet Arbre qui aurait dû être bien plus qu'un assez beau film : en dépit du talent de la cinéaste, certaines scènes ressemblent à de très bonnes publicités pour Yves Rocher, celles où une petite fille effeuille une marguerite et où une jeune femme se roule en souriant dans la rosée du matin. Ce joli défilé de sensations ne mène finalement nulle part ou presque, et l'influence du fameux figuier sur la famille est malheureusement traitée de trop loin, comme si un excès de pudeur ou un désir absolu de ne pas en faire trop avaient condamné Julie Bertuccelli à ne pas aller jusqu'au bout de son sujet. Ce qu'elle dit sur le deuil est prodigieux ; le final sous la tornade est déchirant ; les plans sont beaux, somptueusement éclairés et harmonieusement composés. C'est pourtant une certaine impression de frustration qui l'emporte, tant on a l'impression d'avoir brièvement tenu entre ses mains un potentiel chef d'oeuvre qui ne s'est hélas jamais concrétisé.



L'arbre (The tree) de Julie Bertuccelli. 1h40. Sortie : 11/08/2010.

4 commentaires sur “L'ARBRE”

alexandre mathis a dit…

je prends note, en ce Mardi 7 septembre, je suis, point pour point, d'accord avec Rob Gordon. De la 1ere à la dernière virgule. Que m'arrive t-il? Ou que t'arrive t-il?

Dom a dit…

Je suis d'accord aussi, même si je pense qu'il est bon de souligner que le film ne sombre jamais dans le mélo, une manoeuvre difficile avec ce thème.

Chippily a dit…

Complètement d'accord avec toi ! Un film joli, sans plus. Par contre, j'ai beaucoup aimé l'interprétation de la petite fille qui joue Simone !

Wilyrah a dit…

Je suis assez d'accord avec ce billet.

 
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