29 sept. 2010

LA YUMA

De Girlfight à Dans les cordes, la boxe féminine a souvent été représentée pour ce qu'elle a de plus noble : elle constitue en effet un sacré passeport vers l'émancipation et la maturité pour des demoiselles ayant souvent bien du mal à se trouver et à s'affirmer dans un monde trop riche en testostérone et en préjugés. La Yuma n'échappe pas à la règle, ce qui est à la fois sa force et sa limite : ce film venu tout droit du Nicaragua ne brille pas tout à fait par son originalité, mais la bonne volonté de l'entreprise alliée à une certaine habileté dans la gestion des rapports humains le rend tout à fait plaisant pour qui n'a rien contre assister à la montée en puissance d'une puncheuse.
Comme la plupart des films de boxe, La Yuma permet aussi de dresser un état des lieux édifiant du prolétariat local, pour qui sacs de frappe et salles de sport sont des exutoires abordables permettant d'évacuer une certaine rage et de montrer enfin son bon côté. S'éloignant régulièrement des rings, la réalisatrice Florence Jaugey met ainsi Yuma face à un jeune reporter qui tente de faire son trou dans le monde du journalisme mais se retrouve fort marri après le vol d'un sac contenant ses travaux en cours et son matériel. L'occasion de montrer que les nicaraguayens, qu'ils s'expriment par la plume ou par les poings, sont les victimes permanentes d'un système ayant favorisé l'éclosion de nombreux gangs et de petits voleurs indépendants. Tenter de suivre le droit chemin dans une société aussi vérolée a quelque chose de prodigieusement délicat, comme si les citoyens avides d'honnêteté prenaient autant de risques que des funambules pratiquant par grand vent.
Filmé avec simplicité mais sans simplisme, le film donne aussi à voir une brochette de personnages attachants car souvent hauts en couleur. Leur marginalité les rend touchants, mais jamais Jaugey n'en fait des phénomènes de foire, ce que des metteurs en scène plus racoleurs n'auraient sans doute pas manqué de faire. La modestie du projet est sans doute sa plus grande réussite, tout comme son désir de pureté : l'histoire d'amour de Yuma et Ernesto est ainsi décrite avec une sorte d'émerveillement presque fleur bleue qui finira par être contrebalancé par un dur retour à la réalité crasse de ce pays d'Amérique du Sud bien délaissé par l'opinion et pas le septième art. Premier film produit au Nicaragua depuis 20 ans, La Yuma a de quoi donner aux autochtones la rage au coeur et l'espoir au ventre, afin de combattre par leurs propres moyens la misère dans laquelle ils ne veulent surtout pas se complaire.



La Yuma de Florence Jaugey. 1h31. Sortie : 29/09/2010.

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