2 sept. 2010

KRACH

Des cités franciliennes de La squale aux buildings new-yorkais de Krach il y a plus d'un pas, que Fabrice Genestal a décidé de franchir pour décrire le succès et les déboires d'un Jérôme Kerviel de cinéma. Ici, le petit trader s'appelle Erwan Kermor, et décide de faire la nique à tout Wall Street, et en particulier au vilain ricain qui l'a fraîchement et injustement foutu à la porte. Kermor a un flair incroyable : il lui suffit de jeter un coup d'oeil à une courbe pour y remarquer une particularité lui permettant d'en tirer un modèle mathématique imparable, le tout avec l'aide d'une climatologue dont les courbes ne sont pas mal non plus. Ça a l'air stéréotypé et peu crédible ? À l'écran, ça l'est encore plus : Krach ressemble en effet à ce cinéma que tous les petits frenchies sans talent ont rêvé d'aller faire aux States. La voix-off du début - qui disparaîtra ensuite comme par magie -, semblant conçue comme un hommage aux Affranchis, se la joue rêve américain et nous fait comprendre d'emblée que Genestal est moins intéressé par le réalisme de son histoire que par son petit fantasme de faire un film aux States.
Loin d'être crédible lorsqu'il tente de lorgner vers le documentaire, Krach ressemble à un film écrit dans un bureau avec pour toute source d'inspiration deux ou trois manchettes de quotidiens évoquant l'affaire Kerviel. Il est aussi difficile de croire à la brusque montée en puissance du personnage principal qu'à sa redescente tout aussi soudaine, le tout étant accompagné d'une métaphore bien lourde à base de montagnes à gravir et de sauts en parachute. Genestal a sans doute trop regardé de films de Scorsese, qu'il a de plus très mal digérés : la relation de Kermor avec la scientifique jouée - et c'est improbable - par Vahina Giocante est aussi schématique que l'irruption de la cocaïne ou de l'addiction aux médicaments de certains protagonistes. Le désir de "faire" ricain ne suffit pas vraiment ; et si c'est là le seul objectif du réalisateur, alors c'est assez triste.
S'il n'y avait le toujours sympathique Gilles Lellouche à la tête du film, il n'y aurait quasiment rien à se mettre sous la dent, hormis peut-être l'hénaurme prestation de Michael Madsen en trader cow-boy, panoplie de John Wayne à l'appui. C'est uniquement lorsqu'il est dans l'excès que le film parvient à exister, mais on est encore bien loin de l'emphase burnée d'un Oliver Stone. Genestal n'a guère de style, guère d'idées, et ne parvient même pas à inscrire l'action dans un contexte contemporain. Seul lien effectué avec l'actualité : le krach engendré par les folies boursières de Kermor est décrit comme la plus grosse catastrophe financière depuis celle causée par la chute des tours du World Trade Center. Pour un film souhaitant assurer le spectacle autant que le réalisme, c'est tout de même extrêmement léger... Mieux vaut encore revoir l'assez réussi Trader, qui mettait Ewan McGregor dans la peau du bien réel Nick Leeson, coupable de ne pas avoir respecté les règles du marché et d'avoir ainsi fait exploser l'économie britannique dans les années 90.



Krach de Fabrice Genestal. 1h27. Sortie : 01/09/2010.

1 commentaire sur “KRACH”

Caroline a dit…

on essaie de copier Wall Street ?

 
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