20 sept. 2010

THE HOUSEMAID

Qu'on m'autorise exceptionnellement à parler à la première personne, ce que je me refuse habituellement à faire dans le cadre de mes critiques de films. J'aimerais vous raconter une anecdote passionnante, en tout cas au moins autant que celle que Pierre Desproges aimait raconter à propos des piles pour transistor. J'ai légèrement moins de talent que Desproges, c'est vrai, mais je suis vivant et pas lui, donc vous n'avez guère le choix.
Alors voilà : nous sommes en mai 2010, sans doute le vendredi 14, je ne suis pas sûr du jour exact et je n'ai pas vraiment eu envie de chercher. Mais bref : je me trouve depuis le mercredi dans la ville de Cannes pour participer pendant une poignée de jours à son petit festival, qui propose quelques films vaguement attendus et beaucoup de soirées bien plus courues. Grâce à je ne sais plus qui (sans doute lui, ou lui, qui furent très généreux avec moi durant mon bref séjour), j'ai pu obtenir une invitation pour assister à la projection nocturne de The housemaid, l'un des films que j'espérais le plus avoir la chance de voir. Il faut dire qu'entre Une femme coréenne et The president's last bang, le cinéaste coréen Im Sang-Soo fait partie des mes grands chouchous, et ce malgré un Vieux jardin un rien conventionnel. C'est ainsi qu'après une longue journée à arpenter les rues cannoises, à faire la queue pour voir des films ou se faire refouler in extremis, à préparer l'émission de radio à laquelle je participais alors, à récupérer le fameux smoking de rigueur, me voilà contraint de rentrer rapidement me changer et de retourner ensuite devant le Palais des Festivals avant d'y rejoindre mon camarade de projection, un grand roux cinéphile ayant co-fondé Vodkaster.
Nous attendons dans la pénombre cannoise que l'on veuille bien nous laisser entrer, nous présentons nos fameux sésames aux vigiles, et nous pénétrons dans cette gigantesque salle que j'avais découverte cinq ans auparavant lors de ma première visite à Cannes. Là, nous nous installons aux places indiquées, soit quasiment tout en haut, et surtout face à d'énormes et hideux spots lumineux qui semblaient braqués sur nous dans l'objectif de nous faire cuire sur place dans nos smokings élégamment cintrés mais forcément un peu étouffants. Nous patientons, patientons, patientons encore, observons l'arrivée d'une poignée de vagues stars sur l'écran géant, discutons le bout de gras, écoutons nos voisines plus paillettes que cinéphiles aligner les énormités sur le festival et ceux qui le font... Puis la lumière s'éteint et le film commence.
Une bonne centaine de minutes plus tard, le générique de fin défile, et j'ai comme l'impression d'avoir légèrement somnolé. Pas qu'un peu, m'indique mon voisin, à la fois dépité par le film et amusé par ma pathétique prestation : j'ai dû en effet m'endormir après une dizaine de minutes de film, pour ne me réveiller que de façon fort épisodique, avant d'émerger tout de même pour assister à la dernière scène. Et en plus, j'ai ronflé, paraît-il. Consternant spectacle du pseudo cinéphile qui réussit sa montée des marches mais se plante sans classe en n'ayant pas pu voir le film qu'il attendait tant, déjà épuisé par quelques jours de festival.
Quatre mois plus tard, me voici prêt à panser mes plaies afin d'aller découvrir The housemaid dans une version moins condensée que celle dont j'avais dû me contenter en mai. Je comprends mieux pourquoi ce moment, indépendamment de la passionnante anecdote narrée ci-dessus - je vous avais prévenus -, restait pour moi comme une sorte de cauchemar : sans doute sorti de ma torpeur par les stressants pics sonores correspondant aux instants les plus hystérico-barrés du film, je n'avais raté que très peu des scènes horribles qui font à la fois l'intérêt et la limite de ce remake de La servante, film coréen datant de 1960. Im Sang-Soo s'est considérablement planté : sa mise en scène ressemble à un patchwork d'idées saugrenues, qui prises une à une ressemblent sans doute à de minuscules coups de génie, mais qui ne s'accordent absolument pas une fois le film terminé. On est sans cesse intrigué, dérangé, questionné par cette façon de filmer et de raconter, sans jamais saisir le pourquoi du comment, mais surtout sans parvenir à déceler l'intérêt de toutes ces fanfreluches. Pas aidé par quelques effets visuels absolument désastreux, Im Sang-Soo orchestre une histoire de tromperie et de domination qui cherche malheureusement trop souvent à heurter le spectateur de façon purement gratuite, comme si le grand guignol était une fin en soi. Le film a effectivement quelque chose de cauchemardesque par la façon dont il fait avancer la situation de cette gouvernante au visage fascinant : on s'attendait à un drame bourgeois façon Chabrol sud-coréen, et c'est finalement tout autre chose qui nous est servi, dans une frénésie filmique aussi aberrante qu'harassante. Difficile de savoir réellement quoi penser de cette oeuvre bâtarde et mal équilibrée, mais j'accorderai le bénéfice du doute à ce cinéaste que je continuerai de suivre de près : voir une première fois des bribes de film avant de s'offrir une seconde vision des mois plus tard, l'imagination et les articles de presse ayant fait leur travail pendant cette période de latence, n'est pas vraiment la meilleure façon de pouvoir apprécier une oeuvre cinématographique à sa juste valeur.



The housemaid (Hanyo) de Im Sang-soo. 1h47. Sortie : 15/09/2010.

1 commentaire sur “THE HOUSEMAID”

FredMJG a dit…

Tu as tort Rob ! Desproges est plus vivant que jamais...
Etonnant, non ?

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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