25 sept. 2010

HOMME AU BAIN

(À lire à voix haute, en imitant la voix que prend Vincent Delerm pour déclamer les très longues introductions de certains de ses morceaux lors de ses concerts.) Parfois il arrive qu'on aille au MK2 Beaubourg vers dix-huit heures vingt, c'est pratique le MK2 Beaubourg car c'est tout près du métro Rambuteau, on peut rapidement récupérer la ligne 11 pour rentrer à Belleville et aller avaler un bo bun métro Pyrénées, et c'est alors qu'entre une conversation sur les assurances vie et une blague sur les handicapés, on se met à parler du film que l'on de vient de voir. En sortant de la salle, on était partagé mais plutôt positif, et la fille qui pioche dans votre assiette avait l'air plus enthousiaste, mais on finit par baisser la garde et la laisser manger tout le boeuf de son assiette à force de l'entendre défendre ce film de Christophe Honoré et de réaliser que ses arguments positifs poussent peu à peu à détester ce film qu'on vient de voir au MK2 Beaubourg, séance de dix-huit heures vingt, à côté du Leroy Merlin. Alors on en vient à ne plus savoir, et à prendre la décision infamante d'écrire une critique pour/contre en espérant que ce soit pris comme un hommage à Télérama. À Télérama et pas à Studio Magazine, quand même, car on a beau habiter à Belleville et aimer les bo buns, on n'est pas obligé d'être aussi tolérant que cela.

POUR
Après être allé s'enterrer en Bretagne pour ce qui est sans doute son film le plus autobiographique, Christophe Honoré a fait ses valises pour s'atteler à un autre pan de sa propre histoire : dans Homme au bain, le cinéaste raconte la banlieue parisienne, la rupture amoureuse, le besoin de surconsommation sexuelle et la nécessité de s'adonner à de basses activités artistiques dès qu'il devient impossible de compenser autrement le manque laissé par l'autre. Dans ce but, il s'est choisi un double étonnant mais évident en la personne du hardeur François Sagat, qui parvient étonnamment à faire oublier son physique imposant - notamment un cul auquel Honoré fait honneur - et sa tonsure façon Playmobil en se montrant bien plus inspiré que dans le L.A. Zombie de Bruce La Bruce. Sagat campe un Emmanuel plus touchant que prévu, dont le désœuvrement gennevillois n'est pas vecteur de vide, mais bien au contraire d'une inventivité démentielle.
Lui-même icône parmi les icônes, Honoré en emploie une autre afin de magnifier les errements d'une communauté dont la suractivité sexuelle n'est souvent que la représentation d'une détresse sentimentale et surtout identitaire. Et lorsque l'autre moitié du couple s'envole pour New York avec sa caméra et y retrouve une Chiara Mastroianni elle aussi icônisée, l'ensemble gagne encore en grâce. Dorénavant conscient de son statut d'intouchable chouchou de toute une génération - ou en tout cas d'une partie de celle-ci -, Honoré n'a jamais semblé aussi libre qu'avec cette oeuvre minimaliste mais voyant loin, renvoyant dos à dos le neuf deux et la grosse pomme dans une communion des corps qui n'est là que pour faire oublier que les coeurs ne s'accordent plus. Sublime.

CONTRE
Le miracle Honoré n'aura duré que trop peu. Après une fulgurante montée en puissance au bout de laquelle s'est profilé le chef d'oeuvre Dans Paris, l'artiste multicartes n'a cessé depuis de céder à des stéréotypes créés de toutes pièces par des fans peu clairvoyants et quelques membres surcotés de l'intelligentsia. Sa mise en scène de la pièce Angelo, tyran de Padoue exceptée, le finistérien n'a commis ces derniers temps que des oeuvres inconséquentes ressemblant davantage à des concrétisations mesquines de petits fantasmes personnels qu'à de véritables oeuvres artistiques. Le voici qui franchit encore un cap dans l'enfermement idéologique : en engageant un François Sagat méritant mais trop massif pour permettre une quelconque identification, en cédant aux sirènes de l'exil new yorkais pour décrire un simple désir d'oxygénation post-rupture, Honoré a franchi une étape supplémentaire dans son obsession dévorante de rester le plus longtemps possible à la pointe de la hype pour une poignée de cinéphiles parigots préférant, quoi qu'on y passe, le MK2 Beaubourg à l'UGC des Halles.
Grand garçon capricieux n'ayant visiblement épuisé tous ses fantasmes, Christophe Honoré s'est indubitablement fait plaisir en filmant très régulièrement le cul et la bite de François Sagat, décrit par l'un des personnages comme une statue en puissance, qui irait très bien dans le salon s'il n'y avait pas ce chibre démesuré pour en briser la paisible harmonie. C'est bien là qu'est le problème : clairement, le cinéaste exploite son « acteur » comme un vague morceau de chair bien taillée, le parfait instrument pour continuer à faire parler de lui chez les pseudos intellectuels à l'affût de nouvelles tendances. Chiara Mastroianni n'est pas mieux traitée, choisie davantage pour son statut de muse d'un certain cinémââââ que pour ses réelles - et incontestables - qualités d'interprète. Cet Homme au bain en forme de mauvaise installation d'art moderne n'a finalement pour lui que sa durée, tant même son faux minimalisme finit par sembler pesant.



Homme au bain de Christophe Honoré. 1h12. Sortie : 22/09/2010.

2 commentaires sur “HOMME AU BAIN”

Benjamin F a dit…

Je sais très bien que la vérité est dans le pour. A mon avis, les plans du cul de François Sagat sont une référence évidente au Batman de Joel Schumacher avec George Clooney :)

(Oui je suis à New York et je prends le temps pour te lire, si c'est pas du vrai fanatisme ça^^)

Voisin Blogueur a dit…

Critique schizo ? :)

 
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