14 sept. 2010

HAPPY FEW

« Aimez qui vous voulez », claironne l'affiche du deuxième long d'Antony Cordier, de façon légèrement excessive : dans Happy few, il ne s'agit pas d'aimer ou de baiser n'importe qui. Loin de prôner un échangisme global et débridé, le film s'intéresse de près au switch mis en place par deux couples qui se sont rencontrés depuis peu et sont soudain chavirés par un désir réciproque envers le mari ou la femme de l'autre. Ni graveleux ni polémique, il décrit avec simplicité la rencontre puis le quotidien hors normes de ces quatre êtres semblant trouver une nouvelle plénitude dans cette relation croisée. Première idée salvatrice de Cordier, qui ne fait pas de cette pratique une sorte d'échappatoire à une existence morose ou décevante, mais plutôt un gigantesque bonus donnant à la vie une saveur toujours différente. Impossible de tomber dans la routine, pensent ces personnages en tous points ravis de cette situation inédite qui est à la fois vecteur de fantasmes et tueuse d'angoisses : exit la peur de la monogamie. Et bienvenue à ce mode de vie s'installe ici de façon fort naturelle, sans qu'aucune règle n'ait explicitement besoin d'être posée. Mais Happy few se méfie bien de cette vision simpliste qui veut que l'échangisme soit une source absolue de liberté, loin des contraintes inhérentes à la vie de couple ordinaire.
Sur un mode résolument positif, le film décrit avec délicatesse la façon dont Rachel, Vincent, Franck et Teri vont se laisser happer par les pièges qui se dressent devant eux. ce petit bonheur général ne durera en effet qu'un moment, jusqu'à ce que la jalousie et les sentiments amoureux ne s'en mêlent d'un peu trop près. Si le schéma scénaristique apparaît comme relativement classique, c'est justement parce que la routine et la morosité qui rongent régulièrement le couple sont également responsables du début des ennuis pour le quatuor. Happy few signe en fait la défaite cuisante de l'échangisme, petite fantaisie passagère dont il ne faudrait pas attendre davantage. Le revers de la médaille, c'est que la diversité des interactions s'accompagne d'une multiplicité de problèmes relationnels : faire cohabiter quatre égos est une mission bien périlleuse sur le long terme, et l'équilibre instable qui s'instaure n'a pour ainsi dire aucune chance de devenir pérenne. Dans Douches froides, son premier film, Antony Cordier se plaçait dans un univers adolescent - et sportif - pour montrer de façon non sans perversité que les relations triangulaires perdurent rarement, qu'il s'agisse d'amour ou d'amitié ; il trouve ici une dimension supplémentaire, non seulement par le nombre de personnages en place, mais également parce qu'il s'est choisi des personnages et des acteurs à l'aube de la quarantaine, l'heure où il est déjà temps de dresser un premier bilan.
Happy few nous confronte à nos infimes médiocrités et à nos énormes contradictions, qu'il exécute avec un trait aussi fin que féroce. Supporter que son conjoint couche avec une autre mais pas qu'il dorme serré contre elle ; pouvoir "prêter" celui qu'on aime mais pas le petit pull qu'on aime tant. Peccadilles ? Certainement. Mais ces broutilles, d'un réalisme avéré, sont tout à fait criantes, et font de l'absence de règles une utopie absolue. Tout comme l'apparente décontraction avec laquelle les personnages gèrent le facteur "enfants", comme si les mômes n'avaient conscience de rien et allaient supporter longtemps une situation légèrement perturbante pour eux. Si le Peindre ou faire l'amour des frères Larrieu, sur un mode plus bobo-intello-fantasque, faisait de cet échange de conjoints une pratique amusante, rassérénante, rassurante comme un verre de bon vin, Antony Cordier en fait une solution erronée, ou en tout cas éphémère, au problème de la routine dans le couple. Porté par des acteurs massifs, fragiles, époustouflants, et par une mise en scène plutôt chaude qui enveloppe joliment les corps et magnifie les faux-semblants, Happy few est une brillante réussite, un mémorable morceau de cinéma juste assez classique pour rester dans les clous et juste assez marginal pour devenir immanquable.




Happy few d'Antony Cordier. 1h43. Sortie : 15/09/2010.

5 commentaires sur “HAPPY FEW”

je vous causerez pas du film, pas encore vu.
Mais je suis fan de votre blog depuis un moment déjà...
J'ouvre le mien, je ne sais pas ce que ça donnera mais je tente le coup.
Bien à vous !

Pinkfrenetik a dit…

Douches Froides, son 1er film, à voir et revoir...

Chris a dit…

Bonsoir Rob!

Je ne sais pas pourquoi mais je n'ai pas du tout accroché à l'ambiance du film. Certes, les questions sont intelligemment posé, mais je n'ai pas ressenti la sensualité, le désir, mais plus l'ennui qu'autre chose. J'imagine que c'est grave docteur ...

http://cine-emotions.blog4ever.com/blog/index-321516.html

Anonyme a dit…

l'affiche et le résumé du film vous font penser que vous allez vivre une belle histoire d'amour plurielle ...
que vous pouvez allez voir en famille ... or, il n'y a que des scènes de sexe, on s'échange, puis à 4, puis les 2 femmes, on se demande même si ca va s'arrêter et quand l'histoire va commencer ! aucune morale ! J'ai été voir le film avec ma fille de 14 ans, ca me laisse perplexe sur ce qu'elle va penser de l'amour ! Il parait que c'était interdit au moins de 11 ans !?
En bref, j'ai juste été voir avec ma fille de 14 ans un film de "cul", juste ca à retenir, aucune histoire !

catnatt a dit…

J'ai adoré ce film. Il a le goût de la vie.

 
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