21 sept. 2010

DOUBLE TAKE

Il est toujours difficile de cracher sur des exercices de style peu convaincants, notamment parce que cette pratique implique qu'on soit certain d'avoir pleinement saisi les objectifs et le modus operandi de son auteur. C'est un peu le cas avec ce Double take qui laisse bigrement circonspect puisqu'il est assez difficile d'en saisir les tenants, les aboutissants et les réelles motivations. Sur le principe, le film de Johan Grimomprez est relativement alléchant, ou au moins intrigant : il s'agit de construire un long-métrage sur la base d'images d'archives, et d'allier la fameuse magie du montage à une voix off écrite pour l'occasion afin de raconter une histoire toute neuve. Il ne s'agit pas ici de faire dans la gaudriole à la Classe américaine, mais bel et bien de monter un thriller aux accents politiques, le tout sous le parrainage non officiel d'un certain Alfred Hitchcock.
Double take raconte l'histoire d'Alfred Hitchcock et de son sosie, qui souhaitent mutuellement s'éliminer parce qu'ils ont conscience que l'autre ne va pas tarder à les rayer de la carte. Idée saugrenue, d'autant que le film mêle à cela un historique relativement sérieux des principaux événements survenus durant la Guerre Froide, période durant laquelle sir Alfred a livré quelques-uns de ses plus grands films. Pourquoi faire cohabiter ces deux facettes dans un même film ? C'est toute la question, l'impression majeure qui ressort étant celle d'une oeuvre aux versants incompatibles, où aucune partie ne se nourrit de l'autre. Artiste plasticien de formation, Johan Grimomprez a peut-être souhaité livrer une installation d'art moderne plus qu'un film ; si ce n'est pas le cas, c'est qu'il n'a pas réussi à être suffisamment clair pour que Double take parvienne à se trouver une quelconque justification.
Même pris séparément, les deux films ont finalement assez peu d'intérêt. Le docu sur la Guerre Froide est justement d'une froideur inouïe et noie dates et instants-clés sous une pluie de détails et de déclarations parfaitement inutiles, comme s'il fallait à tout prix faire preuve d'érudition dans un film en noir et blanc destiné au cinéma. L'autre partie, celle par laquelle le film aurait dû exister, n'est qu'un collage futé mais laborieux d'images d'archives mettant en scène Hitchcock, que ce soit par ses apparitions dans ses propres films ou par les nombreux spots publicitaires tournés par le cinéaste britannique avec un sens inné de l'auto-dérision. Sa lutte avec son double aurait peut-être pu donner un court-métrage amusant, voire exceptionnel ; sur la durée, l'ensemble ne tient absolument pas et nous rappelle que les films-concepts sont sans doute ce qu'il y a de plus difficile à réussir au cinéma : si certains touchent au génie et sont soudain acclamés par un public toujours restreint, la plupart des autres ne dépasse jamais sa curieuse idée de départ, par manque de souffle, de moyens ou tout simplement de talent. Il n'est pas impossible que Johan Grimomprez ait en effet dû composer avec plusieurs de ces tares.



Double take de Johan Grimonprez. 1h20. Sortie : 22/09/2010.

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