22 sept. 2010

CES AMOURS-LÀ

Forcément, si Claude Lelouch lisait ces lignes - eh, oh, ce n'est qu'un blog, pas un quotidien national, qu'un réalisateur vienne sur le web lire les critiques des internautes n'arrive quasiment jamais -, il se sentirait une nouvelle fois victime de la vilaine et méchante critique, qui le harponne depuis désormais 50 ans et 43 films sans jamais - ou presque - reconnaître son talent absolu et sa géniale singularité. Mais voilà : Lelouch a beau dédier son film à tous ses spectateurs ainsi qu'à ses 7 enfants, le tout au nom de ce demi-siècle durant le quel il a tant aimé le cinéma, il faut le dire, le crier, le faire savoir : Ces amours-là est un mauvais film, interminable et insupportable, qui dégouline de candeur et d'émerveillement excessif. Voilà 50 ans que le réalisateur semble découvrir que, ô merveille, le cinéma c'est 24 images par seconde et 24 émotions par image. Difficile de parler du fameux « film de trop » à propos de cette énième déclaration d'amour adressée au septième art ; cela fait bien longtemps que Lelouch aurait dû s'arrêter, ou au moins ralentir la cadence, histoire de prendre quelques tranquillisants et de prendre conscience du côté vraiment too much de la plupart de ses pondaisons. Trop de trop tue le trop : chaque plan semble signifier mille choses, chaque personnages traverse mille histoires et mille drames, et c'est à la fois difficile à suivre et parfaitement harassant. On préférait sans doute quand Lelouch traînait sa caméra derviche tourneur aux quatre coins du monde.
Dans une sorte de remake français d'Inglourious basterds, hommage aux vieux cinémas et présence de Jacky Ido y compris, Lelouch réorchestre et déconstruit le roman de la vie d'Ilva, plus ou moins héroïne du début du siècle dernier, fille d'une semi-pute ayant pratiqué la collaboration horizontale avant de plonger tête la première dans un triangle amoureux avec deux soldats américains, qui vivra un milliard d'aventures, subira la force du destin - c'est beau - et connaîtra les mille beautés de l'amour. Audrey Dana a beau être assez convaincante dans un rôle pourtant difficile à suivre, elle surnage au milieu de ce marasme typiquement lelouchien. Ce qui n'est pas le cas de Liane Foly, qui devrait vraiment cesser les imitations, de Samuel Labarthe, qui joue un officier allemand avec la finesse d'un Michel Leeb, et de la plupart des autres interprètes, noyés eux aussi sous la frénésie mielleuse de ce réalisateur hyperactif. Lelouch a mille idées à la seconde, c'est un fait ; seulement, il est incapable de séparer le bon grain de l'ivraie, et mêle quelques prodigieuses inspirations à un milliard d'envolées crétinement lyriques. Le spectateur se retrouve dans une position semblable à celle de l'ours trouvant quelques gouttes de miel sur un tas de fumier encore fumant ; il tente d'abord de gratter un peu, puis a rapidement envie de passer son chemin.
Entendons-nous bien : Lelouch a déjà fait pire, et même bien pire, dans la structure de ses oeuvres comme dans les thématiques abordées. Mais sur l'échelle lelouchienne, un film moyen reste un petit calvaire, et la nausée qui monte pendant les deux heures de projection laisse un sale goût dans la bouche. Comme au début des années 90, il tente de mêler la grande histoire, la petite, les peines de coeur et les camps de concentration, le tout en utilisant des images tournées par lui-même tout au long de sa carrière - tiens, Charles Denner - et en réambauchant des actrices qu'on croyait à la retraite, d'Anouk Aimée à Judith Magre. Ce cher Claude se fait plaisir, bien plaisir, mais oublie dans cette quête que le spectateur n'est pas dans sa tête et qu'il n'a pas payé son billet pour assister à l'énième séance de masturbation nostalgico-rance d'un vieux beau(f) ayant mené sa vie artistique comme sa vie sentimentale : en tombant amoureux trop souvent, trop vite, pour mieux semer des films comme on sème des gosses, et s'étonner ensuite que ses films essuient, les uns après les autres, des échecs de plus en plus cuisants. Durant sa carrière, il n'a cessé de nous seriner que « le bonheur, c'est mieux que la vie » ; mais du bonheur, il n'y en a aucun lorsqu'il faut supporter pendant deux heures les atermoiements faussement altruistes et vraiment nombrilistes d'un vieux croulant avant l'heure.



Ces amours-là de Claude Lelouch. 2h. Sortie : 15/09/2010.

3 commentaires sur “CES AMOURS-LÀ”

Pascale a dit…

mille histoire : moi j'aurais mis un S.

Oh t'es dur... On peut sans problème se prendre d'un bon fourire gras en contemplant Liane Foly ! J'ai pas de mot pour le dire.

Sinon, les camps de concentration filmés comme des colonies de vacances, ça il a vraiment pas le droit...

Mais pour le reste, tu n'aimes pas voir un vieux réalisateur qui jouit ???

Fanny a dit…

@Pascale: merci, je ne suis pas la seule à avoir été choquée par ce camp de concentration où on chante en mode comédie musicale?!

@Rob: c'est très vilain ce que tu écris, et terriblement vrai. Mais en effet, j'ai trouvé ça quand même un peu touchant, ce type qui s'émerveille toujours autant, à nous en donner la nausée.

Jérôme a dit…

fais gaffe je connais des réalisateurs qui te lisent !

 
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