30 sept. 2010

THE CAT, THE REVEREND AND THE SLAVE

Gilles Marchand s'est récemment cassé les dents sur les mondes virtuels, leurs dangers et leurs mystères avec un Autre monde pas assez vénéneux ou documenté pour convaincre. D'autres ont également buté sur ce genre de phénomène, dont les possibilités infinies semblent constituer un frein à la créativité des cinéastes. Quoi de mieux finalement qu'un documentaire pour donner enfin à voir une part de vérité sur ces univers étranges et fascinants, dont Second Life est sans doute le représentant le plus célèbre ? Avec The cat, the reverend and the slave, Alain Della Negra et Kaori Kinoshita n'entendent pas pour autant livrer le doc ultime sur le sujet, refusant de l'embrasse dans sa globalité pour se concentrer davantage sur une poignée d'accros, que l'on qualifierait bien d'illuminés si tout le monde s'accordait là-dessus. Exutoire vital ou drogue virtuelle pour ânes bâtés ? La question est posée, et le film se garde bien de répondre même s'il opte délibérément pour une vision amusée de ces gens dont la vraie vie semble être celle qu'ils mènent par ordinateur interposé.
Un pasteur et sa femme venus apporter la bonne parole dans un monde ravagé par les perversions sexuelles ; un couple s'étant rencontré dans Second life et vivant une vie virtuelle aussi médiocre que dans la réalité ; un homme persuadé d'être un chat, qui rencontre d'autres « animaux » que lui sur le toile afin d'organiser ensuite des soirées à thèmes ; un type contrôlant depuis sa petite chambre une poignée d'esclaves sexuels qu'il n'a jamais rencontrés « pour de vrai »... Tels sont les hurluberlus au centre de The cat, the reverend and the slave, croqués avec un mélange de tendresse et d'amusement par deux réalisateurs qu'on pourrait croire influencés par l'école Strip-tease. Le programme belge culte regorge en effet de portraits parfois très ou trop concis de personnes qu'on n'imaginerait pas croiser au coin de sa rue, mais qui existent pourtant pour de bon et brillent par l'originalité de leur personnalité et de leurs réflexions.
Clairement, l'approche sociologique du film est assez limitée, peut-être parce qu'il reste plutôt en surface au lieu de tenter d'entrer dans le crâne de ceux qu'il croque pour mieux comprendre leurs besoins et leurs aspirations. Difficile de saisir réellement pourquoi Second Life est devenu aussi indispensable pour ces gens-là, qui au final ressentent les mêmes frustrations et les mêmes manques que dans la vie réelle. Il faut voir cette dame obèse et repoussante faire une crise de jalousie à son nouveau mari parce qu'il incarne dans le jeu une sorte de mère maquerelle qui empêche la pauvre grosse madame de tenir dans la décence son commerce virtuel d'articles pour enfants... On marche littéralement sur la tête, le sentiment d'évasion d'abord procuré par le jeu ayant vite laissé place à un festival d'aigreurs et de rancoeurs. Mener deux vies médiocres au lieu d'une : tel est le lot de ces personnages pour qui il est difficile d'éprouver autre chose qu'une pitié un rien méprisante. Reste que le film est assez drôle par la façon dont il décrit ces êtres bizarroïdes, à qui une bonne psychanalyse ne ferait sans doute pas de mal : c'est dans ses instants les plus amusants, et non dans les scènes plus sérieuses, que The cat, the reverend and the slave se fait le plus mémorable. Y compris pour ceux qui, comme l'auteur de ces lignes, n'ont jamais mis un orteil sur Second Life et n'en savent guère plus après avoir vu le film sur ce que sont vraiment les fameuses îles et sur ce que sont des goréens.



The cat, the reverend and the slave de Alain Della Negra & Kaori Kinoshita. 1h19. Sortie : 15/09/2010.

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