3 sept. 2010

AMERICAN TRIP

Les spin-off - formules consistant à faire de personnages secondaires d'une oeuvre les héros d'une autre - font souvent plus de mal que de bien et apparaissent généralement comme des tentatives opportunistes de tirer bêtement profit des talents déployés par d'autres. Mais, réalisé par le même Nicholas Stoller, American trip prend fort dignement la succession de Sans Sarah, rien ne va, comédie mélancolique touchant au pur génie, et ce par la grâce de Jason Segel, sorte de Rémy Bricka dégingandé du cinéma américain. Écrit par Stoller lui-même, ce nouveau film renoue avec Aldous Snow, rock star aussi agaçante que sexy, dont la dernière production - un album à vocation humanitaire nommé African child - fut nommé pire fléau de l'histoire de l'Afrique juste derrière le SIDA et la famine. Le film décrit la mission d'Aaron Green, jeune employé d'une major chargé de convoyer le facétieux Snow jusqu'au Greek Theater de Los Angeles, afin d'y livrer un concert destiné à redorer son blason et à renflouer la société. S'ensuit un voyage épique et mouvementé, évidemment entrecoupé de mille et un arrêts inopinés dus majoritairement à la fantaisie capricieuse du chanteur.
Moins doux-amer que Sans Sarah, rien ne va - quoique -, American trip est une pure bombe comique dans laquelle s'unissent le talent de tous les intervenants. Stoller n'a pas son pareil pour rendre singulières des scènes risquent de flirter avec le déjà vu, et le duo formé par Jonah Hill et Russell Brand est en tous points explosif. Le premier, qui jouait un autre personnage dans Sans Sarah..., trouve ici le parfait équilibre entre ses mimiques tordantes et une touchante bonhommie. Sa frustration, c'est celle des petites gens qui vivent aux côtés des stars sans jamais vraiment pouvoir les aborder, mais c'est également celle des conjoints soumis qui n'osent réaliser qu'ils ne sont peut-être pas si heureux en couple. Quant à Brand, s'il semble désormais difficile pour lui de trouver d'autres types de rôles, il atteint ici son apogée en faisant de Snow un type aussi puant que bouleversant, une sex machine incontrôlable qui peine de plus en plus à masquer sa détresse.
Truffé de seconds rôles poilants - Diddy, ou plutôt Sean Combs, est un patron de label déjà culte -, le film déploie l'artillerie lourde et frappe régulièrement aux zygomatiques de manière relativement inattendue. Car tous les humours se chevauchent et se mélangent ici, rendant l'ensemble réellement imprévisible. On sait que l'on va rire mais on ignore comment. Et si Stoller n'oublie pas son film précédant en insérant de petites références à celui-ci, American trip n'a rien d'un film de niche puisque les gags "en référence à" ont toujours une deuxième dimension comique qui leur permet de séduire les spectateurs connaissant l'univers comme les purs béotiens. Tous sortiront forcément de la salle ivres de bonheur, avec l'envie de se bourrer la gueule jusqu'à l'aurore, de caresser des murs en peluche, de fumer des Jeffrey et de reprendre en choeur les terribles refrains d'Aldous Snow, cabot absolu mais montagne de charisme. Impossible de regretter ce trip-là.



American trip (Get him to the greek) de Nicholas Stoller. 1h49. Sortie : 01/09/2010.

4 commentaires sur “AMERICAN TRIP”

Anonyme a dit…

Une remarque qui n'a rien a voir avec le film. Serait-il possible d'ajouter sur ton site un lien pour l'historique de tes critiques? Je rentre de 2 semaines de vacances et j'aimerais lire ce que j'ai manque mais je impossible de trouver la page 2, et chercher un par un dans l'index est (un peu) fastidieux.

Sinon merci beaucoup pour ce site! Tu as toujours raison (presque)

Florian a dit…

@Anonyme Il faut cliquer sur la toute petite flèche bleue en bas des pages comme en bas à droite de cette page :)

@Rob J'avais bcp aimé Sans Sarah et j'ai hâte de voir celui-là : tu me rassures dans mes attentes !

Rob a dit…

Je vais quand même y réfléchir histoire de rendre la navigation plus simple...

Maxime a dit…

Ce film et vraiment l'un des meilleurs que j'ai vu, je vous le recommande !

 
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